Seniors : la vague qui vient


Sur l’île, la population est stable en nombre, mais…

Depuis une cinquantaine d’années, la population de l’île est restée quasiment stable : 4 880 habitants en 1982 ; 4 887 en 2022. Mais sa structure par âge a fortement évolué. Jusqu’aux années 2000, le solde naturel était positif. Il y avait plus de naissances que de décès. Ceci compensait un solde migratoire négatif : plus de départs que d’arrivées sur l’île.

Depuis les années 2010, la situation s’est inversée : le solde naturel est devenu négatif, tandis que le solde migratoire devenait nettement positif. L’île attire.

Mais qui vient s’installer sur l’île ? Quels sont les habitants qui partent ?

Evolution du solde naturel et solde migratoire de l’île d’Yeu (Source : INSEE RP 2021)


A l’heure où l’on s’interroge sur la configuration et la capacité de l’EHPAD, de l’hôpital et des services de maintien à domicile pour les personnes âgées, il est intéressant d’observer la pyramide des âges de la population. En fait, elle n’a de pyramide que le nom ; elle ressemble davantage à une montgolfière. A sa base, les effectifs jeunes sont creusés par les départs, au sommet les effectifs âgés sont gonflés par les arrivées.

Répartition de la population par âge sur l’île d’Yeu et profil national en 2021, (Source : INSEE)


Pour comparer le vieillissement avec d’autres territoires, on utilise l’indice de vieillissement. Il s’agit du rapport de la population des 65 ans et plus sur celle des moins de 20 ans. Un indice autour de 100 indique que les 65 ans et plus et les moins de 20 ans sont présents dans à peu près les mêmes proportions sur le territoire. Plus l’indice est en dessous de 100 plus le rapport est favorable aux jeunes, plus il est au-dessus, plus il est favorable aux personnes âgées.

Sur l’île d’Yeu, l’indice de vieillissement est de 204 en 2021. Cela signifie qu’il y a 204 personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 jeunes de moins de 20 ans sur l’île d’Yeu. La population senior est donc plus de deux fois supérieure à la population jeune sur l’île.

Ce chiffre est bien plus élevé que la moyenne nationale (105) ou départementale (112), reflétant donc une dynamique de vieillissement accrue sur l’île d’Yeu.


Le vieillissement est surtout migratoire

Plus précisément :

  • entre 0 et 14 ans : Solde migratoire déficitaire. Peu de familles avec jeunes enfants arrivent, car le logement familial est rare et cher. Les logements locatifs sont pratiquement inexistants. Davantage partent, bien que les emplois existent.
  • 15-29 ans : Solde fortement déficitaire. Les jeunes partent sur le continent pour lycée, études supérieures, premiers emplois.
  • 30-44 ans : Solde légèrement déficitaire à neutre. Quelques retours de natifs de l’île ; certains construisent sur du foncier familial.
  • 45-59 ans : 22%. Solde légèrement positif. Quelques arrivées de ménages du continent qui préparent la retraite ou télétravaillent et d’islais qui reviennent sur l’île.
  • 60 ans et + : Solde fortement positif. Ce sont des retraités qui viennent s’installer sur l’île. Le plus souvent, ils transforment leur résidence secondaire en résidence principale. Parfois, ils achètent dans l’ancien ou font construire. Ce sont eux qui maintiennent la population à son niveau.

La proportion des 60 ans et + est passée de 30 à 40% entre 2011 et 2022 ! A l’échelle nationale, elle est de 27%.

Cela représente 500 personnes de plus en 10 ans. Parmi elles, 220 de 75 ans et plus. Ces personnes ne sont pas issues du vieillissement naturel de la population autochtone, mais sont pour la plupart des « migrants », plus ou moins récents.

L’ absence de politique de l’habitat est la cause principale de ce vieillissement accéléré de la population. Il s’agit de tendances lourdes, que l’on ne peut infléchir qu’en une génération… Mieux vaut s’y préparer.

Des seniors sous les radars

Ces « migrants » sont presque tous propriétaires et solvables. Au moment de leur installation sur l’île, ils sont en bonne santé, contribuent activement à la vie sociale et économique de l’île. Ils ne sollicitent pas d’aide et ne sont pas connus du CCAS. Ils demeurent longtemps sous les radars.

La question est : quand surviendra la dépendance, ces personnes issues du continent y retourneront-elles ? C’est possible pour certaines d’entre elles, qui ont conservé sur le continent de la famille, des liens affectifs, un logement, qui voudront se rapprocher de leurs enfants, et/ou trouver un environnement médical plus adapté.

Ou resteront-elles sur l’île ? C’est le plus probable pour celles qui auront résidé longtemps sur l’île, et dont les liens avec le continent se seront relâchés. Dans ce cas, les services de soins et de maintien à domicile de l’île vont être mis à rude épreuve, et probablement en rupture !

La question est importante car de sa réponse dépend largement le dimensionnement du dispositif local de soins et de maintien à domicile des personnes âgées. A ma connaissance, les données statistiques manquent ; une enquête fine portant sur ces trajectoires résidentielles serait bienvenue, ainsi qu’une analyse détaillée de la structure par âge du solde migratoire.

Vers la « silver économie » ?

Le vieillissement de la population est aussi une opportunité économique, que de nombreux territoires ont pu mettre à profit en développant l’économie des cheveux gris.

La demande va continuer à augmenter dans plusieurs domaines :

  • santé et autonomie : services de santé, transports médicaux vers le continent, aides à domicile, téléassistance, portage de repas, aide administrative…
  • habitat adapté : nouvelles formes d’habitat intergénérationnel et inclusif, adaptation et entretien des logements existants…
  • loisirs, culture, tourisme, lien social : tourisme senior, sport adapté, formations numériques, activités culturelles…

Ce sont des emplois non délocalisables. Le point critique est la pénurie de main d’oeuvre, en raison principalement des difficultés de logement qu’elle rencontre. Une raison de plus pour appliquer la servitude de résidence principale, pour offrir aux travailleurs islais essentiels des logements abordables.

Pas de logements, pas de services… Pas de services, gros problèmes socio-économiques à venir sur l’île…

Mesdames et messieurs les élu-e-s, anticipez s’il vous plaît !

Alain Feffer, urbaniste

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3 Commentaires
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Dupont
18/05/2026 7:21 am

Merci pour ce document qui reprend la réalité de la situation j’ai cependant une question pouvez m’expliquer comment la servitude sur les résidences principales offrira aux travailleurs islais essentiels un logement à prix abordable ?

Prénom
Moïsette
Jef Mallet
Répondre à  Dupont
18/05/2026 1:19 pm

Il faudra que la collectivité travaille avec des bailleurs sociaux et sans doute qu’elle mette la main à la poche pour construire ou réhabiliter des logements, c’est impératif et aurait dû être anticiper depuis trop longtemps. Du coup aujourd’hui, c’est la panique et combien de jeunes sont-ils partis faute de… Lire la suite »

Mallet
18/05/2026 1:14 pm

Merci pour cette démonstration ! Sans anticipation, pas de gouvernance ! Les chiffres sont là, ils faut s’en servir pour réfléchir aux meilleures solutions.

Prénom
Jef