CAVAL fête ses 50 ans !

© Céline Gobillard

À travers la réalisation du documentaire réalisé pour les cinquante de l’association :  «CAVAL c’est génial», Odile Gras revient sur un demi-siècle d’engagement social et humain à l’île d’Yeu. À cette occasion, Grain de Sel a également souhaité mettre en lumière cette structure atypique, désormais bien enracinée dans l’histoire de l’île.

Une histoire née dans le sillage des colonies de vacances et de l’apprentissage  de la voile

L’histoire débute bien avant la création de Caval. Dans les années d’après-guerre, l’île d’Yeu comptait cinq colonies de vacances destinées à accueillir des enfants venus découvrir la mer et bénéficier de ses bienfaits. Plus d’un millier d’enfants étaient accueillis chaque année sur l’île. C’est dans cet héritage qu’est née le Centre nautique de l’île d’Yeu (CNID), baie de la pipe, une école de voile inspirée du modèle des Glénans et alors gérée par Juratlantique (émanation du diocèse du Jura). Une équipe d’une cinquantaine de moniteurs de voile avec trois permanents, gère le Cnid, des désaccords se développent, l’école de voile ferme et les permanents sont licenciés.

Cette équipe décide alors de créer Caval, parmi ses fondateurs figurent notamment Jacques Stern, Rémi Noël, Jean-Baptiste et Sylvie Constans, Alain  Griffond ainsi que Catherine Bonvalet et tous les anciens moniteurs du Cnid. Les statuts sont publiés au Journal officiel le 21 avril 1976 et la charte de l’association est officiellement signée lors de l’assemblée générale du 16 mai 1976. Dans un premier temps l’association accueille principalement des groupes d’adolescents : «c’était un public difficile et l’association était parfois débordée», recontextualise Jacques Stern. L’association décide alors de faire évoluer son public et dès 1983, Caval organise des séjours de vacances familiales de douze jours. Le projet vise alors à accueillir des mères avec enfants pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance : «nous avons démarré avec quelques toiles de tente et quelques bateaux», racontent les anciens membres. Grâce au soutien des proches et d’emprunt au Crédit maritime, l’association parvient ensuite à acquérir un premier lieu d’accueil en dur : le Cap Horn.

Une structure professionnalisée sans perdre son esprit militant

Pendant longtemps, Caval fonctionne grâce à l’engagement militant de ses responsables, mais avec une économie fragile. L’arrivée de Bertrand Grenon dans les années 2000 marque un tournant. Directeur durant vingt-cinq ans, il professionnalise progressivement la structure et contribue à sa stabilisation financière. Aujourd’hui, la direction est assurée par Anne Mallet, qui a occupé de nombreux postes au sein de l’association avant de lui succéder : «il a laissé derrière lui une stabilité financière pour l’association, en pérennisant les projets et en professionnalisant la structure», souligne-t-elle.

À ses débuts, l’accueil repose également sur quelques familles d’accueil de l’île, mobilisées notamment lors d’hospitalisations de mères ou pour offrir aux enfants un cadre familial stable. Dans les années 2000, cinq familles d’accueil travaillent ainsi aux côtés de l’association en tant qu’assistantes familiales : «elles venaient en relais des parents qui avaient besoin de souffler», explique aujourd’hui Anne Mallet, directrice de Caval. Ces familles d’accueil permettaient également aux enfants de découvrir un autre fonctionnement familial : «on accueille encore aujourd’hui davantage de mamans que de papas. Le travail social s’est professionnalisé mais aussi fortement féminisé. Cela permettait à certains enfants d’avoir un modèle paternel ou masculin.» Parmi ces familles engagées figurent notamment Evelyne et Gérald Taraud, Nadine et René Bernard ou encore Mireille et Raymond Chaillou.

Accueillir, protéger, accompagner

Aujourd’hui, Caval dispose de plusieurs lieux d’accueil sur l’île pour accompagner les familles : «nous accueillons des enfants bénéficiant d’une mesure de protection de l’enfance, repérés à un moment donné comme étant potentiellement en danger dans leur environnement familial», explique Anne Mallet. «Ils arrivent avec leurs parents, généralement dans le cadre de familles monoparentales.» Les profils sont variés : «beaucoup de parents ont eux-mêmes connu des parcours en protection de l’enfance. Certaines familles sont confrontées à des addictions, d’autres à des violences intrafamiliales ou à des environnements qui ne permettent pas de répondre correctement aux besoins des enfants.»

L’accompagnement demande un investissement humain considérable : «notre objectif principal reste la protection des enfants. Malgré toute la bonne volonté du monde, certains parents restent très fragiles psychologiquement. Il peut nous arriver de préconiser des séparations temporaires lorsqu’elles sont nécessaires.»

L’association fonctionne aujourd’hui autour de trois temporalités d’accueil :

  • un accueil long de deux à trois ans, historiquement mis en place dans les années 1980 ; avec un accueil au sein d’un petit collectif à l’arrivée des familles puis un accueil maison individuelle favorisant un retour progressif vers l’autonomie.
  • un accueil d’urgence créé en 2021 pour des séjours de six mois maximum ;
  • une maison familiale de vacances en période estivale.

Une vie insulaire parfois difficile à appréhender

L’insularité fait partie intégrante du projet Caval : «parce que l’idée, c’est aussi de rompre avec l’environnement d’origine», explique Anne Mallet. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’association n’accueille pas de familles islaises. Mais cette vie insulaire peut parfois être difficile à appréhender pour les familles accueillies : «ce sont souvent des personnes venant de milieux urbains, avec d’autres habitudes de vie et de consommation. Ici, personne n’est anonyme. Le regard des autres peut être pesant. Et il y a aussi la contrainte du bateau.»

Avec le temps pourtant, beaucoup de familles finissent par trouver leur place : «ça devient même parfois difficile pour certains de repartir.» L’intégration dans la vie locale reste un axe essentiel du projet. Certaines mamans travaillent aujourd’hui à la recyclerie de l’île, tandis que les enfants sont pleinement intégrés grâce à la scolarisation et aux clubs sportifs : «le thermomètre social reste les goûters d’anniversaire», sourit Anne Mallet. «Les enfants accueillis à Caval sont aujourd’hui beaucoup plus invités et inclus qu’autrefois.»

Une philosophie héritée de l’éducation populaire

L’identité de Caval reste marquée par les valeurs de l’éducation populaire : transmission, partage, apprentissage par le faire et vie collective : «faire avec les gens, pas simplement leur parler», résume Anne Mallet. «Les personnes accueillies vivent ici des relations humaines qu’elles retrouveront ensuite ailleurs». Voisinage, travail, conflits, solidarité… L’héritage maritime reste lui aussi très présent : «Caval est né de la voile et du rapport à la mer. Aujourd’hui encore, nous proposons des activités nautiques avec un bateau de plaisance, deux catamarans et un club de kayak.» Ces activités permettent aussi de préserver une certaine mixité sociale entre familles accueillies, habitants de l’île et estivants.

Un engagement social de plus en plus fragile

Financée principalement par le Département de la Vendée dans le cadre de la protection de l’enfance, l’association fonctionne grâce à une tarification journalière accordée pour chaque enfant accueilli : «faire du travail social aujourd’hui reste militant», estime Anne Mallet. «Ce sont des métiers éprouvants, peu reconnus, avec énormément de turnover. Les gens ne quittent pas forcément ces métiers par manque d’envie, mais parce qu’ils ne s’y retrouvent plus humainement ou financièrement.»

L’insularité constitue également un défi pour le recrutement : «Caval attire par son projet atypique, mais venir travailler ici reste aussi un choix de vie personnel.» Autre défi majeur : conserver une structure à taille humaine : «dans le champ de la protection de l’enfance, beaucoup de petites associations disparaissent car elles ne sont plus viables économiquement.» Pourtant, l’association continue de défendre son modèle singulier, unique en France par certains aspects, notamment par l’accueil d’enfants au-delà de la petite enfance : «nous acceptons les enfants de 0 à 18 ans».

Une aventure collective

Aujourd’hui, Caval peut compter sur vingt-et-un salariés, une dizaine de bénévoles et un conseil d’administration particulièrement actif. Parmi eux figurent notamment Marc Escanecrabe, Jacques Stern ou encore Catherine Denis : «l’idée du conseil d’administration est de garantir la continuité du projet et des valeurs portées depuis l’origine», rappelle Anne Mallet.

À travers« CAVAL c’est génial », Odile Gras met les projecteurs sur cette histoire collective singulière, faite d’engagement, de solidarité et d’expérimentations sociales : «j’aimerais que les gens retienne avant tout l’engagement des hommes et des femmes qui ont porté ce projet», conclut Anne Mallet : «Derrière chaque parcours, il y a une histoire humaine incroyable.»

Valentine Lanave

Je tiens à remercier Odile Gras, Alain Griffond, Anne Mallet et Jacques Stern, pour le temps et la confiance qu’ils m’ont accordée.

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Évaluation de l'article
2 Commentaires
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Gassot
30/05/2026 10:17 am

Merci pour cet article intéressant sur une structure atypique. Comment visionner le documentaire ?

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Florence
Pierlot
31/05/2026 8:40 am

CAVAL : un projet magnifique et généreux, une réalisation remarquable…

Prénom
Luc