Oyez, oyez braves gens ; Léon le libraire sera à l’auditorium de l ‘île d’Yeu le 13 juin 2026 à 17 heures pour une unique représentation théâtrale.
Ce dernier, grand collectionneur de livres, colporteur de textes, poète, conférencier à ses heures, viendra vous parler, en une langue savante, de contes, d’aventures, de poésies, de littérature, de livres… Venez tous et toutes, assister à la représentation, où Léon, conteur, mais aussi « marchand de rêves », vous invitera à vous évader, le temps d’une soirée. Il ne vous sera pas difficile de voyager avec Léon, puisqu’en réalité, ce dont parle Léon – tout au long de la pièce – chacun de nous le connaît au mieux, chacun de nous le vit au mieux : Léon nous parle de la vie. Mais attention, pas de n’importe quelle vie ! Non, non, non, Léon nous parle de la vie qui est d’abord votre vie, qui est aussi notre vie, toutes vies, traduites, signifiées, médiatisées par les signes, par les textes, par les livres ! Ce dont nous parle Léon, lors de ce moment théâtral suspendu; c’est de la vie et des livres, c’est des multiples histoires, fidèles, réelles, fantasmées, fantastiques, fabuleuses, étranges, incompréhensibles, absurdes, poétiques, qui ont bercé votre enfance et qui vous accompagnent toujours aujourd’hui !
Afin de mieux croire à l’histoire de Léon, il vous faudra accepter de participer à cette étrange conférence, en posant des questions préalablement préparées. Mais qui est donc, ce fameux Léon, qui, lors d’un « seul-en-scène », construit, travaillé, répété, veut nous vendre du rêve ? Qui se cache dans un habit du dernier chic dessiné, cousu et brodé finement (tout libraire se devant à l’élégance ) derrière Léon ? Qui nous invite à réfléchir, de manière aussi foisonnante – parfois un peu trop – à notre rapport étroit aux textes ?
La réflexion que nous propose Henri Mariel – alias Léon – est loin d’être vaine en ces temps de modernité, en ces temps de brutalisation des rapports humains, où l’industrie du livre trop souvent, propose du prêt-à-penser. La poésie n’est-elle pas souvent le rempart contre le réel ? Et c’est bien tel un poète, qu’Henri Mariel nous invite à le suivre dans cette aventure théâtrale et littéraire. Ecrivain, metteur en scène, acteur, Henri Mariel a fréquenté et fréquente toujours les grands textes; Marivaux, Diderot, Shakespeare, Kundera, Pirandello… Sans oublier Molière qu’Henri connaît par cœur! Les goûts de l’auteur étant éclectiques; Labiche et Harry Potter n’ont pas été oubliés. Formé à l’école de Jouvet, Henri Mariel a monté et mis en scène nombre d’œuvres classiques et plus contemporaines dans le cadre du : «Théâtre de l’Entr’Act», ainsi que sur de nombreuses autres scènes françaises notamment en Avignon. La pièce intitulée « Léon le Libraire » sera d’ailleurs présentée au festival off d’Avignon du 4 au 25 juillet 2026.
Si le parti pris de la mise en scène, et donc de son libraire ; Léon, est résolument poétique, le registre de langue est soutenu, travaillé et déclamé avec sincérité ! Le discours de Léon le libraire a l’avantage de s’adresser à tout le monde. Le texte, l’invitation aux rêves proposée est suffisamment dense et plurielle pour être vue par tous les publics, même si, parfois, ces derniers peuvent se perdre un peu dans les méandres de cette histoire parfois complexe. Mais justement, c’est bien cette richesse qui fait l’intérêt du spectacle ! D’ailleurs, si vous êtes quelqu’un de rigoureux, vous réagirez aux provocations de Léon, lorsque ce dernier affirme qu’un libraire ne doit pas lire les livres qu’il vend !
Alors, spectateur, spectatrice avertis, vous interrogerez cette affirmation, sans pour autant remettre en cause le sens du propos de Léon le Libraire ! Ce dernier donne d’ailleurs une réponse à cette provocation, lorsqu’il déclame des vers savants, ou qu’il reprend, une à une les premières phrases de célèbres romans :
« Longtemps, je me suis couché de bonne heure »…
« Ce matin, maman est morte » !!
Les amateurs et amatrices de belle littérature seront, ici, alors sollicités. Quant aux amateurs de philosophies, ils seront tout à fait libres de penser que Léon ne sait pas vraiment tout ce qu’il dit, lorsqu’il semble renoncer à toute forme de lecture ? En ce sens, Léon le Libraire serait un Monsieur Jourdain qui s’ignore, et ferait de la philosophie sans le savoir ! En effet, le spectacle proposé par Henri Mariel est un texte intelligent. Léon, le Libraire ne se contente pas de poétiser le rapport aux livres des spectateurs, car la réflexion menée est bien plus profonde, bien plus subtile. En réalité, à travers ses pérégrinations littéraires, textuelles et poétiques, Léon interroge le rapport à l’écriture, à la lecture, et en ce sens, Léon démontre que la lecture pose problème aux libraires.
De nombreuses questions se posent pour Léon : aura-t-il assez de temps pour parcourir, même en diagonale, tous les livres vendus ? Aura-t-il le temps de les comprendre, de les assimiler, et donc de mieux conseiller les lecteurs sur leurs choix de lectures ? Mais plus subtil, Léon a-t- il le droit, n’étant pas écrivain, de parler des livres de sa librairie, tel qu’il pourrait le faire s’il était un écrivain ? Des questions de légitimité se posent alors quant aux discours du libraire sur les livres recommandés et vendus ! Et voici Léon le libraire digne des personnages du théâtre de Shakespeare ? Sans en arriver là, la démonstration du spectacle imaginé par Henri Mariel est forte; si, avec l’émergence des réseaux sociaux, l’écriture ( dans ses modalités graphiques et communicationnelles) pose problème actuellement à nombre de personnes, la lecture interroge aussi notre société, dans son devenir intellectuel, culturel, voire, plus gravement, dans ses dimensions civilisationnelles.
Venez donc nombreux, nombreuses, suivre et soutenir Léon le Libraire dans ses doutes de libraire, dans ses doutes de lecteur, dans ses doutes de passeur de livres, dans ses doutes de passeur de rêves, Léon le fait avec une telle conviction que vous ne pourrez pas en ressortir indifférent. Certes, la pièce est en devenir, mais nul doute qu’avec le temps, cette dernière – telle le bon vin- se bonifiera.
Christel Eveillé
Léon le Libraire, écrit, mis en scène, déclamé par Henri Mariel, le 13 juin à l’auditorium de l’île d’Yeu à 17 heures.
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