Une bataille navale pas comme les autres s’est tenue en mairie ce lundi 8 juin 2026. À l’ordre du jour, l’avenir des ports de l’île. Sujet passionnant, stratégique, vital même, puisque la concession actuelle accordée à la CCI de Vendée arrive à échéance fin 2027. Dans quelques mois, le Département lancera donc l’appel à concurrence qui déterminera qui pilotera les ports de l’île d’Yeu pour les années à venir.
La majorité a présenté une motion affirmant que la commune ne veut plus être simple passager à bord mais entend tenir la barre, ou du moins, poser une main dessus, ou, éventuellement, participer au choix du cap ; enfin, quelque chose dans cet esprit. Ce « débat » concerne tout de même plusieurs millions d’euros d’investissements futurs : la pêche, le fret, la plaisance, l’approvisionnement de l’île et plus globalement, l’un des principaux moteurs économiques du territoire. Sur le fond, tout le monde semble d’accord…. Enfin presque. La majorité veut être maître de son destin. L’opposition veut être maître de son destin. La majorité veut défendre les intérêts des islais. L’opposition veut défendre les intérêts des islais. La majorité veut peser dans l’avenir des ports. L’opposition veut peser dans l’avenir des ports. Bref, tout le monde rame dans le même sens, mais tout le monde semble naviguer à vue. Une ambitieuse traversée maritime, dont la majorité souhaite s’emparer tels des funambules du gouvernail, coûte que coûte, branlebas de combat !
Le texte proclame la volonté d’être « maître de son destin » et de se positionner « directement ou indirectement » sur la future gestion des ports. Directement ou indirectement. Une formule digne des plus grands maîtres du louvoiement de tous les temps, car elle permet simultanément d’être candidat, de ne pas être candidat, d’exploiter, de ne pas exploiter, de gérer, de faire gérer, d’être dedans tout en restant dehors. Une position que même la boussole de Jack Sparrow n’aurait pas osé indiquer. Gestion directe ? Pourquoi pas. Société portuaire ? Certainement. SEM ? Éventuellement. Partenariat avec la CCI ? Pourquoi pas aussi. Gestion par un consortium de pêcheurs, plaisanciers et amateurs de sardines grillées ? Rien ne semble explicitement l’interdire.
Mais face à ce remarquable numéro de pilote de brume, l’opposition a choisi de sortir les cartes marines et beaucoup de questions. Une véritable collection, égrenée dans un inventaire à la Prévert. Où sont : « les études ? Les chiffres ? Les scénarios ? Les risques ? Les partenaires ? Les coûts ?… » Une longue, très longue intervention, que Monsieur le Maire lui-même a cru bon d’accompagner d’un air de violon. Humour, quand tu nous tiens. Autant de questions qui ont balayé la salle comme un grain d’ouest sur la Pointe du But et un exposé de coordonnées géographiques qui a sans doute permis à quelques goélands de faire l’aller-retour jusqu’à Fromentine. Selon l’opposition, avant de partir pour le grand large, il serait utile de vérifier si le bateau dispose bien d’une coque. A vrai dire, les cinq marins auraient pu embarquer dans l’aventure si ils avaient eu connaissance de la destination avant que ne soit larguées les amarres. Mais la majorité, elle, semble considérer qu’il faut d’abord annoncer le voyage, sans doute de peur que le bateau ne parte sans eux.
Les deux arguments se tiennent, ce qui est particulièrement frustrant pour les amateurs de querelles politiques. Pendant la campagne municipale, certains promettaient une maîtrise locale renforcée. Aujourd’hui, ils semblent découvrir qu’un port n’est pas seulement un quai, des bateaux et un parking. En effet, c’est aussi des digues, des ouvrages maritimes, des normes, des assurances, des risques juridiques, des investissements, des millions d’euros et accessoirement, l’océan, qui a la désagréable particularité de réagir aux tempêtes et à la montée des eaux. Ce qui est sûr, c’est que le Département peut regarder tout ce remue-ménage sur le pont, avec une sorte d’amusement retenu car, pendant que les marins débattent pour savoir qui tiendra la barre, c’est toujours lui qui possède le navire.
À l’issue de la manœuvre, la motion a été embarquée sans encombre. L’opposition a bien tenté de hisser un pavillon contraire, sabre au clair mais infériorité numérique oblige, le cap était déjà fixé. Les questions sont restées sur le pont, les réponses quelque part dans la cale, semble-t-il. Une façon de naviguer qui rappelle les plus habiles corsaires : avancer, décider et soigneusement conserver le mystère de la destination, la carte du trésor pliée dans la poche du capitaine…
Valentine Lanave
Cet article est publié dans le cadre de la rubrique « Chemin de la détourne » et relève d’un ton volontairement satirique. Il ne prétend pas restituer un compte rendu littéral des débats mais propose un regard humoristique et décalé sur l’actualité locale.
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Au delà de la pointe d’humour et des grains de sel qui parsèment cet article. Il à une vrai réflexion à avoir et l’exploration de plusieurs routes et caps à suivre devrait être mené. Avoir la responsabilité de la gestion du port est peut-être une bonne option si la commune… Lire la suite »
Excellent.