Louis Conan, le garçon de l’île qui vise désormais le monde

© Valentine Lanave

À 15 ans, Louis Conan vient de franchir un cap. En quelques semaines, le jeune athlète de l’île d’Yeu a décroché une médaille d’argent aux championnats de France de twirling bâton en catégorie junior Élite avant d’apprendre sa sélection en équipe de France pour les championnats du monde, prévus en août. Une ascension fulgurante pour celui qui découvre cette saison le plus haut niveau de sa catégorie.

Le résultat l’a pourtant pris de court : « je ne m’y attendais pas du tout. Je concourais contre des athlètes de 16 et 17 ans. Je pensais surtout découvrir cette nouvelle catégorie. » Le podium était loin d’être une évidence. Le passage en junior Élite ouvre de nouvelles perspectives, mais il impose surtout un niveau d’exigence bien supérieur. Les chorégraphies deviennent plus complexes, les attentes des juges plus élevées et la moindre erreur peut coûter cher : « j’ai désormais le droit de faire tous les mouvements que je veux. Il n’y a plus de limite imposée. Ça laisse une vraie liberté artistique, mais cela demande aussi beaucoup plus de maîtrise. » Car le twirling est bien loin des clichés qui l’associent encore aux majorettes. Mélange de gymnastique, de danse et de maniement du bâton, cette discipline exige coordination, précision et explosivité. Chaque geste est observé : le placement des mains, des pieds, des bras, le rythme, l’expression… rien n’échappe aux juges.

© Twirling Club île d’Yeu

Quitter son île, sans quitter son club

Cette saison avait pourtant commencé sous le signe du doute. En septembre dernier, Louis quitte l’île d’Yeu pour intégrer le lycée Sainte-Marie-du-Port, aux Sables-d’Olonne. Interne toute la semaine, il ne retrouve son île que le week-end. Une nouvelle organisation qui bouleverse son quotidien… et ses entraînements : « au début de la saison, je ne me sentais pas capable d’y arriver. Il a fallu retrouver des repères. » Ses samedis deviennent alors de véritables marathons. De 10 heures à 18 heures, le jeune sportif enchaîne les entraînements au sein de son club de l’île d’Yeu. Solos, duos, répétitions techniques… sans oublier les plus jeunes, qu’il entraîne désormais à son tour. Ce rythme soutenu ne l’a jamais découragé. Sans doute parce que le twirling fait partie de son histoire depuis toujours. À cinq ans, il suit naturellement les traces de sa famille. Sa grande sœur, notamment, s’est illustrée au niveau national. Chez les Conan, le bâton se transmet presque comme un héritage. Pour autant, malgré l’existence d’une section sport-études spécialisée à Grenoble, Louis n’a jamais envisagé de quitter définitivement son île.

Plus qu’un sport, une famille

Ce qui le fait revenir chaque semaine, malgré les trajets et les sacrifices, ne se résume pas aux résultats : « ce que je préfère, c’est l’ambiance des compétitions. On crée de vraies amitiés. Un copain rencontré grâce au twirling viendra même passer quelques jours sur l’île cet été. » Quelques jours plus tard, une nouvelle récompense tombe : sa sélection en équipe de France. Lorsqu’il reçoit l’annonce, il est en stage sur le continent : « j’étais surtout heureux de commencer un nouveau défi. » D’ici les championnats du monde, les entraînements vont encore s’intensifier, avant plusieurs jours de préparation avec l’équipe de France.

© Twirling Club île d’Yeu

« Elles me poussent toujours plus haut »

Lorsqu’il évoque celles qui l’accompagnent depuis des années, Louis marque une pause. L’émotion affleure. Le silence en dit presque autant que les mots : « elles sont un soutien sans faille. Léa Thibault et Ophélie Rivallin me poussent toujours plus haut. » À travers son parcours, le jeune athlète espère aussi faire évoluer le regard porté sur son sport. Et donner envie à d’autres garçons de franchir la porte d’une salle de twirling : « on en voit de plus en plus. Si mes résultats peuvent donner envie à d’autres de commencer, tant mieux. » Son plus beau souvenir de la saison reste cette finale des championnats de France. Une seule prestation. Aucun droit à l’erreur. Puis la médaille d’argent. Avant chaque passage, pourtant, Louis reste étonnamment calme : « je ne stresse pas beaucoup. J’essaie surtout de rester concentré sur moi-même, sans me laisser perturber par le public. » Après la compétition, il visionne systématiquement sa prestation pour comprendre, corriger et progresser. Car les rêves sont déjà plus grands : « ce serait énorme de devenir champion du monde. Les Japonais sont les meilleurs dans cette discipline, donc le défi est immense. »

Dans dix ans, Louis Conan aimerait être chorégraphe de twirling, transmettre son expérience et travailler auprès des enfants. Comme une façon de rendre à son sport tout ce qu’il lui a déjà apporté. Entre l’île d’Yeu et les plus grandes compétitions internationales, le chemin est encore long. Mais à 15 ans, le jeune homme a déjà prouvé qu’il savait franchir les étapes une à une, sans jamais brûler les suivantes.

Propos recueillis par Valentine Lanave

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