Guillaume le Maréchal : Aristote, j’ai grant nouvelle à te dire !
Aristote : Laquelle ?
Guillaume : J’ai retrouvé le monde que je croyais perdu…
Aristote : Où donc ?
Guillaume : En Bas-Poitou. Et figure-toi que nous sommes en l’an de grâce 2026.
Aristote : Voilà qui est fâcheux !
Guillaume : Pour toi. Pour moi, c’est presque une fête !
Aristote : Pourtant, ils sont libres.
Guillaume : Nous l’étions aussi, à notre manière.
Aristote : Tu compares les grands électeurs à tes vassaux ?
Guillaume : Je dis seulement qu’un homme peut être libre de son geste et pourtant lié par sa fidélité… Les seigneurs savent fort bien à qui ils doivent hommage !
Aristote : Regarde cette élection. Les deux prétendants se sont tenus à égalité. Pourtant le siège a demeuré du côté de ceux qui en ont déjà deux.
Guillaume : Voilà qui me plaît !
Aristote : Naturellement.
Guillaume : Que veux-tu ? Quand deux hommes se disputent une terre, je trouve assez raisonnable de la laisser à celui qui en tient déjà la moitié du comté.
Aristote : Nous parlons d’une République.
Guillaume : Je sais. C’est bien ce qui rend l’affaire plaisante…
Aristote : Tu ne vois donc aucun danger ? Les hommes finissent par croire que la loi est faite pour protéger la place qu’ils occupent. Or, le pouvoir doit passer d’une main à l’autre. Nul ne doit finir par croire que la charge lui appartient.
Guillaume : Celui qui tient la place, cherche toujours à la garder, ne soyez pas naïf mon brave ! Chez nous, au moins, nous avions la franchise de dire que le fief appartenait au seigneur. Aujourd’hui, certains savent fort bien où en est la clef !
Aristote : Ce qui me peine surtout, c’est que la démocratie devait empêcher le pouvoir de devenir héréditaire dans les esprits, même lorsqu’il ne l’est plus dans le droit. Tu te réjouis de voir la féodalité survivre ?
Guillaume : Je me réjouis surtout de voir qu’elle a su s’adapter !
Aristote : Alors une institution peut changer de nom sans changer de nature…
Guillaume : Et un philosophe peut changer d’époque sans cesser d’être inquiet !
Aristote : Je préfère cela à cesser de penser.
Guillaume : Alors, que vois-tu, philosophe ?
Aristote : Je vois un pays qui devrait davantage connaître la rotation.
Guillaume : Tu voudrais donc faire tourner les seigneurs ?
Aristote : Je voudrais empêcher qu’ils deviennent des seigneurs.
Guillaume : Ah ! Là, mon cher Aristote, tu demandes à la République de faire ce qu’elle promet depuis deux mille ans. Cela ne fait que deux siècles qu’elle est mise en pratique en notre beau pays ! Ne va pas la bousculer ! Moi, je demande seulement qu’elle cesse de prétendre qu’elle a tué la féodalité.
Aristote : Elle ne l’a pas tuée ?
Guillaume : Non ! Elle lui a donné un bulletin d’électeur.
Aristote : Et toi, cela te réjouit ?
Guillaume : Grandement.
Aristote : Moi, cela m’attriste. Voter devrait être choisir de décider. Parce qu’un pouvoir qui ne circule plus finit toujours par croire qu’il demeure légitime parce qu’il demeure en place.
Guillaume : Et un seigneur qui demeure en place… finit toujours par croire que le château lui appartient.
Aristote : Voilà que nous sommes enfin d’accord…
Guillaume : N’en fais pas une habitude !
CM
Note de la rédaction — Ce texte relève de la satire et de la fiction philosophique. Le dialogue entre Aristote et Guillaume le Maréchal est une création littéraire, librement inspirée de figures historiques, mise au service d’une réflexion sur la vie démocratique et les pratiques politiques contemporaines. Les propos prêtés aux personnages, les situations et les rapprochements relèvent de l’exercice satirique et ne constituent ni des citations historiques ni l’affirmation de faits imputés à des personnes réelles. Cette contribution s’inscrit dans la rubrique satirique de notre journal.
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Excellent !.. Merci
C’est un éternel recommencement …
A croire que la bêtise est bien humaine et ne retient rien du passé.
Merci pour cet écrit philosophique bien pensé et bien tourné !!