J’ai testé pour vous : la transcription automatique d’une conférence de presse et je n’ai pas été déçue. Vous ne le serez pas non plus.
Il paraît que l’intelligence artificielle va nous faire gagner du temps. Alors, comme toute bonne journaliste du XXIe siècle, j’ai décidé de lui donner une chance. J’ai pour ce faire voulu lui faire retranscrire la première conférence de presse organisée par la mairie. Une bonne grosse heure de discussions, plusieurs intervenants, des questions, des chiffres, des noms propres, des termes administratifs, des sujets techniques : pompiers, liaison aérienne, trait de côte, hydraulique, économie circulaire, travaux de l’église… Bref, exactement le genre de discussion où une transcription fidèle peut s’avérer utile. J’ai donc confié le travail à Mediachef. Eh bien, j’ai découvert un autre monde ! Un voyage fantastique digne des expériences les plus psychédéliques des années 70. Un univers où les mots existent encore, mais où ils semblent avoir été traduits simultanément par un GPS, un perroquet et quelqu’un qui aurait vaguement entendu parler de la langue française. En effet, dès les premières lignes, le ton est donné : « les portes très propices à approfondir des sujets », « les libérations elles-mêmes sont quand même assez condensées » et « on pense d’ici que j’ai de place de rouler sur des choses complexes ». On ne sait pas exactement ce qui a été dit, mais on sent que c’était important.
Très vite, la machine s’attaque aux sujets sérieux. Le premier dossier concerne notamment le financement d’un centre destiné aux pompiers. Dans la transcription, ceux-ci deviennent des « médecins » et le financement devient un mystérieux « taxi éolienne ». Les chiffres, eux, semblent avoir décidé de vivre leur propre vie. On trouve ainsi « 300 000 euros », puis « 300 millions » (à ce tarif, je soupçonne qu’EMYN a directement contracté avec la Google Sillicon Valley), avant que la transcription ne se ressaisisse vaguement. Mais le véritable exploit de cette intelligence artificielle arrive avec la liaison aérienne. Elle devient une affaire de « copterres » et de choses que je n’oserais pas interpréter, par respect pour les témoins. Les lecteur(ice)s comprendront surtout une chose : l’IA a entendu un hélicoptère, mais elle n’a pas forcément compris qu’il s’agissait d’un hélicoptère, c’est quand même con. Toujours dans le domaine des mobilités, l’IA évoque ensuite de mystérieuses « pistes cyclats ».
Puis vient le trait de côte. Sujet sérieux, technique, potentiellement complexe : érosion, submersion, évolution du littoral, étude du BRGM, révision du PLU… La transcription, elle, préfère parler de « Très de Côte », de « chaussure climatique » et de « pays-lui ». Le BRGM devient même, sous la plume de Mediachef, une sorte de nébuleuse spécialisée dans la « géologie minière » et l’« analysologie de la France ». À ce stade, je commence à comprendre que l’outil ne fait pas exactement de la transcription. Non, il fait de la réinterprétation créative. Petite mention spéciale à la phrase « on a vendu les toilettes », celle ci n’étant pas une erreur de Mediachef (on ne peut pas tout lui faire porter tout de même). Magnifique passage consacré à l’ancienne poste où il était question de travaux, du local et de l’installation de toilettes. C’est une information qui mériterait presque un communiqué.
La conférence aborde ensuite le recyclage des coquilles de fruits de mer. Le sujet est sérieux : collecte, stockage, réutilisation dans les matériaux, économie circulaire… La transcription, elle, préfère parler de « coquilles d’huides » ainsi que de « gravère de la gravère de la gravère » et autres joyeusetés lexicales. À la fin, on ne sait plus très bien si l’on parle de matériaux, d’huîtres ou d’un rituel ancestral destiné à invoquer les esprits de la Marèche.
Puis, tout bascule. Au détour d’une explication sur l’entretien des marais et le choix des animaux susceptibles de pâturer certaines zones, l’intervenant semble parler de chèvres et d’ânes. Mediachef (désolée pour la pub, un annonceur en moins, gloups) entend « chers et anions ». Jusque-là, pourquoi pas, une erreur phonétique parmi d’autres. Mais la machine s’attache manifestement à cette découverte. Et décide de ne plus jamais lâcher les chèvres : « il n’y a pas de chers », répète-t-elle. Encore, puis encore, puis encore et encore. À partir d’un certain moment, la transcription entre dans une boucle hypnotique : « il n’y a pas de chers, il n’y a pas de chers ». Des dizaines de fois, puis des centaines ! Le logiciel a cessé de retranscrire la conférence, il a trouvé sa vérité. Et cette vérité, ce sont les chèvres.
Évidemment, tout cela prête à rire et c’est précisément pour cela que l’expérience est intéressante, car il faut reconnaître que certaines trouvailles sont magnifiques. Le problème, c’est qu’une transcription automatique n’est pas un article et surtout, elle n’est pas une source fiable par nature. Une conférence de presse peut contenir des noms de personnes, des montants, des dates, des décisions, des citations, des informations techniques ou juridiques. Si un logiciel transforme un mot, un chiffre ou un nom propre, le ou la journaliste peut très vite se retrouver avec une information qui semble parfaitement plausible et qui est pourtant complètement fausse. Une transcription humaine demande du temps. Il faut réécouter, revenir en arrière, identifier les voix, vérifier un nom, contrôler un chiffre, comprendre une phrase mal articulée. Eh oui, c’est fastidieux, mais au bout du compte, on obtient quelque chose d’exploitable. Avec mon expérience Mediachef, j’ai surtout obtenu un excellent brouillon de science-fiction.
Je me suis alors demandé : mais combien de temps faut-il pour corriger une heure de transcription automatique qui a transformé la conférence en charabia ? Peut-être suffisamment longtemps pour que la bonne vieille méthode (un casque, un clavier, un peu de patience et beaucoup de retours arrière) redevienne soudainement très compétitive. En attendant, une chose est certaine : si l’intelligence artificielle doit un jour remplacer les journalistes, il faudra veiller à lui apprendre quelques détails de bon sens ; et surtout lui expliquer que non, il n’y avait pas 1200 chèvres à cette conférence de presse, juste quelques journalistes et élus autour d’une table et promis, personne n’a bêlé…
Verdict : merci pour ce voyage
Alors, est-ce que l’intelligence artificielle peut aider à retranscrire une conférence de presse ? Pas si sûr. En tout cas, notre test nous a surtout appris une chose. Entre une transcription automatique et un texte publiable, il y a parfois un continent entier. Et dans ce continent vivent des « perdestivals » et des « grippes de sorcière capables de faire exploser des brochers ».
VL
Cet article relève de la satire et de l’humour. Il s’agit d’un détournement volontaire de l’actualité, qui ne prétend pas retranscrire fidèlement les propos ou les événements évoqués. Caricature, exagération et second degré sont donc assumés. À prendre comme tel… et avec un grain de sel.
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Le jargon jargonnant de Mediachef me fait tellement penser à celui vide de sens des politiques, que cela me fait pleurer de rire. La cerise sur le gâteau, c’est quand il pond en boucle « il y n’y a pas de chers, il n’y a pas de chers« . En digne produit… Lire la suite »
🤣👏
A tester sur un discours de Macron, pour voir si ça peut marcher en sens inverse, passer de l’absurde au logique..;
Mdr ! J’y étais, pour sûr on n’a pas bêlé, mais quel bêêêle article. Bravo !
C’est une démonstration implacable des limites de cette foutue IA.