Taupes trumpistes

Aquarelle de Florence d'Aboville (recadrée)

Léopol le poulisson va souvent musarder du côté des taupinières, au cas où il y trouverait quelques insectes à déguster. En ce moment, il a fort à faire. Après les pluies, les taupes ont repris leurs travaux au bulldozer et densifié le jardin en mamelons de terre.


La nuit dernière, il est arrivé une chose étrange, m’a-t-il raconté. Quand il a vu hisser un petit drapeau MYGA (Make Yeu Great Again) au-dessus de l’énorme taupinière près du chêne vert, il a cru à une hallucination. Intrigué, il s’est approché du monticule à pas de Sioux. Du fond des galeries lui parvenaient les échos d’un conclave clandestin d’une poignée de taupes trumpistes réunies autour d’un festin.


— Surtout, n’agissons pas à museau découvert, clamait l’une. Inspirons-nous des réseaux sociaux, adoptons des pseudos !


— Soyons claires, lançait une autre, ne dévions pas de notre objectif : transformer l’île d’Yeu en Riviera.


— Ne lésinons pas sur les moyens ! Puisons dans nos économies pour investir et faire fructifier notre patrimoine !


— Si on en parlait au rat du Fond de Mon Jardin ? Une taupe engagea le débat.


— Son ascendance est gage de crédibilité pour parvenir à nos fins.


— Il est rusé et actif tout au long de l’année. Ce serait un bon relais.


— Non, non, non ! Nos réseaux souterrains sont suffisamment étendus, notre puissance financière établie et nos compétences indiscutables. Inutile de nous allier !


— Ne mélangeons pas les poils ras et les poils drus ! clama d’un seul corps l’assemblée.


Mon poulisson s’est éloigné, il en avait assez entendu, lui qui préfère les bains d’amour aux morsures du pouvoir.


Il se demande tout de même si, avec ses plumes et ses piquants, il serait lui-aussi tenu à l’écart.


— T’as pas de chance, lui dit le chat. Tu fais transgenre. Moi, j’m’en fous, j’ai le poil doux.

Monik Malissard

Aquarelle de Florence d’Aboville

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