L’alerte n’est plus théorique. Elle est désormais visible dans nos jardins, audible autour de nos ruchers, et mesurable dans les pertes subies par les apiculteurs de l’île. Depuis plusieurs années déjà, le frelon asiatique « Vespa velutina » s’est installé sur l’île d’Yeu. Mais à l’automne 2025, sa prolifération a franchi un seuil critique : « les apiculteurs amateurs et professionnels, engagés dans une activité écologique, nourricière et favorable à la bio-diversité ont subi une destruction massive de leurs ruches à l’automne. Au delà de leur désarroi et de leur tristesse, c’est probablement le signe que les abeilles sauvages de l’île ont également été détruites », peut-on lire sur un manifeste du collectif « Sauver les abeilles de l’île d’Yeu ».
Des ruches décimées, des colonies affaiblies, une filière apicole locale fragilisée. Les dégâts causés ces derniers mois sont déjà qualifiés d’irréparables par plusieurs acteurs du territoire : « une entreprise de l’île vient de perdre en moins de 2 mois son outil de travail. Il faudra des années pour le reconstruire si les frelons asiatiques sont maîtrisés. Les abeilles ne sont pas le seul pollinisateur, mais elles jouent un rôle majeur. Leur extermination met en danger la pollinisation des fruits et légumes des maraîchers, des potagers, de nos arbres fruitiers et de toutes les petites fleurs de nos champs, chemins et bois ». Derrière la disparition progressive des abeilles, c’est donc tout un équilibre écologique, et une part de la souveraineté alimentaire insulaire, qui vacille.
Une loi votée, mais toujours inappliquée
Le 14 mars 2025, la Loi n°2025-237 visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole a pourtant été adoptée à l’unanimité. Une reconnaissance politique forte de l’urgence. Mais près d’un an plus tard, malgré plusieurs relances parlementaires, le décret d’application de cette loi n’a toujours pas été publié. Résultat : sur le terrain, rien ne change. Et sur une île, attendre revient à perdre des abeilles.
Le piégeage ne suffit plus
Depuis des années, des habitants et des apiculteurs se mobilisent bénévolement pour piéger les frelons. Ce travail patient et citoyen a permis de ralentir temporairement la progression de l’espèce invasive. Mais aujourd’hui, le constat est sans appel : le simple piégeage ne suffit plus. Ce qu’il faut désormais, c’est « une politique active, coordonnée, systématique de repérage et de destruction des nids ». Car chaque nid non détecté peut produire des centaines de futures fondatrices capables d’essaimer dès le printemps suivant.
Des mesures locales concrètes, dès maintenant
Face à l’inaction de l’État, le Collectif pour la sauvegarde des abeilles de l’île d’Yeu appelle les candidats aux prochaines élections municipales à prendre des engagements clairs : « un arrêté municipal rendant obligatoire le signalement et la destruction des nids de frelons asiatiques ; une intervention immédiate de la commune pour détruire les nids, sur le domaine public comme privé ; une prise en charge totale ou partielle des coûts d’intervention ; le lancement d’une campagne active de détection, mobilisant habitants, agents communaux, professionnels du paysage, chasseurs et usagers réguliers du territoire ». Selon le collectif, des solutions existent déjà : « l’usage de caméras thermiques pour détecter, depuis le sol ou via drone, des nids maintenus à environ 30°C et le traçage des frelons par balises miniatures permettant de remonter jusqu’aux colonies ».
Une mobilisation citoyenne possible
Des habitants se disent prêts à s’impliquer dans une campagne de repérage et de destruction, sur le modèle des actions citoyennes menées depuis des années contre la « Thaumetopoea pityocampa ». À condition que les moyens suivent. Car au-delà de l’enjeu apicole, la prolifération du frelon asiatique pose aussi une question de sécurité publique. Chaque nid est un risque potentiel pour les riverains, les promeneurs, les enfants : « le frelon asiatique est un danger pour l’homme. S’il se sent menacé, il s’attaque à l’homme. Il n’y a pas encore eu de décès sur l’île à notre connaissance, mais la presse française a fait état cet été et à l’automne de multiples attaques, conduisant à des dizaines de décès de chasseurs, paysagistes, agents des espaces verts, particuliers travaillant dans leur jardin, et même de simples promeneurs à l’occasion de promenades dans les chemins ou les bois ».
Ne pas agir, c’est choisir
Sur ce sujet, les habitants de l’île d’Yeu attendent des « engagements précis, opérationnels et assortis de moyens ». Selon plusieurs apiculteurs et membres d’associations locales, l’absence de mesures supplémentaires pourrait accentuer le déclin des populations d’abeilles dans les mois à venir. Dans un territoire insulaire, où les équilibres écologiques sont particulièrement sensibles, la question de la lutte contre le frelon asiatique apparaît ainsi comme un enjeu important pour l’avenir.
Valentine Lanave
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On ne pourra pas dire…on ne savait pas!!