Hélicoptère de l’île d’Yeu : la Région rétropédale, la mairie dément les soupçons de passe-droits

La liaison en hélicoptère entre l’île d’Yeu et le continent continue de faire des remous politiques. Après avoir supprimé sa subvention en décembre 2025 pour des raisons juridiques, la Région Pays de la Loire a finalement rétabli jeudi 5 mars son aide annuelle de 250 000 euros. Mais au moment même où le dispositif est relancé, une nouvelle polémique surgit autour de la délivrance des cartes permettant de bénéficier du tarif préférentiel.

En effet, lors de la session du conseil régional, la présidente Christelle Morançais a affirmé qu’environ 8.000 cartes seraient en circulation, alors que l’île d’Yeu compte près de 5.000 résidents principaux. Une différence qui interroge : « je serai scrupuleuse dans l’application de la nouvelle convention, il s’agit d’argent public », a prévenu la présidente de Région, laissant entendre que des bénéficiaires pourraient ne pas être éligibles au dispositif.

Une aide supprimée… puis rétablie

Quelques mois plus tôt, la Région avait pourtant décidé de supprimer purement et simplement cette subvention. Motif avancé : un risque juridique entourant l’aide. Jeudi, l’exécutif régional a expliqué que la situation avait finalement été “juridiquement sécurisée”, permettant de rétablir la convention avec le Département de la Vendée pour un montant identique à celui des années précédentes. Pour les habitants de l’île, ce revirement a laissé des traces. Lors de la session, la conseillère régionale Cécile Dreure a interrogé la majorité sur la gestion du dossier : « pourquoi cette sécurisation n’a-t-elle pas été réalisée en amont ? » a-t-elle demandé. Selon l’élue socialiste, la suppression de l’aide a créé plusieurs mois d’incertitude sur l’île : « pendant ce temps, les Islaises et les Islais ont vécu avec l’idée que ce lien vital pouvait disparaître. » Elle insiste sur la réalité quotidienne du territoire : « l’île d’Yeu n’est pas une destination touristique dans ce débat. C’est un territoire habité à l’année, avec des familles, des professionnels de santé, des travailleurs. » Si des irrégularités existent dans l’attribution des cartes, estime-t-elle, la solution passe par des contrôles renforcés, pas par la remise en cause du principe : « la continuité territoriale n’est pas un privilège : c’est un principe républicain. »

La maire réfute toute dérive

Les propos de la présidente de Région ont rapidement suscité une réaction sur l’île. Interpellée par une personne du public lors d’une réunion organisée jeudi 5 mars, en pleine campagne électorale municipale, la maire de l’île d’Yeu Carole Charuau a tenu à réagir aux chiffres évoqués au conseil régional. Selon elle, la commune a validé 5 315 cartes de résidents permanents en 2025.

À ces cartes s’ajoutent d’autres catégories, dont 868 cartes temporaires pour des saisonniers, nouveaux arrivants, professionnels de santé intervenants ou chefs d’entreprise disposant d’une activité économique sur l’île : « donc non, ce n’est pas vrai, nous n’avons pas 8 000 cartes insulaires », a-t-elle déclaré. A cela, s’ajoute 5 685 cartes dites « apparentés », destinées aux enfants ou parents vivant sur le continent, mais qui n’ouvrent pas droit au tarif préférentiel pour l’hélicoptère. Visiblement irritée par les propos de la présidente de Région, la maire indique lui avoir écrit directement : « j’ai envoyé un mail à Christelle Morançais car j’étais un peu furieuse. Elle sous-entend que l’on octroie des passe-droits. Ce n’est pas vrai. Nous faisons notre travail consciencieusement et nous décelons les fraudeurs. »

Derrière la polémique, la question de la continuité territoriale

Au-delà de la querelle de chiffres, l’épisode illustre la fragilité politique des dispositifs de mobilité insulaire. Sur l’île d’Yeu, la liaison par hélicoptère n’est pas seulement perçue comme un service de transport rapide. Pour certains habitants, elle représente un outil indispensable pour les déplacements urgents, médicaux ou professionnels. Le rétablissement de la subvention régionale met fin à l’incertitude immédiate. Mais la polémique sur les cartes montre que le contrôle des bénéficiaires et la gestion du dispositif pourraient désormais être scrutés de près.

 

Valentine Lanave

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