Comment renflouer les finances communales

Dessin de Florence d'Aboville

Une taupe trumpiste a insisté pour rencontrer Pluche, m’a raconté Leopol le poulisson.

À l’entendre, elle avait une idée géniale pour renflouer les finances communales, qui n’avait jamais effleuré l’esprit d’aucun animal. Elle voulait absolument soumettre son projet à la liste Plume, Poil, Pluche avant les élections municipales. C’était d’une urgence vitale.

Elle a brutalement fait irruption dans l’herbe quand Pluche en compagnie d’un rouge-gorge badinait dans le jardin. Il rêvait devant les narcisses, les jonquilles et les jacinthes, museau émoustillé par leurs parfums. Il observait sur les figuiers et les noisetiers les bourgeons se déplier un à un.

Insensible au printemps naissant, la taupe trumpiste agitait sa casquette Make Yeu Great Again (MYGA) tout en parlant.

— Comme le granite, le gneiss contient du mica lithinifère. On peut en extraire le lithium pour produire des batteries de voitures électriques, affirmait-elle sur un ton sans réplique. L’île d’Yeu est un caillou, on est assis sur un tas d’or inexploité ! Il suffit d’une tonne de granite pour obtenir 9 kilos de lithium, continuait-elle enthousiasmée, je l’ai lu dans la presse spécialisée. On fera exploser les côtes de l’île avec des drones de travaux publics. On devancera l’érosion côtière que des scientifiques attribuent au changement climatique. Ce sera épique, s’exclamait-elle dans sa fureur extractiviste. On commencera par la Pointe du But et on ira jusqu’aux Corbeaux. On pètera l’intérieur des terres jusqu’à la côte dunaire, il ne restera rien, ce sera très beau. Après, on poursuivra nos opérations dans la mer. Ça va rapporter gros. Plus gros que la commune de l’île d’Yeu n’a jamais touché depuis le fond des âges, voyant déjà dollars et euros pleuvoir à la pelle à travers les nuages.

Quand elle termina son exposé, on n’entendait plus les oiseaux chanter. La nature s’était tue, la stupeur l’avait frappée. Pluche et ses amis ne bougeaient plus, pétrifiés.

Roulé en boule sur son coussin, le chat marmonnait du Shakespeare : « C’est une histoire contée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ».

Monik Malissard

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