À l’approche du second tour des élections municipales, la gestion de la dette, le financement des investissements et la stabilité des services publics se révèlent cruciales pour l’avenir de l’île d’Yeu, une collectivité confrontée à des contraintes spécifiques liées à son insularité. Les deux listes encore dans la course présentent des approches différentes pour répondre à ces défis.
Situation actuelle
Le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes, qui couvre la période jusqu’à 2023, indique que la commune dispose d’une capacité d’autofinancement permettant de couvrir les dépenses courantes et de dégager des marges pour les investissements. Le ratio de désendettement, indicateur du nombre d’années nécessaires pour rembourser l’ensemble de la dette à partir de l’épargne brute, est évalué entre 7,5 et 9 ans. La dette totale atteint aujourd’hui environ 20 millions d’euros pour le budget principal, et près de 30 millions si l’on inclut les budgets annexes. Les recettes fiscales locales, les dotations publiques et les nouvelles ressources comme la taxe éolienne ou la surtaxe sur les résidences secondaires constituent les principaux leviers financiers disponibles.
Visions plurielles pour le prochain mandat
Malgré ce socle commun de constats (une commune disposant encore de marges financières mais confrontée à des contraintes croissantes liées à l’endettement, au coût des services publics et aux spécificités de l’insularité), les listes « M’Yeu Ensemble » et « Nous Vous l’île » proposent des lectures différentes de la situation et des orientations distinctes pour le prochain mandat.
M’Yeu Ensemble défend une ligne fondée sur la stabilisation des dépenses et une planification progressive des projets. Nous Vous l’île met en avant les signes d’une dégradation progressive des indicateurs budgétaires et appelle à une réévaluation rapide des priorités d’investissement.
Ces divergences illustrent moins un désaccord sur les grandes orientations, que sur l’interprétation des marges de manœuvre et sur le rythme auquel la commune peut engager ses futurs investissements. En voici un tour d’horizon :
« M’Yeu ensemble »
La liste « M’Yeu ensemble », conduite par Patrice Bernard, défend une approche centrée sur la stabilisation progressive des finances communales et une planification plus étalée des investissements. Elle estime que la commune doit aujourd’hui relever le défi de son niveau d’endettement tout en préservant ses capacités d’action. Le ratio de désendettement est ainsi évalué par cette équipe à environ 9 ans, un niveau qui reste soutenable mais qui, selon elle, nécessite une vigilance accrue pour éviter une dégradation des équilibres financiers. La liste propose donc de stabiliser les dépenses de fonctionnement, aujourd’hui proches de 15 millions d’euros sur un budget principal d’environ 18 millions, en renforçant le suivi budgétaire et en recherchant des gains d’efficacité dans l’organisation des services municipaux et la gestion des achats publics.
Concernant les investissements, l’équipe privilégie une programmation plus progressive des projets afin d’éviter des pics d’endettement et de mieux répartir les dépenses dans le temps. Elle met également en avant la nécessité de mobiliser davantage de financements extérieurs (européens, régionaux, départementaux ou étatiques) et de faire reconnaître les surcoûts liés à l’insularité. La liste propose par ailleurs d’affecter certaines nouvelles recettes fiscales à des politiques ciblées, notamment la surtaxe sur les résidences secondaires pour le développement du logement et les recettes issues du parc éolien pour les actions liées à la protection contre la mer et aux activités maritimes. L’équilibre entre ce principe de lissage des investissements et le programme de travaux annoncé devra toutefois être précisé.
« Nous vous l’île »
La liste « Nous vous l’île », conduite par Laure Barault, propose une analyse plus critique de la trajectoire financière prévisionnelle de la commune. Selon cette équipe, plusieurs indicateurs témoigneraient d’une évolution préoccupante des équilibres budgétaires au cours des années à venir. Elle souligne notamment la progression marquée des dépenses de fonctionnement. Entre 2020 et 2025, les dépenses de personnel ont augmenté d’environ 40 %, tandis que les charges à caractère général ont progressé de 76 %. Les subventions versées aux associations, budgets annexes et organismes extérieurs ont également connu une hausse significative.
Dans le même temps, la liste observe un ralentissement de la progression future des recettes. Pour le budget principal 2026 qui vient d’être voté, les recettes de fonctionnement s’établiraient à 18,3 millions d’euros, pour 15,6 millions d’euros de dépenses. L’épargne brute (c’est-à-dire la capacité de la commune à financer ses investissements) serait alors en nette diminution, passant de 4,5 millions d’euros en 2025 à 2,9 millions d’euros prévus en 2026. Selon cette analyse, cette baisse intervient alors que l’endettement communal a fortement progressé ces dernières années. L’encours de dette atteint environ 20 millions d’euros pour le budget principal, et près de 30 millions d’euros en incluant les budgets annexes. La liste s’interroge également sur le niveau d’investissement prévu pour 2026, estimé à 14 millions d’euros, dont une partie correspond à des projets reportés de l’année précédente. Elle estime que les recettes nouvelles identifiées, évaluées à environ 5 millions d’euros, ne suffiront pas à financer l’ensemble de ces projets.
Dans ce contexte, l’équipe Nous Vous l’île considère que les capacités d’investissement de la commune pourraient être plus limitées dans les premières années du prochain mandat. Elle propose notamment la réalisation d’un audit financier, incluant le CCAS et l’Ehpad, en début de mandat, une maîtrise plus stricte des dépenses de fonctionnement et une priorisation des investissements, tout en recherchant davantage de subventions et de partenariats pour financer les projets.
Si les deux listes s’accordent sur la nécessité de préserver l’équilibre financier de la commune, elles divergent toutefois sur la profondeur de l’analyse de la situation actuelle et sur le rythme auquel les investissements pourront être engagés au cours du prochain mandat.
Valentine Lanave
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Les deux listes divergent sur la profondeur de l’analyse. Waouh, voilà qui est bien partial encore ! Et encore, l’air de rien, en demi-teinte, mais bien grossier quand même, un soutien à la liste de Laure Barrault contre désormais la liste de Patrice Bernard. Personne ne sera dupe j’espère de… Lire la suite »
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