Didier, le sport en partage

Crédit photo : Neptune FM

À peine la porte de sa maison franchie, la voix de Didier Chagneau semble déjà familière. Sur les ondes de Neptune FM, elle accompagne chaque semaine la vie sportive de l’île d’Yeu, avec chaleur et enthousiasme. Pourtant, rien ne prédestinait cet ancien huissier de justice à devenir chroniqueur radio.

Didier connaît l’île depuis 1968. Un attachement ancien, presque viscéral : « J’ai passé durant mon enfance et mon adolescence des vacances extraordinaires ici. C’était la liberté, l’autonomie, le champ des possibles élargi. Quand tu viens une fois, tu n’as qu’une envie c’est d’y rester. » Le projet prend forme bien plus tard. En 2021, au moment de la retraite, lui et son épouse s’y installent définitivement. Mais très vite, le besoin d’agir se fait sentir : « J’ai eu une activité professionnelle assez dense, que j’ai adorée. Alors il fallait combler ce vide. » Ce sera la radio. Un rêve ancien, presque enfantin : « Je me souviens avoir commenté un match sportif dans une rédaction quand j’avais 9 ans. Le professeur pensait que j’avais copié un journal. » La rencontre décisive se fait par hasard, grâce à l’archéologue de l’île, Annabelle Chauviteau, qui le met en lien avec l’équipe de Neptune FM : « Nous sommes devenus copains avec Rolland et Philippe en quelques minutes ! » L’intégration est immédiate. Didier découvre alors les coulisses d’une radio associative : « Une drôle de machine, avec des salariés, un budget… presque une entreprise. Je ne m’étais pas imaginé tout ça. »

« Mettre ses compétences au bénéfice des autres »

Plus tard, il s’investit davantage et devient trésorier. Mais c’est surtout derrière le micro qu’il trouve sa place. Chaque semaine, il sillonne l’île pour couvrir l’actualité sportive : concours de pêche en surf casting, tournois de volleyball, matchs de football… « J’enregistre, puis je fais le montage. J’ai été formé en interne, merci Philippe, parce que je n’y connaissais rien ! » Ce qu’il aime par-dessus tout , c’est « la magie de la radio » : « Poser sa voix sans savoir où elle part… J’ai une fille au Canada qui m’écoute. Et puis il y a tous les autres, inconnus. Avec internet, c’est incroyable. » Sportif dans l’âme (ancien athlète, footballeur et tennisman), Didier parle de ce milieu avec affection : « Le sport n’est pas un domaine de conflits. Il y a beaucoup de bonne humeur. » Aujourd’hui, il continue de pratiquer, entre ping-pong au club Bad Attack et course à pied avec l’Islais Run Club.

Didier Chagneau aux côtés d’un collégien en stage dans les studios.
Crédit photo : Neptune FM

À travers ses chroniques sportives, il raconte surtout une richesse collective : « Il y a énormément d’associations ici. Quelqu’un qui veut faire du sport aura l’embarras du choix. » Il insiste « pour une île de 5 000 habitants, les performances sont remarquables, surtout chez les jeunes. On a un champion d’Europe de twirling, des volleyeurs en phases finales de Coupe de France… Il y a une culture du dépassement de soi, une vraie combativité. »

Au gré des interviews, certaines rencontres le marquent durablement, comme lors d’un trail de l’île d’Yeu. Didier croise un participant venu de La Roche-sur-Yon, installé dans une joëlette et porté par plusieurs coureurs. Handicapé moteur, l’homme milite pour l’inclusion dans la vie quotidienne: « C’est une personne extraordinaire. Il dégage un bonheur de faire du sport, il vit pleinement la compétition. C’est une leçon de vie. » Le chroniqueur sportif espère d’ailleurs le revoir sur les sentiers de l’île cette année.

Au-delà du sport, Didier défend un modèle, celui du tissu associatif : « Ça cimente une société de manière pacifique, concrète et réelle. Les gens doivent se retrouver en dehors du travail. C’est essentiel. » Cependant, l’équilibre financier de Neptune FM reste fragile. La radio a dû faire face à une baisse de subventions d’environ 20 %: « Heureusement, les dons ont compensé. Mais ça devient précaire. On ne sait pas de quoi demain sera fait. » Neptune FM tente de diversifier ses ressources, tout en continuant de compter sur le soutien public. Malgré ces incertitudes, son engagement reste intact : « Ça m’apporte du bonheur. Se sentir utile, ça n’a pas de prix. Il y a de la pression, oui, mais une adrénaline positive. » Et un appel, lancé sans détour : « Écoutez-nous, venez participer, proposez des émissions. Et soutenez nous. » Car pour Didier Chagneau, la radio est avant tout une aventure collective et vivante, à l’image de l’île d’Yeu.

Contact : antenne@netpunefm.com

Propos recueillis par Valentine Lanave

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