Il n’aime pas rester assis, encore moins attendre. Étienne Taraud a fait du pinceau son métier, du mouvement son quotidien et de l’indépendance un choix de vie. Islais de naissance, artisan peintre à son compte depuis neuf ans, il regarde la canicule avec le même pragmatisme que pour le reste : il faut s’adapter, sans perdre de vue l’essentiel.
Il aurait pu être maçon. Ou mécanicien. Finalement, ce sera la peinture. En 2005, après quelques stages réalisés au collège, Étienne Taraud hésite encore sur la voie à suivre. La mécanique l’attire un temps, la maçonnerie aussi, notamment parce que son père exerce lui-même ce métier. Mais le jeune homme finit par choisir la peinture : « j’aime bien le côté décoratif », explique-t-il. Et puis il y a le froid : « je n’aime pas ça et la maçonnerie, ce n’était pas fait pour moi. » Quant à la mécanique, elle demandait une patience qui ne lui ressemblait guère. Attendre les pièces, patienter avant de pouvoir avancer… « ça ne me chauffait pas du tout », sourit-il. Le choix est finalement arrêté. CAP, puis brevet professionnel en poche, après cinq années d’apprentissage entre Riou Frères, à l’île d’Yeu, et l’Aforbat, à la Roche-sur-Yon. Il restera ensuite sept ans salarié dans cette entreprise avant de se lancer seul. Le 1er novembre prochain, cela fera neuf ans qu’il a créé son entreprise.
Peindre, mais surtout sublimer l’ancien
Ce qui lui plaît dans son métier n’est pourtant pas nécessairement ce que l’on imagine : « ce n’est même pas les petites rénovations », précise-t-il. Ce qu’il aime, ce sont les vieilles infrastructures, les bâtiments qui ont vécu, leurs murs déformés, leurs imperfections : « les sublimer, c’est ce qui me plaît. » Un goût pour le travail manuel qui correspond aussi à son tempérament. Étienne se décrit comme un hyperactif. À l’école déjà, rester assis était compliqué : « je n’aurais pas pu avoir une carrière bureaucratique. » Alors il travaille seul, à son rythme, avec cette liberté qu’il revendique depuis qu’il est devenu artisan. Il a déjà accueilli un stagiaire et envisagé, un temps, d’embaucher. Mais l’idée lui plaît de moins en moins, car embaucher signifierait davantage de responsabilités et davantage de présence imposée : « je suis à mon compte pour avoir de l’autonomie. » Puis cette formule qui résume le mieux sa philosophie : « on est plus riche de son temps que d’autre chose. »
« Comme à la campagne, mais avec la mer en plus »
Cette liberté, Étienne la trouve aussi dans son environnement. Né sur l’île d’Yeu, il y a toujours travaillé. Jusqu’en 2016, il vivait chez ses parents. Il a ensuite eu la possibilité d’acquérir un terrain familial pour construire sa maison, un projet facilité par son père, qui l’a aidé sur le gros œuvre. La vie insulaire, loin de constituer pour lui un handicap professionnel, serait même plutôt un avantage : « on est plus sereins que si l’on vivait en ville. Comme à la campagne en somme, mais avec la mer en plus ! » Même les contraintes liées aux livraisons par bateau ne semblent pas l’agacer. Un jour supplémentaire pour recevoir du matériel ? Il suffit d’anticiper : « c’est comme lorsque l’on prévoit ses vacances : il faut trouver les correspondances entre le bateau et l’avion. C’est une question d’habitude. » Il estime même que travailler dans le BTP sur l’île constitue une « facilité ». La demande est importante et les artisans venus du continent sont nombreux. Et surtout, les déplacements entre deux chantiers sont réduits au minimum : « mes copains de formation, qui travaillent aux Sables-d’Olonne, se retrouvent parfois en Belgique pour trouver des chantiers. Moi, j’ai mon atelier à cinq minutes. C’est quand même appréciable en cas d’oubli ! »
La canicule ? « On prend sur soi »
Dans ce quotidien bien rodé, la chaleur constitue une contrainte supplémentaire, mais Étienne refuse pour l’instant d’en faire un bouleversement : « ce n’est pas toujours agréable, mais on prend sur soi. C’est supportable quelques jours. » La fenêtre la plus pénible se situe, selon lui, entre 11 heures et 16 heures. Lors des journées les plus chaudes, toutefois, les horaires habituels ne veulent plus dire grand-chose : « à 9 heures ou à 18 heures, il faisait plus chaud qu’une journée lambda à 12 heures. » Le peintre a la chance de travailler le plus souvent du côté ombragé des maisons. Une différence importante lorsqu’on compare son quotidien à celui d’un maçon sur une toiture, exposé au soleil en permanence. Pour autant, certaines tâches deviennent franchement éprouvantes. Le rebouchage, notamment, devient une véritable course contre la montre : « c’est sportif car ça sèche en une à deux minutes. » La peinture extérieure souffre elle aussi des fortes températures, mais Étienne connaît depuis longtemps les caprices de la météo : « nous, les peintres, sommes déjà tributaires de la météo pour les ravalements. » Et entre une averse et une canicule, son choix est vite fait : « en cette saison, personnellement, je préfère avoir trop chaud que d’être bloqué par la pluie. »
Une casquette mouillée et… un pique-nique à la plage
Pas question pour autant de nier la chaleur. Pour tenir, Étienne boit beaucoup et mouille environ toutes les heures sa casquette et son tee-shirt. Certains équipements de protection deviennent également plus pénibles à porter : cache-cou et bonnet lors des pulvérisations d’antimousse, pantalon de travail… Mais même en pleine canicule, pas question de passer au short. Ses genouillères intégrées sont devenues indispensables. Il n’a pas eu besoin de modifier son organisation lors de cet épisode et n’a interrompu aucun chantier. Mais si ces températures devenaient habituelles, il changerait ses horaires : « il faudrait faire, par exemple, 7 heures-15 heures. » Pour l’instant, il préfère prendre les choses avec une pointe d’humour. Si les journées sont difficiles, les soirées peuvent au moins être agréables : « pique-nique à la plage obligatoire le soir », glisse-t-il.
« Heureusement que ce n’est pas comme ça tous les jours »
Étienne n’a pas le souvenir d’avoir vécu un épisode qui l’aurait particulièrement marqué. Simplement une journée « particulièrement chaude ». Pas de malaise à l’horizon, pas de chantier interrompu, pas de retard. Et même un peu de chance : son chantier de rebouchage venait de se terminer lorsque la canicule est arrivée. Dans le cas contraire, il aurait simplement changé de chantier avant d’y revenir lorsque les températures seraient redevenues plus clémentes. Sur l’évolution du climat, il reste là encore prudent. Il reconnaît la chaleur exceptionnelle, mais garde le souvenir de canicules lors de la plupart des étés. Il ne craint pas encore que cela devienne un problème majeur pour son activité, « à moins que le dérèglement climatique ne s’accélère énormément ». Pour lui, certains corps de métier devront peut-être adapter leurs méthodes si les épisodes deviennent plus fréquents et plus intenses. Il porte toutefois un regard positif sur la manière dont les artisans s’organisent. Sur l’île, estime-t-il, « la plupart des chefs d’entreprise essaient de faire de leur mieux pour trouver des solutions ».
Étienne Taraud, continuera donc de peindre, rénover les murs qui ont vécu et travailler à son rythme, avec ou sans canicule. Parce que, derrière son choix de métier, un choix de vie assez simple : rester maître de son temps…
Propos recueillis par VL
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Merci pour cet article intéressant C’est un beau métier revalorisant !
Le peintre professionnel et les particuliers ont la tâche de rendre nos maisons pimpantes sur l’île d’Yeu