Logement, résidences secondaires, EHPAD, investissements, tourisme, environnement : lors d’une rencontre organisée par l’association « Une île des Auteurs », le maire de l’île d’Yeu, Patrice Bernard, a présenté les grandes orientations de sa nouvelle mandature.
La question était posée dès les premières minutes par l’intervieweur Arnaud Langlois-Meurine : « mandature de rupture ou de continuité ? » Patrice Bernard n’a pas réellement tranché. Il a préféré revenir sur le contexte de son élection et sur la présence de trois listes candidates. Ce sont donc les annonces faites lors de cette rencontre qui permettent, pour l’instant, de dessiner les contours de cette nouvelle mandature. Le premier axe est sans surprise celui du logement. La municipalité veut « vendre un maximum de terrains » pour les jeunes, poursuivre les lotissements engagés, développer le locatif et multiplier les opérations d’habitat permanent. Le projet de la Gabière doit être poursuivi et un second programme d’habitat collectif est envisagé. Cette politique répond à une réalité incontestable : selon les dernières données disponibles de l’Insee (2023), l’île d’Yeu comptait 3803 résidences secondaires ou logements occasionnels, soit 60,2 % du parc de logements. Le maire avance aujourd’hui un chiffre de 66 %. La commune veut également développer le logement locatif. Dix logements sont notamment annoncés impasse des Rieux. Autre volet : la transformation de logements touristiques en logements à l’année. Le maire estime à une « quarantaine » le nombre de logements ayant changé d’usage grâce au dispositif municipal. Un résultat à mettre en regard de l’objectif initialement envisagé d’une centaine de logements. La municipalité entend par ailleurs généraliser la servitude de résidence principale aux nouvelles constructions. Le dispositif ne concerne pas le bâti existant. Reste à connaître précisément les modalités de contrôle et les critères qui permettront de déterminer qu’un logement est effectivement occupé comme résidence principale huit mois par an. C’est sans doute sur le foncier que les questions juridiques sont les plus nombreuses car le cadre juridique du ZAN vient encore d’évoluer avec la loi du 18 août 2026. Le maire a évoqué la perspective de ne disposer que de quatre hectares supplémentaires à construire. En parallèle, Patrice Bernard a confirmé aux habitants consacrer les recettes supplémentaires issues de la majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires à sa politique du logement.

Vieillir sur l’île : un déficit de places assumé
Le dossier du grand âge est probablement l’un des plus préoccupants. Patrice Bernard reconnaît que la capacité d’accueil en EHPAD est passée de 104 à 67 places et indique souhaiter remonter à 69. Il estime même que le besoin idéal serait de 80 places. Dans le même temps, la liste d’attente compte actuellement « neuf à dix personnes » selon ses déclarations. La municipalité entend également créer un service d’aide à domicile en complément de l’ADMR. Favoriser le maintien à domicile répond naturellement au souhait de nombreuses personnes âgées. Mais cette politique ne supprime pas le besoin d’hébergement lorsque le maintien à domicile devient impossible. EHPAD, aide à domicile, habitat inclusif, résidence autonomie et coopération avec l’hôpital devront donc être pensés ensemble.
Beaucoup de projets, une capacité financière à surveiller
Au chapitre des investissements, Patrice Bernard a présenté une feuille de route particulièrement fournie : « nous pouvons faire un projet à 2 millions d’euros sans emprunts », a-t-il affirmé, après avoir indiqué que la municipalité avait rencontré la DGFIP et les services fiscaux et souhaitait se « former à la rentrée » sur les questions financières. Le maire a toutefois insisté sur la nécessité de ne pas laisser les investissements peser durablement sur le fonctionnement de la commune : « nous devons stabiliser nos investissements si nous devons gérer nos dépenses de fonctionnement », a-t-il expliqué. Il a également indiqué vouloir « bien mesurer l’impact de chaque embauche sur le coût de la masse salariale ». Plusieurs recrutements sont pourtant annoncés ou envisagés, notamment un directeur général adjoint, un agent chargé du contrôle des résidences principales et un directeur pour l’EHPAD. Parmi les premiers chantiers annoncés figure la réhabilitation de l’église Notre-Dame-du-Port : « le premier chantier sera bien la réhabilitation de l’église de Notre-Dame-du-Port : refaire la toiture et la charpente. Merci pour vos dons », a déclaré le maire, en référence notamment à la mobilisation financière des habitants autour de ce projet. La crèche constitue ensuite une autre priorité. Patrice Bernard a rappelé que les parents de « 60 enfants » doivent trouver un moyen de garde pour la rentrée et annoncé la construction d’une nouvelle structure. Dans l’attente, une installation provisoire doit être mise en place. D’autres opérations ont été évoquées pour la suite du mandat, comme le « démantèlement du chapiteau et l’installation de gradins », la création d’une « salle des fêtes dans le quartier des Usines », l’aménagement d’une « esplanade en front de mer » après la démolition de l’ancien magasin de meubles, ainsi que la création d’un nouvel espace destiné aux jeunes. Le maire situe ces différents projets « d’ici la fin du mandat », sans avoir, lors de cette rencontre, détaillé pour chacun un calendrier précis ni un coût global. La municipalité souhaite également poursuivre des investissements lourds dans les infrastructures : assainissement, port et protection du trait de côte. Sur ce dernier point, Patrice Bernard a annoncé vouloir consacrer les recettes liées au parc éolien à ces deux priorités : « nous allons orienter les 900 000 euros du produit de la taxe éolienne à la préservation du trait de côte et au port. » Le détail devra tout de même être précisé : que recouvre exactement cette somme et quelle part sera affectée à chacun de ces objectifs ?




Le tourisme face à la capacité de l’île
Le maire estime que les visiteurs à la journée sont trop nombreux « entre le 20 juillet et le 15 août » et envisage une forme de régulation, tout en précisant que les résidents secondaires ne seraient « pas concernés ». Cette mesure soulève plusieurs questions : qui serait considéré comme visiteur à la journée ? Sur quel fondement juridique une distinction serait-elle opérée ? Quelle autorité pourrait agir sur les flux maritimes ? Dans le même temps, la Région Pays de la Loire travaille à l’hypothèse d’un bateau intermédiaire permettant notamment des passages à la mi-journée. Il faudra donc expliquer comment cette amélioration de la desserte pourrait s’articuler avec l’objectif de régulation des flux estivaux.
Rupture ou continuité ?
Au terme de la rencontre, la réponse à la question initiale reste ouverte. La nouvelle municipalité affiche une politique volontariste : produire du logement permanent, limiter la transformation du parc en résidences secondaires, développer les services aux familles et aux personnes âgées, investir dans les infrastructures et préparer l’île aux enjeux du changement climatique… Les annonces sont nombreuses. Il reste désormais à connaître leurs calendriers exacts, leurs coûts, leurs financements et, surtout, les arbitrages qui devront être faits au fur et à mesure, lorsque tous les projets ne pourront pas être menés simultanément, dans un contexte insulaire où cette ambition globale se heurte à plusieurs contraintes : le prix du foncier, le vieillissement de la population et la capacité financière de la commune.
VL
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