À l’île d’Yeu, la biologie se rapproche des patients et l’hôpital prépare son avenir

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Inauguré jeudi 1er octobre à l’hôpital Dumonté, l’unité de biologie délocalisée permet désormais de réaliser certains examens directement sur l’île, avec des résultats en quelques minutes. Une évolution qui doit limiter des transferts sanitaires et renforcer l’autonomie médicale du territoire. Lors de l’inauguration, le directeur général des Hôpitaux de Vendée Olivier Servaire-Lorenzet a également annoncé le lancement, d’ici la fin de l’année, d’un projet immobilier pour un nouvel hôpital à l’horizon 2030, avec l’espoir de voir arriver un scanner d’ici là.

Il y a quelque chose de presque symbolique dans l’histoire racontée ce jeudi par le docteur Marc-Antoine Larvor, président de la Commission médicale d’établissement de l’hôpital Dumonté. Pendant longtemps, sur l’île d’Yeu, faire parvenir un prélèvement sanguin au laboratoire continental relevait d’une logistique singulière : « dans les années 90, il faut se rappeler que les prélèvements biologiques urgents étaient acheminés par des pigeons voyageurs », rappelle le médecin. Des pigeonniers avaient été installés à l’île d’Yeu et à Noirmoutier. Les pigeons, nés sur le continent, étaient transportés par bateau avant d’être libérés à la demande, équipés d’un harnais permettant d’emporter le tube de sang : « cette activité paraît d’un autre temps, elle a pourtant perduré jusqu’en 2001… après 14 ans de bons et loyaux services ! » Puis le pigeon a laissé place à l’hélicoptère. Depuis, les prélèvements sont acheminés quotidiennement vers les laboratoires continentaux, notamment parce que les horaires des liaisons maritimes sont incompatibles avec le transport des analyses aux heures ouvrables. L’hélicoptère est également devenu le « cordon ombilical » de la chaîne sanitaire entre l’île et le continent. Selon le docteur Larvor, entre 180 et 200 évacuations sanitaires héliportées, les EVASAN, sont réalisées chaque année, médicalisées par les médecins de l’île. Mais l’expérience des dernières années a également montré les limites de cette organisation.

Éviter les évacuations « pour rien »

« Nous avons pu mettre au jour une part non négligeable d’EVASAN dites “blanches”, pour 10 à 15 % d’entre elles, où les patients étaient évacués sur le centre hospitalier de Challans, pour une simple prise de sang dans le cadre d’une douleur thoracique suspecte… et là, dont la prise de sang se révélait finalement normale… donc des EVASAN pour rien. » Le nouveau dispositif de biologie délocalisée doit précisément permettre de répondre localement à certaines de ces situations : « ce nouvel outil donne ainsi les moyens nécessaires aux cliniciens afin d’obtenir in situ, de façon fiable et rapide, la réponse à la question posée, tout en évitant une évacuation sanitaire coûteuse pour la collectivité, chronophage, et impactant de surcroît négativement l’empreinte carbone de l’hôpital Dumonté. » Concrètement, certains examens peuvent désormais être réalisés directement sur l’île. Un ionogramme sanguin et une hémoglobine peuvent être obtenus en 120 secondes. La troponine ultrasensible, utilisée notamment dans l’évaluation des douleurs thoraciques, est disponible en 15 minutes. Le médecin insiste sur l’intérêt de cette rapidité dans les situations d’urgence. Le dispositif permet notamment de réaliser des cycles de troponine à deux heures dans certaines prises en charge, afin d’affiner rapidement l’orientation du patient. Les premiers résultats donnent déjà un aperçu de l’intérêt du dispositif : « ainsi, sur les trois premières semaines de fonctionnement, six patients ont présenté une élévation du taux de troponine, et ont ainsi bénéficié d’une admission directe aux soins intensifs de cardiologie du CHD, afin d’y recevoir une prise en charge spécialisée, voire ultraspécialisée, mais en tous les cas adaptée à leur état clinique et à leur pathologie. Les six sont sortis de l’hôpital, en bonne santé et sans séquelles. » Auparavant, décrit Marc-Antoine Larvor, ces patients auraient pu être évacués vers Challans pour bénéficier d’une première prise de sang, avec plusieurs transports successifs avant une éventuelle orientation vers les soins intensifs de cardiologie du CHD à la Roche-sur-Yon : « par cet exemple, on montre ainsi l’efficience médicale du dispositif, nous permettant de répondre rapidement à la question posée et d’orienter immédiatement nos patients vers le bon service. »

Pierre-Hugues Glardon, directeur des hôpitaux de Noirmoutier et de l’île d’Yeu, Dr Marc-Antoine Larvor, chef de service à l’hôpital local Dumonté et Olivier Servaire-Lorenzet, directeur général des Hôpitaux de Vendée. © VL

Plus de 5200 rendez-vous depuis juillet 2025

L’autre volet assez récent est le centre de prélèvement biologique, destiné cette fois aux examens programmés. Le projet est né d’une autre difficulté. Il y a environ deux ans et demi, les infirmières libérales de l’île ont fait savoir qu’elles ne pouvaient plus assurer dans leurs cabinets les prélèvements biologiques programmés dans les mêmes conditions qu’auparavant. Dans le contexte du vieillissement de la population et de l’augmentation des besoins de soins, l’hôpital a donc repris cette activité dans le cadre de sa mission d’hôpital de proximité. Le centre a ouvert en juillet 2025. Depuis, plus de 5200 rendez-vous ont été donnés : « il a donc fallu réorganiser, repenser et adapter un nouveau dispositif, assez contraignant sur le plan normatif, c’est vrai, mais qui permet aujourd’hui d’assurer la qualité et la sécurité dans le rendu des données des examens biologiques », explique Marc-Antoine Larvor. Le projet a notamment nécessité la création d’un nouveau secrétariat et d’un bureau des entrées, l’aménagement des locaux accessibles au public et aux personnes à mobilité réduite, l’organisation des ressources humaines et de la logistique de transport, ainsi que la coordination avec Oya Vendée Hélicoptère et la mise en place d’un système régulier de coursiers entre les établissements hospitaliers du département. La modification de la prise de rendez-vous via Doctolib a changé certaines habitudes, mais le fonctionnement se poursuit. Pour les patients hospitalisés à l’île d’Yeu, l’impact est également concret. Là où les résultats biologiques pouvaient auparavant parvenir par fax jusqu’à 18 h 30, ils sont désormais disponibles dès 15 h 30. Ils sont en outre intégrés automatiquement et de manière sécurisée au dossier territorial partagé Easily. Le centre a aussi rapproché l’hôpital Dumonté du service d’anatomopathologie du CHD pour les biopsies et les frottis, ouvrant aux habitants une filière publique et territoriale de biologie et d’anatomopathologie.

« Rétrécir petit à petit les mailles de notre filet »

Pour le docteur Larvor, le projet n’est cependant qu’une première étape : « nous allons poursuivre la réflexion sur le niveau d’équipement, et continuer à échanger avec les équipes du laboratoire du CHD de la Roche-sur-Yon pour étoffer le panel d’analyse réalisable et ainsi augmenter la capacité de prise en charge in situ sur le site de l’hôpital. Les possibilités sont multiples. Tout en sachant que si on augmente le panel d’analyse, le coût de fonctionnement augmente, ce qui implique de trouver le juste milieu, entre ce qu’il serait souhaitable médicalement et possible financièrement. » Dans les prochains mois, l’hôpital envisage notamment des PCR multiplex sur les prélèvements nasopharyngés, des tests antigéniques triplex aux urgences, mais aussi d’autres examens réalisés à partir de ponctions ou de prélèvements. Pour les hémocultures et les ECBU, le médecin évoque un passage d’un délai pouvant atteindre cinq jours avec l’ancienne organisation à 48 à 72 heures avec la nouvelle. Il regarde également plus loin, vers le transport par drones des produits biologiques, avec un flux sortant pour les prélèvements et potentiellement un flux entrant pour les médicaments : « nous allons donc poursuivre nos efforts sur notre lancée, de façon à rétrécir petit à petit les mailles de notre filet… pour aller à la pêche aux maladies, puisque, il s’agit en réalité du cœur de notre métier, qui est de diagnostiquer les maladies tôt, pour engager un traitement précoce, et permettre le rétablissement du patient dans les plus brefs délais, et si possible sans séquelles. »

« Une rentabilité sociale »

Pour Olivier Servaire-Lorenzet, directeur général des Hôpitaux de Vendée, l’objectif dépasse le seul équipement technique : « mon cœur et ma détermination sont à Yeu. En Auvergne, on dit : “Il y a les taiseux et les faiseux”. Ce qui importe, l’intérêt général est fondamental dans ce projet, dans une société où souvent on dit et on ne fait pas. » Le directeur général assume l’investissement malgré les contraintes économiques : « on est capables de faire des investissements non rentables. Il y a des effets de seuil, tout ne peut pas être rentable, mais on ne peut pas laisser les populations sans soins. C’est une rentabilité sociale. » Il insiste également sur le travail collectif mené entre l’hôpital, la médecine de ville, les collectivités et les différents établissements des Hôpitaux de Vendée : « quoi qu’il arrive, l’hôpital public sera toujours là, pour servir, car c’est sa mission. C’est un investissement qui va venir démarrer un plan de relance de l’investissement. »

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Un projet immobilier avant la fin de l’année

C’est toutefois sur l’avenir immobilier de l’hôpital que le directeur général a livré l’annonce la plus importante de cette inauguration : « les locaux de l’hôpital sont inadaptés. Ils ne sont pas dignes d’une prise en charge du XXIe siècle. Nous allons travailler d’ici la fin de l’année pour réaliser un vrai projet immobilier, un projet hospitalier. J’espère à l’horizon 2030 que l’île d’Yeu puisse avoir un bel hôpital avec la meilleure technologie possible. » Et Olivier Servaire-Lorenzet d’évoquer un équipement attendu de longue date sur l’île : « à moyen terme, l’arrivée d’un scanner pour éviter que les habitants soient obligés de se transporter en bateau ou par hélicoptère pour ce type d’urgence, afin de lutter contre les maladies chroniques et en particulier les accidents vasculaires cérébraux. » Il ne s’agit donc pas encore d’un calendrier arrêté pour l’installation d’un scanner, mais d’une perspective désormais publiquement posée par la direction des Hôpitaux de Vendée, parallèlement au lancement d’un projet immobilier hospitalier. L’accès à l’innovation reste néanmoins soumis, rappelle-t-il, à une contrainte financière : « le principal problème que nous avons aujourd’hui, c’est que cet accès à l’innovation est aujourd’hui coûteux. Il faut concilier à la fois la nécessité de recourir à ces innovations et en même temps la capacité à la soutenir financièrement. C’est un enjeu de taille. »

Une politique de santé qui dépasse l’hôpital

La conseillère départementale Carole Charuau a, elle, replacé le projet dans le cadre de la politique vendéenne de démographie médicale. Elle a rappelé la nomination par Alain Lebœuf de Nicolas Chénéchaud comme conseiller départemental délégué aux questions de démographie médicale, ainsi que les dispositifs engagés par le Département : soutien à la pérennisation des sept services d’urgence, centres de soins programmés, hébergement des internes, développement des stages universitaires, aides à l’installation et soutien aux maisons de santé pluriprofessionnelles. Elle a également évoqué l’ouverture, depuis la rentrée 2026, d’une première année de santé en Vendée, fruit selon elle d’un travail entre le doyen de médecine, le CHU, le CHD, les élus, l’ARS et les professionnels de santé. Sur l’île d’Yeu, son intervention a surtout insisté sur la question des transports : « nous nous sommes battus notamment face au conseil Régional pour trouver des arguments juridiques qui permettent à nouveau de rouvrir cette offre de service absolument indispensable pour les nécessités médicales. L’hélicoptère de l’île d’Yeu continue d’être accessible à un tarif préférentiel en faveur des islais et bientôt, à partir de novembre, en faveur des professionnels du secteur médico-social. Vous aussi vous vous battez au quotidien pour offrir à vos patients les meilleurs soins possibles alors bravo et merci pour votre engagement et pour ce centre de prélèvement de biologie délocalisée qui viendra prolonger votre action et contribuer à soigner ceux qui vous sont confiés. »

Maintenir une population, construire un territoire de soins

Pour Patrice Bernard, maire de l’île d’Yeu et président du conseil de surveillance de l’hôpital Dumonté, la question est également démographique : « ce projet s’inscrit dans une logique du maintien de la population sur notre territoire. L’île d’Yeu est de plus en plus attractive, c’est en partie dû à toutes ces femmes et ces hommes qui y travaillent dans le domaine médical. » La commune travaille par ailleurs sur plusieurs projets autour du site hospitalier : une crèche, la réhabilitation de l’EHPAD et l’agrandissement de l’hôpital. L’objectif est de rapprocher ces équipements du centre de loisirs pour enfants et du pôle culturel du Petit Chiron. Plus qu’un pôle intergénérationnel formel, le maire décrit ainsi un futur espace de vie où les générations et les services seront naturellement rapprochés : « tous ces projets se porteront ici même, au cœur de Port Joinville, et seront mis pour ce faire en commun l’hydraulique, les parkings… Nous allons mutualiser tous ces aspects communs pour éviter de dépenser de l’argent public inutilement, chaque euro compte. » Il rend également hommage aux professionnels de santé et aux acteurs qui contribuent au maintien de l’offre sanitaire sur l’île, notamment Oya Vendée Hélicoptère.

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De l’urgence biologique à l’hôpital de demain

L’inauguration du 1er octobre marque une nouvelle étape dans une histoire sanitaire insulaire qui est passée du pigeon voyageur à l’hélicoptère, puis à la réalisation de certains examens directement au chevet des patients. Le centre de prélèvement répond à un besoin quotidien. La biologie délocalisée répond aux urgences. Le projet immobilier évoqué par la direction ouvre une troisième perspective : celle d’un hôpital mieux adapté aux besoins du territoire. Avec, à terme, la possibilité d’un scanner, le développement de nouveaux examens sur place et peut-être demain des drones pour transporter prélèvements et médicaments, l’île d’Yeu cherche ainsi à réduire, chaque fois que cela est médicalement possible, sa dépendance aux évacuations vers le continent. Dans un territoire confronté au vieillissement de sa population et à des problématiques sanitaires particulières, cette autonomie médicale progressive constitue un défi qui dépasse de loin les murs de l’hôpital Dumonté…

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