Hélistation : OVH défend sa ligne et renvoie les pouvoirs publics à leurs responsabilités

Jean-François Bègue, Sandrine Thenot et Gael Moncanis © VL

Après le maire Patrice Bernard, les représentants d’OYA Vendée Hélicoptères livrent à leur tour leur lecture du conflit qui oppose la compagnie à l’association des Riverains du Port. Ils estiment aujourd’hui encore pouvoir y assurer du transport public à la demande, en attendant une nouvelle régularisation.

Le rendez-vous devait initialement réunir un seul dirigeant d’OYA Vendée Hélicoptères. Gaël Moncanis s’est finalement présenté ce jeudi 3 septembre en compagnie de Jean-François Bègue, le nouveau directeur général de la société et de sa responsable financière, Sandrine Thenot. Face à eux, un dossier de haut vol : l’avenir de l’hélistation de Port Joinville, alors que son autorisation ministérielle a été annulée par la justice. Le conflit ne date pourtant pas d’hier, comme l’assure Gaël Moncanis : « c’était déjà un sujet lorsque je suis arrivé chez OVH en 2005 ».

Une histoire qui remonte à 1986

Pour comprendre la position de l’entreprise, le dirigeant commence par reprendre la genèse d’OVH. La compagnie est née dans les années 1980, à l’initiative d’un insulaire, avec l’objectif de répondre aux besoins de la population. Très vite, l’hélistation est implantée au cœur de Port Joinville. Le 5 décembre 1986, le préfet de Vendée autorise officiellement la commune à créer et exploiter une hélistation à usage restreint. Le texte prévoit des évacuations sanitaires et des transports à la demande par hélicoptères légers. À l’époque, les moyens héliportés médicalisés sont encore peu développés en France. OVH a alors été rémunérée à la mission pour les évacuations sanitaires. C’est précisément la notion de « transport à la demande » qui constitue aujourd’hui le cœur de la défense de la compagnie : « nous considérons que nous faisons toujours du transport public à la demande », explique Gaël Moncanis. La compagnie affirme ainsi ne déclencher ses vols commerciaux qu’à partir d’un certain niveau de remplissage : lorsque la rentabilité du vol n’est pas assurée, celui-ci ne serait pas effectué. Lors de l’enquête publique de 2017, l’objectif affiché de la conversion de l’hélistation soumise à autorisation préfectorale en hélistation soumise à autorisation ministérielle était précisément de permettre l’exploitation de cette ligne régulière commerciale. En 2018, le ministère chargé des Transports autorise finalement la création d’une hélistation à Port Joinville, destinée à remplacer l’installation autorisée par le préfet en 1986. L’arrêté est signé le 4 juillet 2018. Mais cet acte régularisant la situation va être attaqué par l’association des Riverains du Port.

L’autorisation de 2018 annulée

Le tribunal administratif de Nantes annule l’arrêté ministériel en juillet 2023. En mars 2025, la cour administrative d’appel confirme cette annulation, estimant notamment que l’étude d’impact du projet était insuffisante. Pour OVH, cette décision ne signifie pourtant pas que l’entreprise doit cesser son activité : « lorsqu’un tel arrêté est annulé, c’est la situation antérieure qui prévaut », estime Gaël Moncanis, en s’appuyant sur l’analyse de ses avocats. L’entreprise considère donc que l’arrêté préfectoral de 1986 demeure applicable. Le tribunal judiciaire des Sables-d’Olonne, saisi en référé par l’association des Riverains du Port pour faire cesser les vols commerciaux, ne semble pas avoir tranché cette question au fond. Dans son ordonnance du 23 juin 2026, il s’est déclaré incompétent pour ordonner l’arrêt de l’activité, renvoyant la question au juge administratif et aux autorités compétentes : « nous n’avons pas d’interdiction administrative, ni d’interdiction technique », insiste Gaël Moncanis. La société rappelle également qu’elle dispose toujours d’un certificat de transporteur aérien délivré par l’autorité de l’aviation civile et qu’elle fait l’objet de contrôles réglementaires. OVH figure toujours dans la liste officielle des exploitants d’hélicoptères titulaires d’un certificat de transporteur aérien valide.

« La mairie est propriétaire, nous sommes opérateur »

Pour OVH, une autre distinction est essentielle. Celle entre la compagnie et l’infrastructure : « c‘est bien la mairie qui est propriétaire de l’hélistation depuis quarante ans. OVH est exploitant opérateur », rappelle Gaël Moncanis. À la commune reviendrait donc la gestion de l’infrastructure et les investissements nécessaires. À OVH, l’exploitation des appareils, le traitement des passagers et la sécurité des mouvements aériens. La compagnie explique toutefois qu’une convention lui délègue certaines tâches relevant normalement du propriétaire, notamment les inspections quotidiennes de l’aire de mouvement. OVH assure réaliser ces contrôles « gracieusement ». Une convention de ce type a effectivement été approuvée par le conseil municipal après un audit de la Direction Générale de l’Aviation Civile en 2024.

Une nouvelle tentative de régularisation

Malgré les procédures judiciaires, la mairie n’a pas abandonné son projet. En 2025, la commune a lancé un marché public portant précisément sur la conversion de l’hélistation « préfectorale » en hélistation « ministérielle » à Port Joinville. La consultation, publiée en mai 2025, prévoyait la constitution d’un nouveau dossier complet. Sur ce point, OVH semble vouloir accompagner le mouvement. Patrice Bernard, élu maire de l’île d’Yeu depuis cette année, souhaite lui aussi conserver à Port Joinville la liaison aérienne vers le continent, mais transférer à l’aérodrome certaines activités. Gaël Moncanis nuance : « les décisions ne sont pas prises. » Il reconnaît toutefois que l’entreprise devra probablement réfléchir au déplacement d’une partie de ses activités vers l’aérodrome. Les transports de techniciens vers le parc éolien sont d’ailleurs « déjà principalement effectués depuis Beauvoir-sur-Mer », précise-t-il.

« Si toute notre activité part à l’aérodrome, on met la clé sous la porte »

C’est l’un des arguments économiques les plus forts avancés par OVH : « l‘entreprise est viable actuellement. Mais si toute notre activité devait être transférée à l’aérodrome, on mettrait la clé sous la porte », affirme Gaël Moncanis. La compagnie compte actuellement une douzaine d’emplois liés à son activité historique sur l’île, selon son dirigeant. L’activité offshore constitue, elle, un axe de développement distinct du groupe. OVH est désormais contrôlée par AIRTELIS, et l’entreprise ne cache pas que son nouvel actionnaire devra également regarder la rentabilité de l’activité insulaire : « je ne pense pas que le nouvel actionnaire soit prêt à perdre de l’argent sur l’île d’Yeu », résume Gaël Moncanis. Les comptes publiés pour 2025 font apparaître un chiffre d’affaires de 4,7 millions d’euros pour OYA Vendée Hélicoptères, avec un résultat net déficitaire de 1,26 million d’euros.

C’est désormais cette nouvelle procédure administrative qui pourrait permettre de sortir, enfin, de ce long entre-deux…

VL

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