La démocratie participative, cette affaire de mœurs ?

© Marie - Club Photo Yeu

SATIRE
par CM

Lors du dernier point presse de l’exécutif, la philosophie du XIXe siècle, de façon générale, a été convoquée pour mettre en garde contre les dangers de la manipulation, censés être inhérents à la démocratie participative. Une référence savante, un propos grave, et un auteur que nous, pauvres journaleux que nous sommes, avons été priés de deviner. Mais fort heureusement, à Grain de Sel, nous aimons la culture. Notre petite rédaction a commencé à investiguer pour trouver le nom du grand penseur concerné.

Benjamin Constant ? L’hypothèse tient la route. Le théoricien de la liberté politique et du gouvernement représentatif a effectivement de quoi nourrir un débat sur la participation des citoyens aux décisions publiques. 

Mais voilà, notre rédaction, qui n’a jamais eu peur d’explorer les chemins de traverse de la pensée politique, a également envisagé une piste moins conventionnelle : celle du marquis de Sade. Précisons tout de même, pour les puristes et les susceptibilités : nous ne prétendons nullement que Sade a été cité, piste un peu tirée par les cheveux, il est vrai, puisque le quidam n’a passé qu’un cinquième de sa vie au XIXe siècle : mais il n’aurait sans doute pas désavoué la pratique du scalp; Nous nous réservons donc simplement le droit d’explorer les conséquences humoristiques d’une référence laissée dans le brouillard. Après tout, si la démocratie participative est une affaire de manipulation, encore faudrait-il nous expliquer qui manipule qui, de quelle manière, dans quel sens et sur quelles preuves ?

Face à cette crainte entendue de manière manifeste, peut-être faudrait-il aussi s’interroger sur la nature des rapports de pouvoir qui la sous-tendent? À force de vouloir protéger les citoyens contre les dangers supposés de la démocratie participative, on finirait presque par leur coller un bâillon, leur passer les menottes et leur expliquer que c’est pour leur bien. Mais rangez donc vos cravaches bande de coquinous, nous ne sommes pas du genre à prendre notre mal en patience ! Nous invoquons le « safeword » (en bonne intelligence, bien sûr). Parce qu’il paraîtrait que même dans les jeux de domination, le consentement est une condition essentielle (c’est ma voisine qui me l’a dit) ; Et bein pour la démocratie, c’est exactement le même principe ! Il ne suffit pas de demander aux citoyens de choisir leurs maîtres tous les six ans, pour considérer ensuite que leur parole est facultative, fichtre !

En attendant, une initiative allemande mérite d’être mise en lumière (tamisée, cela va de soi) dans le contexte philosophique évoqué, car elle pourrait peut être (avec panache, certes) illustrer la vision de la participation citoyenne qui nous a été développée. On vous explique. À Mannheim, un élu a récemment donné à la notion de réunion politique une interprétation horizontale toute charnelle. L’élu, membre de l’opposition, revendique quant à lui une forme de «contestation politique». C’est provocateur, vicieux ou du grand art, nous n’arrivons pas à le déterminer avec certitude. En tout état de cause, Sade aurait très certainement validé…

Ce genre de méthode allemande devrait évidemment nous alerter, que dis-je ? Nous insurger ! Notamment sur les frontières et les distances à clairement établir en terme de modèle de gouvernance locale (pense bête : démocratie participative VS participation aux jeux de pouvoir, ne pas confondre les pratiques). Pas de crainte à avoir : Grain de Sel n’espère pas transformer la mairie par le biais de la participation citoyenne. On aimerait simplement ouvrir la porte afin que les citoyens échangent des IDÉES. Et d’ailleurs, puisque le débat porte sur la manipulation, une question nous paraît somme toute légitime : est-ce vraiment la participation des citoyens qui pose problème, ou la possibilité qu’ils ne pensent pas tous comme ceux qui les gouvernent ?

Nous cherchons encore avec assiduité le ou la philosophe qui aurait démontré(e) que laisser les citoyens s’exprimer serait une entreprise de manipulation. Si nous pouvions avoir la référence, nous pourrions enfin ouvrir le bon livre… À défaut de réponse, nous poursuivrons de manière très approfondie nos investigations, philosophiques, naturellement.

Des bisous…

Précision de la rédaction

Le présent article s’inscrit dans une démarche satirique. Il mêle commentaire, ironie et questionnement sur les discours publics relatifs à la participation citoyenne. La référence philosophique évoquée lors du point presse n’ayant pas été explicitement identifiée, les rapprochements et hypothèses proposés dans cet article relèvent de l’interprétation et de l’exercice critique de la rédaction. La satire et l’ironie employées visent à alimenter le débat public. Elles ne doivent pas être comprises comme l’attribution à quiconque de propos qui n’aurait pas été tenus, ni comme la présentation d’hypothèses en tant que faits établis.

 

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