REPORTAGE
par Valentine Lanave
Inaugurée officiellement ce mercredi 21 octobre, la Maison France Services de l’île d’Yeu vient combler un manque dans l’accès aux services publics sur le territoire vendéen. Portée par la commune et son Centre communal d’action sociale, avec le soutien de l’État et de ses partenaires, elle propose un accompagnement humain et de proximité pour faciliter les démarches administratives des habitants. Ouverte depuis janvier, elle a déjà accueilli près de 2000 usagers.
Sur l’île d’Yeu, accomplir une démarche administrative peut parfois relever du parcours d’obstacles. Entre l’éloignement du continent, les contraintes de déplacement et la dématérialisation croissante des procédures, certains habitants peuvent se retrouver démunis devant la complexité des formalités: « pouvoir accomplir ses démarches administratives sans avoir à quitter l’île ni se retrouver seul face à un écran est loin d’être un détail. C’est une question d’égalité d’accès aux services publics et de qualité de vie », a rappelé Patrice Bernard, maire de l’île d’Yeu, lors de l’inauguration officielle, mercredi 21 octobre. Jusqu’à récemment, l’île constituait le dernier canton de Vendée à ne pas disposer d’une Maison France Services. Un manque désormais comblé grâce à un projet engagé en 2023 « à l’initiative des services de l’État, puis porté par la commune et son Centre communal d’action sociale (CCAS) ».
Un service public au plus près des habitants

Pour Patrice Bernard, l’insularité renforce la nécessité de maintenir un service public accessible à tous: « si la dématérialisation des procédures administratives constitue un progrès pour beaucoup, elle peut aussi devenir un obstacle pour d’autres », souligne-t-il, en évoquant notamment les aînés, les personnes qui maîtrisent peu les outils informatiques ou celles qui ne disposent pas d’équipements adaptés. La Maison France Services entend ainsi offrir « un lieu de proximité, un accueil humain, une écoute et un accompagnement personnalisé ». Installée au sein du pôle économique, en lien étroit avec le Relais Emploi, elle permet de mutualiser les moyens et de renforcer l’accompagnement proposé aux Islais. Le maire a salué le soutien de l’État, les douze partenaires nationaux du réseau France Services ainsi que les équipes mobilisées pour concrétiser le projet : agents du CCAS, services techniques municipaux, chantier d’insertion et entreprises intervenantes. Il a également tenu à remercier tout particulièrement Nathalie Semelin, Audrey Jolivet et Karen Turbé, qui contribuent au fonctionnement quotidien du service: « c’est un service qui ne laisse personne au bord du chemin. Sur une île, plus encore qu’ailleurs, cette proximité est essentielle », a-t-il insisté, souhaitant que la structure devienne pour tous les Islais « un lieu de confiance, d’écoute et de solution ».
Un réseau national, une réponse locale
La Maison France Services de l’île d’Yeu s’inscrit dans un dispositif national destiné à rapprocher les services publics des citoyens. Selon Lucie Roch, directrice du programme France Services au sein de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), le réseau compte désormais 2865 structures et se dirige vers l’objectif de 3000 pour 2027: « il y a une volonté de maillage très forte, qui permet d’être à moins de vingt minutes des Français et des Françaises », explique-t-elle. Pour illustrer l’efficacité du dispositif, elle reprend les mots de la ministre des Territoires, Françoise Gatel : « France Services, ça marche ! » Sur le terrain, près de neuf usagers sur dix trouveraient une réponse à leur question en entrant dans une Maison France Services, indique la directrice du programme. Un résultat qui témoigne, selon elle, de l’utilité de ces structures dans l’accompagnement des démarches du quotidien. Mais l’enjeu ne se limite pas à fournir une réponse immédiate: « l’idée, c’est d’accompagner les gens pour qu’ils soient de plus en plus autonomes dans leurs démarches administratives. Il faut aussi rassurer, parfois », précise Lucie Roch.

Le sous-préfet de la Vendée, Jean-Pierre Balcou, rappelle lui aussi que le développement du réseau a progressivement permis de couvrir l’ensemble du territoire: « on a fait le curieux constat d’avoir un trou dans la raquette, qui était l’île d’Yeu. Il était donc nécessaire de combler ce manque, pour se rapprocher de la commune et des autres partenaires. Je suis très heureux d’arriver à ce résultat. » Les conseillères sont formées pour assurer un premier niveau de réponse auprès des différentes administrations. Une mission exigeante, souligne le sous-préfet, puisqu’elle suppose de maîtriser des domaines variés et de savoir orienter les usagers vers le bon interlocuteur.
La place irremplaçable du contact humain

© VL
Présent lors de l’inauguration, le préfet de la Vendée, Éric Freysselinard, a insisté sur la nécessité de préserver une relation humaine dans les services publics, alors que les démarches en ligne occupent une place grandissante: « on est tous là, au service des Islais, qui peuvent parfois se sentir isolés du continent, du reste du pays. On a vraiment besoin, dans notre pays, d’un contact humain et d’un service public », a-t-il déclaré. Il est revenu sur la dématérialisation de certaines procédures administratives, notamment celles concernant les cartes grises, les cartes d’identité et les passeports. Si l’informatisation a facilité de nombreuses démarches, elle a aussi pu laisser certains usagers sans accompagnement suffisant: « c’est bien d’avoir tout informatisé, mais on a tout de même besoin de l’humain », a-t-il résumé. Pour le préfet, le maillage constitué par les préfectures, les sous-préfectures, les services des finances publiques, les bureaux de poste et les Maisons France Services est essentiel pour maintenir le lien entre les institutions et la population. Il souhaite que la structure islaise puisse évoluer au fil du temps, en accueillant éventuellement de nouveaux services ou des permanences, par exemple pour les gens de mer ou l’accès aux droits: « il faut que cette MFS vive et, petit à petit, qu’on l’enrichisse de nouveaux services », a-t-il souligné, évoquant aussi la possibilité de faire intervenir des conciliateurs. L’objectif est de construire une offre qui réponde au mieux aux besoins des habitants, en s’appuyant sur les partenariats locaux.
Retraite, emploi, démarches en ligne : des besoins très concrets

Parmi les partenaires mobilisés figure la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) des Pays de la Loire. Pour Emmanuelle Boutelot, chargée du service Relations partenariales, la présence d’un accompagnement lié à la retraite sur l’île est particulièrement importante: « la retraite fait souvent partie du top 3 des accompagnements d’une MFS. C’est donc très important pour nous que cela puisse s’effectuer sur l’île, en ligne, pour nos futurs retraités et primo-retraités, encore plus avec la question de l’éloignement. » L’accompagnement des futurs retraités fait ainsi partie des besoins auxquels la structure peut répondre, au même titre que les démarches liées à l’emploi, aux prestations sociales ou aux aides à la rénovation énergétique.

Chloé Jousseaume, directrice de France Travail à Challans, se réjouit également de cette nouvelle offre de service public. Habituée à travailler en partenariat avec la Maison France Services du Pays de Saint-Gilles, elle voit dans cette ouverture l’occasion de développer une coopération locale : « je me réjouis de cette nouvelle offre de service public et de ce partenariat que je sais très riche avec les collègues de l’île d’Yeu. »
Sur place, Audrey Jolivet, conseillère France Services, décrit un accompagnement qui s’adapte aux situations individuelles. Les agents peuvent notamment aider les usagers à créer une adresse électronique, à ouvrir des comptes nécessaires à leurs démarches en ligne ou encore à rédiger certains courriers: « nous nous débrouillons toujours pour leur donner accès aux démarches. Les usagers peuvent venir nous voir autant de fois que besoin », explique-t-elle. Lorsque la demande dépasse le champ de ses compétences, elle oriente la personne vers l’interlocuteur approprié, notamment l’association islaise des écrivains publics. L’accompagnement repose aussi sur une exigence de fiabilité: « je ne suis pas conseillère retraite, je ne suis pas conseillère CAF. Si j’ai un doute, je me renseigne, je ne vais pas raconter n’importe quoi », insiste Audrey Jolivet. Elle souligne l’importance des lignes téléphoniques dédiées mises à disposition des conseillers par les organismes partenaires, ainsi que des formations continues qui leur permettent de suivre les évolutions réglementaires. Cette complémentarité est également mise en avant par Lucie Roch : les partenariats peuvent se nouer à l’échelle départementale, mais aussi très localement, par exemple avec des écrivains publics. L’enjeu est de développer les services qui répondent le mieux aux besoins des usagers.

Au-delà des démarches, créer du lien social
Karen Turbé, salariée du Relais Emploi, intervient également auprès des habitants sur les questions liées au travail, en collaboration avec France Travail. Les demandes rencontrées sont variées : accompagnement des demandeurs d’emploi, dossiers de retraite avec la CARSAT, aides à la rénovation énergétique avec France Rénov’, ou encore questions relevant de la Mutualité sociale agricole (MSA): « le rôle du conseiller France Services va plus loin que l’accompagnement. On est aussi dans une démarche de confiance : on rassure, on accompagne, on informe, on sensibilise. Il y a toutes ces facettes qui sont intéressantes, car elles créent du lien social », explique-t-elle. Cette dimension humaine est au cœur du dispositif. Au-delà de la résolution d’un problème administratif, l’accueil permet de prendre le temps d’écouter, de comprendre une situation et de redonner confiance à une personne qui ne sait plus vers qui se tourner.
Depuis son ouverture, le 26 janvier 2026, la Maison France Services de l’île d’Yeu a déjà accueilli 1926 usagers, pour plus de 6000 demandes d’accompagnement, selon les chiffres communiqués. Initialement ouverte en mode dégradé, uniquement sur rendez-vous, elle franchit désormais une nouvelle étape avec l’ouverture en accès libre tous les matins, de 9 h à 12 h. Des rendez-vous sont également proposés les lundis, jeudis et vendredis après-midi. Un bureau de confidentialité permet par ailleurs de recevoir les personnes dont la situation nécessite davantage de discrétion.
Une réussite collective appelée à se développer



Cette inauguration illustre l’importance d’un service public capable de s’adapter aux particularités de chaque territoire. La Vendée compte désormais 29 Maisons France Services, rappelle le préfet, qui souligne que l’insularité et les difficultés d’accès au continent, notamment en hiver, rendent ce service particulièrement pertinent sur l’île d’Yeu. Le département fait également face au vieillissement de sa population et à l’arrivée de personnes qui choisissent d’y passer leur retraite. Dans ce contexte, la maîtrise des procédures numériques constitue un enjeu d’autant plus important. En regroupant plusieurs services et en permettant aux habitants de bénéficier d’un accompagnement de proximité, la Maison France Services contribue aussi à lutter contre le non-recours aux droits. Cette ouverture traduit une volonté collective de maintenir « un service public accessible, attentif et proche des habitants ». Et sur une île où la distance avec le continent demeure une réalité quotidienne, la Maison France Services entend ainsi faire vivre cette promesse : permettre à chacun d’être accompagné dans ses démarches, sans rester seul face aux difficultés administratives…
Informations pratiques :
49 Rue des Bossilles à l’île d’Yeu
02 72 75 00 47
Horaires :
Lundi : 09:00 – 12:00 / 14:00 – 17:00
Mardi : 09:00 – 12:00
Mercredi : 09:00 – 12:00
Jeudi : 09:00 – 12:00 / 14:00 – 17:00
Vendredi : 09:00 – 12:00 / 14:00 – 17:00
Samedi : Fermé
Views: 297


