Observer les oiseaux du littoral, étudier les sédiments, comprendre le rôle des écloseries ou encore explorer les fonds marins en kayak et en palmes-masque-tuba : depuis deux ans, les élèves de 6e du collège des Sicardières découvrent leur environnement autrement grâce aux Aires Marines Éducatives (AME). Un projet qui s’est progressivement imposé comme un véritable laboratoire de terrain, à ciel ouvert, au cœur du patrimoine naturel islais.
Nées en Polynésie française en 2012, les Aires Marines Éducatives permettent à des élèves de gérer de manière participative une portion du littoral proche de leur établissement. Le dispositif s’est ensuite développé à l’échelle nationale grâce au soutien de l’Office français de la biodiversité (OFB), établissement public chargé de la protection et de la restauration de la biodiversité en France. À l’île d’Yeu, l’aventure est portée par l’association AMIRALE de Joinville: « les élèves sont accompagnés dans leur travail tout au long de l’année par un comité de pilotage qui comprend des membres de l’équipe enseignante de chaque collège, de l’OFB, du service patrimoine de la Mairie de l’île d’Yeu, l’île en bandoulière et de l’Observatoire des Sciences de l’Univers de Nantes Atlantique (OSUNA), structure de recherche de Nantes Université ».
Aux côtés des élèves justement, la scientifique islaise Elsa Cariou joue un rôle central dans le projet. Sédimentologue de formation, spécialiste des dynamiques côtières et des interactions entre les océans et les littoraux, elle accompagne les jeunes dans la découverte des phénomènes d’érosion, du déplacement des sables et des enjeux liés à l’évolution du trait de côte. Son expertise permet de rendre accessibles des notions scientifiques complexes à travers des observations concrètes réalisées sur le terrain.

L’encadrement pédagogique repose également sur l’investissement de Laure Augereau et Julie Chéné, toutes deux professeures au collège des Sicardières et de Julie Caquelard, chargée de mission Natura 2000 à l’île d’Yeu. Tout au long de l’année, elles coordonnent les activités et les interventions des nombreux partenaires mobilisés autour du projet. Parmi eux figure notamment Sandrine Desmarest, naturaliste et ornithologue, qui intervient ponctuellement auprès des élèves pour les sensibiliser à la richesse de l’avifaune locale et aux équilibres fragiles des écosystèmes côtiers. Pierre Audineau, ancien chercheur à l’Ifremer, apporte également son expérience, notamment sur les questions liées aux écloseries et à la connaissance du milieu marin : « il y a une souplesse certaine avec les élèves car l’on peut s’appuyer sur un large panel de professionnels en lien avec ce projet éducatif », souligne Laure Augereau.

Chaque mois, les collégiens consacrent une demi-journée de trois heures à leur Aire Marine Éducative. Une régularité qui permet de suivre l’évolution des sites au fil des saisons. L’un des atouts majeurs de l’île d’Yeu réside dans sa taille et sa proximité avec les espaces naturels étudiés. À vélo, les élèves peuvent facilement rejoindre leurs zones d’observation, limitant ainsi les coûts de déplacement souvent rencontrés sur le continent. Cette année, le projet a franchi une nouvelle étape. Après une première expérimentation menée l’an dernier, les élèves de 6e se sont approprié plus rapidement la démarche, bénéficiant de l’expérience transmise par leurs aînés. Autre évolution notable : la suppression progressive de l’enseignement de technologie en classe de 6e a permis de dégager du temps pour des projets interdisciplinaires comme les AME, mêlant sciences, éducation à l’environnement, citoyenneté et découverte du territoire. Aujourd’hui, deux Aires Marines Éducatives sont officiellement identifiées sur l’île : la première au Marais Salé, berceau du projet, et la seconde aux Broches. Cette année, l’école privée Notre-Dame-du-Port a rejoint l’aventure, marquant une nouvelle étape dans le développement du dispositif sur le territoire. Au cœur du fonctionnement des AME se trouve le « Conseil de la Mer ». Réunis régulièrement, les élèves y présentent leurs observations, débattent des orientations à prendre et décident collectivement des actions à mener. Véritable organe décisionnel, cette instance permet aux jeunes de se familiariser avec les principes de la gestion participative et de la démocratie locale.

La fin d’année scolaire s’annonce particulièrement prolifique. Le 15 juin prochain, les élèves participeront à une sortie en mer associant kayak, palmes, masque et tuba sur le secteur du Marais Salé afin d’approfondir leurs connaissances du milieu marin. Le 18 juin, une rencontre inter-AME réunira les deux établissements engagés dans le projet. Les participants se retrouveront à 10 heures aux Broches puis à 14 heures au Marais Salé. À cette occasion, les élèves de 6e accueilleront également une délégation scolaire venue de Saint-Jean-de-Monts pour partager leurs expériences et leurs découvertes. Enfin, le 25 juin marquera un temps fort symbolique avec la cérémonie du «passage du flambeau». Les élèves restitueront officiellement leurs Aires Marines Éducatives aux plus jeunes qui prendront la relève à la rentrée prochaine. Une transmission qui illustre parfaitement l’esprit du projet : construire, année après année, une connaissance collective du littoral et former de futurs citoyens conscients des enjeux environnementaux qui façonnent leur territoire.
Valentine Lanave
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