À l’île d’Yeu, une association veut faciliter l’accès à la propriété pour les habitants à l’année

Marc Rieu, président de l'association "Vie sur ton île", août 2026. © VL

L’association Vie sur ton île vient de concrétiser un projet de lotissement destiné à faciliter l’accès à la propriété pour des ménages vivant et travaillant sur l’île à l’année. Cinq acquéreurs sont concernés par le lotissement « La Belle Vie », rue de Ker Doucet. Une initiative née face à la flambée des prix de l’immobilier et à la difficulté croissante, pour les jeunes actifs, de trouver un terrain constructible.

Pour l’instant, les terrains de la rue de Ker Doucet sont encore entourés de végétation. Mais les premières signatures ont été réalisées et les futurs propriétaires vont désormais pouvoir se consacrer à leurs projets de construction. Derrière le lotissement « La Belle Vie », on retrouve l’association Vie sur ton île, créée en 2022 : « l’association est née du constat qu’il n’est plus possible pour des ménages travaillant sur l’île à l’année de trouver un logement », explique Marc Rieu, à l’initiative du projet. En effet, l’augmentation des prix de l’immobilier, mais aussi celle du coût de la construction depuis la crise sanitaire, ont progressivement réduit les possibilités offertes aux jeunes actifs souhaitant s’installer durablement sur l’île.

Le terrain, une alternative devenue elle aussi difficile

Pendant longtemps, acheter un terrain puis construire sa maison pouvait constituer une alternative à l’acquisition d’un logement déjà bâti. Une solution qui permettait notamment de réduire le coût global du projet en ayant recours à l’autoconstruction. Mais l’équation s’est considérablement compliquée ces dernières années. C’est dans ce contexte que les membres de Vie sur ton île ont décidé de monter leur propre opération immobilière : « proposer des terrains à un prix calculé à partir du coût réel de l’opération, sans rechercher de marge bénéficiaire. En gros, on leur a créé un biais qui n’existait plus sur le marché, en sortant un terrain à prix coûtant », résume Marc Rieu. L’association ne se présente pas comme un organisme de logement social. Il s’agit d’une opération d’accession à la propriété, avec une condition essentielle : les logements doivent être destinés à la résidence principale.

Cinq acquéreurs, trois terrains encore disponibles

Le lotissement de la rue de Ker Doucet compte cinq acquéreurs. Quatre d’entre eux avaient déjà régularisé leur acte d’acquisition au moment du témoignage de Marc Rieu. Trois terrains restent par ailleurs proposés à la vente, selon l’association. Le dispositif est ouvert aux personnes souhaitant s’installer durablement sur l’île, qu’elles soient originaires de l’île d’Yeu ou qu’elles viennent du continent : « c‘est ouvert aux personnes de l’extérieur qui veulent s’installer sur l’île, pas nécessairement des primo-accédants », précise Marc Rieu. La condition principale est l’occupation à l’année. L’association indique également qu’un investisseur pourrait acquérir un terrain dans le but de créer un logement destiné à la location à l’année. Il existe par ailleurs une obligation de revente en résidence principale pour les acquéreurs qui souhaiteraient par la suite se séparer de leur bien.

Cassandre, un parcours à l’image des acquéreurs recherchés

Cassandre Ducatillon, gérante de l’entreprise « Tatie Bichon », vient d’acquérir une parcelle à « la Belle Vie ».
© VL

Parmi les futurs propriétaires figure Cassandre Ducatillon. Son parcours illustre précisément le profil que l’association souhaitait pouvoir accompagner. Arrivée sur l’île en mars 2023 après y avoir effectué sept saisons à Tatie Bichon, elle cherchait depuis plusieurs mois un terrain constructible. Son père est lui-même originaire de l’île d’Yeu : « je ne trouvais pas de terrain constructible, et comme ce projet visait les profils pour de la résidence principale, j’ai sauté sur l’occasion », raconte-t-elle. C’est le notaire qui l’a contactée, sachant qu’elle était à la recherche d’un terrain. Le terrain lui revient à « 317 euros le mètre carré ». Elle a signé la réservation de son terrain en février 2026. Elle prévoit désormais de se lancer dans l’autoconstruction, avec un financement auprès du Crédit Agricole. Le projet est relativement classique : une maison de plain-pied, conçue pour devenir sa résidence principale : « c‘est une belle chose de favoriser l’accession à la propriété pour nous, les jeunes », considère la future propriétaire. Une fois les acquisitions finalisées, les propriétaires devraient également s’organiser collectivement en créant un syndicat entre acquéreurs.

Une opération montée sans argent public

L’un des aspects particuliers du projet réside dans son financement. Selon Marc Rieu, aucun financement public n’est intervenu dans cette opération. L’association s’est notamment appuyée sur le Crédit Agricole, présenté comme son principal partenaire. Des résidents secondaires ainsi que certains membres de l’association ont également avancé de l’argent. Selon Marc Rieu, ces apports n’ont toutefois pas pris la forme de dons mais exclusivement de prêts. L’association doit ainsi parvenir à équilibrer l’ensemble des dépenses liées à l’opération : acquisition du foncier, frais d’actes, maîtrise d’ouvrage, viabilisation et autres coûts du lotissement : « l‘objectif est bien évidemment de rembourser tout le monde et qu’à la fin, l’opération soit blanche », explique Marc Rieu. Le montage représente néanmoins un engagement financier important pour une structure associative : « c‘est un risque financier important, de l’ordre du million d’euros », souligne-t-il. La réalisation du lotissement aura nécessité plusieurs années de démarches, de réunions et de travail pour les membres de l’association : « nous avons tenu un rôle de professionnel de A à Z, mais bénévolement. Ça a été très chronophage, trois ans de travail, de stress, de doute et encore maintenant », raconte Marc Rieu. Son fils Léo a notamment contribué à la communication du projet auprès des futurs acquéreurs. De la même génération que plusieurs d’entre eux, il a permis de faire le lien avec les jeunes intéressés par le dispositif. Pour les membres de Vie sur ton île, cette implication bénévole constitue l’une des particularités du projet. L’association affirme ne poursuivre aucun objectif de bénéfice ou de distribution de profits.

Une réponse associative à une problématique insulaire

Pour Marc Rieu, la difficulté ne tient pas seulement au niveau des prix. Les contraintes propres à une île rendent également plus complexe la production de terrains accessibles. Selon lui, le coût d’un lotissement serait environ trois fois supérieur à celui d’une opération comparable sur le continent. Les collectivités disposent par ailleurs de capacités financières limitées pour produire du foncier à prix maîtrisé. L’association estime donc pouvoir intervenir en complément des politiques publiques : « nous souhaitions aider les pouvoirs publics à sortir du lotissement, qui ont déjà des chantiers de leur côté, ce qui permet d’ajouter de l’offre auprès des jeunes », explique Marc Rieu. Il assure toutefois que l’association n’a pas de vocation politique et souhaite pouvoir travailler avec les collectivités quelle que soit la majorité en place : « un éventuel partenariat avec la commune pourrait d’ailleurs prendre d’autres formes qu’un soutien financier, notamment autour de la mise à disposition ou de la proposition de parcelles », propose-t-il. Pour l’heure, aucune nouvelle opération n’est programmée : « nous n’avons pas encore de deuxième projet dans les tuyaux », reconnaît Marc Rieu. La poursuite de l’activité dépendra notamment du soutien que l’association pourra obtenir des pouvoirs publics ou des habitants de l’île, mais aussi de la capacité de ses bénévoles à poursuivre leur engagement. Car le modèle représente un investissement humain et financier conséquent : « on fait du bénévolat, on le fait aujourd’hui, est-ce qu’on le fera demain ? Ce n’est pas sûr », observe Marc Rieu. L’association poursuit néanmoins la commercialisation des derniers terrains du lotissement La Belle Vie.

Pour les membres du projet, chaque ménage qui peut construire et vivre sur l’île à l’année participe indirectement au maintien des commerces, des écoles, des activités sportives et des services : « la quintessence de l’association, c’est quand même de maintenir une population à l’année », résume Marc Rieu. Avec les premiers acquéreurs, cette ambition commence désormais à prendre une forme concrète. Les terrains vont progressivement laisser place aux maisons, puis aux familles qui y vivront. Pour les acquéreurs, c’est un rêve qui prend forme : celui de pouvoir construire son avenir sur une île où ils ont choisi de vivre…

VL

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2 Commentaires
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Distry
15/09/2026 5:06 pm

C’est une très bonne initiative que d´aider des jeunes à se maintenir sur l’île. Avant les familles pouvaient aider mais tout change ; )

Prénom
René
Feffer
23/09/2026 5:53 am

317 €/m2, quand même… Heureusement que c’est sans but lucratif !

Prénom
Alain