Communication stratégique

Aquarelle de Florence d'Aboville

Surpris par un abat de pluie, une taupe trumpiste et Leopol le poulisson se retrouvent côte à côte à l’abri d’une branche basse de cupressus. L’averse se prolongeant, ils discutent. De l’actualité, du monde qui vacille, des événements de l’autre côté de l’Atlantique… La taupe qui tripote entre ses pattes sa casquette MYGA (Make Yeu Great Again) en vient à parler de communication stratégique.


— C’est quoi ça ? demande mon poulisson qui entre la contemplation des roses trémières et la quête de limaçons prête peu attention aux arcanes des consultants et des agences publicitaires.


— C’est un truc de puissant pour gagner sur tous les plans. Et la taupe de lui expliquer d’un ton docte en quoi ça consiste. D’abord tu te poses en victime et tu cries à l’injustice afin d’obtenir réparation du préjudice. Tu dis par exemple que tu subis l’opprobre d’untel, qu’on t’extorque des fonds, etc.


Un peu impressionné, le poulisson ne dit mot et la laisse parler, mais au fond de lui, cette façon de procéder lui semble activer la corde sensible de la culpabilité.


— Pour obtenir réparation, tu joues le rapport de force, poursuit la taupe en agitant sa casquette. Tu fais pression en montrant ta puissance financière. C’est le meilleur moyen d’obtenir un deal où tu seras gagnant.


J’appelle ça étendre ses tentacules pour tenir les autres par le porte-monnaie, se dit Leopol.


— Tu martèles sans cesse le même message pour qu’il devienne, plus qu’une évidence, la vérité.


Du bourrage de crâne, pense Leopol. Ça cause des céphalées, ça empêche de penser et on finit décérébré.


— Tu parles avec emphase en utilisant force hyperboles, comme « Rien ne serait pire que », « C’est une question de vie et de mort »…


De la dramatisation à outrance pour susciter la peur, songe mon poulisson.


— Tu dis tout et son contraire, pour déstabiliser l’adversaire. Et surtout, tu tais tes intentions, conclut la taupe trumpiste.


Ça embrouille, c’est source d’incertitude, d’inquiétude, de confusion et pour finir de discorde. Ça sème la zizanie. Diviser pour mieux régner, estime Leopol, qui a lu Machiavel. Il finit par prendre la parole.


— Je préfère ne pas jouer dans la cour des grands, goudronnée, bétonnée et cadenassée par l’argent. Voudrais-tu visiter mon jardin ? En toutes saisons, il sent le printemps, quand chante la sève des arbres et dansent les fleurs. Des fruits mûrs il en a la saveur, et des légumes du potager, la fraîcheur. Il ne sent pas le renfermé, il s’appelle liberté.


— Et dans mon jardin, un chat s’appelle un chat, ajoute-t-il.


— Il manquerait plus qu’on me prenne pour une souris, blêmit le chat.

Monik Malissard

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