Congrès de l’AVEL : quand les littoraux parlent d’une même voix

Au centre, Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et président de l'ANEL Crédit photo : Grain de Sable

Aux Sables-d’Olonne, le congrès de l’Association Vendéenne des Élus du Littoral (AVEL) a réuni ce mardi 28 avril élus locaux, services de l’État, scientifiques et acteurs économiques. Une journée dense consacrée aux fragilités du littoral. Pression foncière, érosion, pêche et adaptation au changement climatique. Derrière les discours institutionnels, les échanges dessinent une réalité plus brute, où les territoires insulaires comme l’île d’Yeu se retrouvent en première ligne.

Une économie maritime plus large qu’on ne l’imagine

Les débats ont mis en lumière une réalité économique souvent sous-estimée : la pêche ne se limite pas à la mer. José Jouneau, directeur du COREPEM, a rappelé l’ampleur de la filière : « 80 % des espèces vendéennes sont exportées, alors même que la consommation française repose sur des espèces importées comme le saumon ou le cabillaud. » Surtout, il insiste sur l’effet d’entraînement territorial : « Un emploi en mer génère quatre à cinq emplois à terre. Chantiers navals, mareyage, poissonneries, restauration… »

Les professionnels présents ont aussi témoigné d’une capacité d’adaptation face aux évolutions du milieu. Un représentant des Viviers de Noirmoutier souligne cette transformation : « nous avons appris à valoriser des espèces comme le poulpe et nous travaillons sur des emballages biodégradables pour réduire notre impact. » Mais la question de la fermeture de la pêche en février a cristallisé les débats, certains appelant à plus de stabilité réglementaire pour les professionnels.

Science et innovation : des solutions déjà en cours

Du côté scientifique, l’IFREMER a présenté plusieurs avancées, notamment autour de la qualité des eaux et de la santé des coquillages. Christophe Stavrakakis, responsable de l’unité expérimentale mollusques marins a rappelé le rôle de la recherche appliquée : « nous travaillons aux côtés des professionnels pour limiter les risques sanitaires et améliorer la résilience des productions conchylicoles. »

«Un littoral qui doit s’adapter vite, parfois trop vite»

Pour Carole Charuau, conseillère départementale du canton de l’île d’Yeu, la richesse des échanges tient surtout à la confrontation directe entre élus et experts : « les services de l’État étaient également présents pour nous éclairer sur la loi Climat et Résilience. Une table ronde dédiée à la pêche a permis d’aborder l’arrêt du mois de février et les débats autour de la ressource. » Elle insiste sur un point de tension récurrent. Celui de la gestion des périodes de fermeture de la pêche et leur impact sur les professionnels: « les jeunes veulent apprendre le métier de la pêche. Les écoles sont pleines. C’est encourageant, mais les réglementations en vigueur doivent rester lisibles et stables. »

«Créer du lien entre élus pour peser collectivement»

Autre élue insulaire présente, Laure Barault, cheffe de file de l’opposition et conseillère départementale du canton de l’île d’Yeu, insiste sur la dimension collective de ce type de rendez-vous : « cette journée a été très enrichissante. Elle permet de créer du lien entre les élus du littoral et de constater que nous partageons des problématiques communes. C’est précisément pour cela que nous devons agir de manière coordonnée, notamment au sein de l’AVEL et de l’Association Nationale des Élus du Littoral. »

Elle revient aussi sur le déroulé de la journée et la diversité des échanges : « la matinée était consacrée au renouvellement du conseil d’administration, avec la mise en place du bureau. L’après-midi, les tables rondes, en présence de Jean-Charles Orsucci, président de l’ANEL et maire de Bonifacio, ont donné lieu à des interventions particulièrement intéressantes. »

Parmi elles, une alerte sur les difficultés concrètes rencontrées sur les territoires insulaires : « le directeur territorial d’ENEDIS a notamment évoqué les difficultés à loger ses équipes lorsqu’elles interviennent sur les îles, parfois en urgence. Cela illustre bien la tension sur le logement, y compris pour les services essentiels. » Enfin, l’élue appelle à la vigilance sur les pressions environnementales : « nous devons rester très attentifs aux enjeux liés à l’extraction de granulats marins, qui peuvent avoir des conséquences directes sur nos littoraux. »

Logement : des outils encore en débat

Du côté des élus municipaux, le constat est similaire. À Saint-Gilles-Croix-de-Vie, le maire François Blanchet décrit un littoral « sous pression permanente » : « recul du trait de côte, changement climatique, logement, assurances des collectivités… Ces échanges rassemblent tous les acteurs du littoral vendéen. » Aux Sables-d’Olonne, Nicolas Chénéchaud met en avant une stratégie d’adaptation déjà engagée localement : « lutter contre la spéculation immobilière pour que les jeunes locaux puissent vivre là où ils ont grandi, c’est ce que nous essayons de faire avec le Plan Louez à l’année. »

La question du logement a vraiment fait l’objet d’échanges approfondis, notamment autour des outils juridiques récents. Présent au congrès, le maire de l’île d’Yeu, Patrice Bernard, évoque les discussions avec le président de l’ANEL : « nous avons échangé longuement sur la servitude de résidence principale prévue par la loi Le Meur. L’objectif est d’orienter les logements vers les habitants permanents. » Une mesure encore débattue, mais dont certains retours d’expérience sont encourageants : « à Bonifacio, son application à l’échelle de la commune a finalement été bien acceptée par la population, contrairement aux craintes initiales. »

Les îles comme laboratoires

Si les débats se sont tenus sur le continent, leurs implications concernent directement les territoires insulaires. Patrice Bernard ne manque pas de le souligner : « nous avons eu un long exposé sur des enjeux à l’échelle internationale, notamment les questions d’approvisionnement en carburant ou encore les réseaux sous-marins qui alimentent les territoires. Ce sont des sujets très concrets pour une île. » Il insiste également sur un défi souvent invisible mais pourtant bien vital : « la gestion de l’eau est un enjeu majeur sur le littoral en période estivale. À l’île d’Yeu, nous passons de 4 800 habitants en hiver à près de 35 000 en été. Cela nécessite des apports supplémentaires et une gestion très fine des ressources. »

Le congrès a confirmé la montée en puissance d’une coordination à grande échelle des élus du littoral, face à des problématiques partagés sur toutes les façades maritimes. Pour les territoires insulaires, cette mise en réseau est essentielle. Elle permet de faire entendre des réalités spécifiques dans des politiques souvent pensées à l’échelle continentale. Ce congrès confirme donc que les îles ne sont pas en marge des transformations en cours. Elles en sont même fréquemment l’avant-poste. Gestion de l’eau, accès au logement, dépendance énergétique, équilibre économique… À l’île d’Yeu comme ailleurs, les solutions devront être locales, mais les réponses, elles, restent bien souvent collectives.

Prochain rendez-vous à Saint-Malo en septembre.

Valentine Lanave

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Dupont
04/05/2026 12:45 pm

Tout cela c’est bien joli, nous sommes contents que les élus aient identifiés les problèmes, constatés qu’ils sont communs aux communes du littoral et encore plus exacerbés sur les îles. Une fois qu’on a dit tout cela que fait-on ? Les constats ok mais ce sont les solutions qui nous… Lire la suite »

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