Interview des candidat(e)s aux élections municipales de l’île d’Yeu
Question 5 : Être maire de l’île d’Yeu, c’est aussi gérer des contraintes fortes. Lesquelles ?
Carole Charuau (Une île en commun) : Tous déplacements sur le continent nous engagent sur au moins une journée. Par exemple, je me suis rendue à l’assemblée générale de l’Association des îles du Ponant qui s’est tenue sur l’île de Batz, j’ai dû partir le dimanche soir pour ne revenir que le mercredi matin. La contrainte de cette fonction ne réside pas uniquement dans le temps, mais aussi dans l’isolement géographique, qui empêche les rendez-vous spontanés en présentiels. On loupe parfois aussi des réunions, car les horaires de transport ne correspondent pas toujours aux rendez vous. Concernant l’urbanisme, nous n’aurons pas d’autres choix que de sanctuariser les 7 hectares de l’île dans le cadre de la Loi Le Meur. Il faudrait décorréler ce foncier avec le bâti pour avoir une maîtrise, comme en Angleterre. Nous devons faire du lobbying pour créer une loi spécifique aux îles, car à l’heure d’aujourd’hui, on ne peut toujours pas s’appuyer sur la Loi 3DS. Je suis en colère, c’est une loi expérimentale, mais les autorités supérieures manquent d’outils pour la faire appliquer. On ne rentre pas dans les cases. Alors on obtient des dérogations, nous avons un sous-préfet particulièrement à l’écoute.
Laure Barault (Nous Vous l’île) : Elles sont financières et réglementaires. Nous allons être confrontés à la Loi ZAN et la Loi Littoral dans le cadre de la révision du PLU.
Patrice Bernard (M’YEU Ensemble) : Nous avons un territoire très paradoxal. Nous avons une densité de construction faible à la parcelle, mais avec une concentration d’habitants forte par rapport à l’île. Le plus complexe reste cette cohabitation sur un territoire restreint. Passé de 5000 à 35 000 habitants en été coûte très cher à la collectivité. Il va falloir maîtriser notre capacité d’accueil, en limitant le nombre de bateaux qui viennent à la journée. Notre volonté sera aussi de garder l’équilibre entre commerce, pêche et plaisance. Cette dernière ne doit pas s’étendre au détriment du secteur pêche. Nous ne cherchons pas à créer plus de richesse portuaire.
Question 6 : Si vous deviez choisir une seule et unique priorité pour les 6 prochaines années à l’île d’Yeu, laquelle serait-ce ?
Patrice Bernard (M’YEU Ensemble) : Le logement. Nous ne voulons pas tout remettre en cause, mais prendre le temps de réévaluer certains dispositifs, notamment celui du quota de meublés de tourisme. Il y a quinze ans, la municipalité a encouragé ce modèle pour obtenir le classement en station touristique et des dotations importantes de l’État, à hauteur de 750 000 € par an. Aujourd’hui, on demande aux propriétaires de transformer ces logements en locations à l’année, alors que beaucoup ne sont pas adaptés aux normes actuelles. Il faudra donc trouver une trajectoire plus juste et plus réaliste pour répondre aux besoins des habitants.
Laure Barault (Nous Vous l’île) : Si l’on ne veut pas voir les jeunes partir, si l’on veut voir de nouvelles familles arrivées et maintenir une population à l’année, avec une économie locale, il nous faut du logement.
Carole Charuau (Une île en commun) : Le logement. Si l’on ne le rend pas prioritaire, l’île sera déserte d’ici quelques années. Vivante uniquement d’avril à novembre, un musée à ciel ouvert. La pêche permettait autrefois de vivre à l’année, mais ce n’est plus le cas désormais, nous sommes dépendants du secteur du tourisme depuis les années 70.
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