Réalisée par Jeanlin Henry et le service patrimoine, l’exposition « Portraits d’Islais » rend hommage à quelques figures locales, beaucoup disparues. L’occasion de découvrir le vécu de ces témoins d’un quotidien, rythmé par la pêche, et d’un passé révolu, mais aussi une passion de la photo transmise depuis plusieurs générations. Ne pas manquer la dernière visite guidée, le 27 mai, au Pôle culturel du Petit Chiron.
Dans la famille Henry, la photographie tient une place importante depuis longtemps. Le grand-père, Amand, capitaine, au long cours, profita d’une escale à San Francisco, en 1903, pour acheter son premier appareil photo, doté de pellicules souples. Ses fils Amand et Pierre ont hérité de cette passion.

Le cadet, pharmacien et cinéaste averti, immortalisa des scènes inoubliables de la vie insulaire. L’aîné réalise de beaux portraits de famille, comme celui de la tante Aline Renaud-Turbé, avec le petit Jeanlin dans ses bras. La photo remporte un concours, sans doute de quoi transmettre le virus au bambin, en tout cas symbole de cette heureuse transmission, puisque ce dernier photographie depuis l’âge de 7 ans.
Un parcours riche
Son diplôme de CAP, puis la maîtrise en poche, Jeanlin Henry se spécialise dans la photogravure comme scannériste et chromiste. Il en fera son métier. Il a fallu attendre longtemps pour qu’il présente ses œuvres dans une exposition personnelle. C’est qu’il a toujours été très occupé ! En parallèle de ses activités professionnelles, il a donné des cours à la Chambre de commerce, tout en s’investissant, souvent comme bénévole, dans de multiples domaines.
Photographe de l’état-major de son régiment pendant son service militaire dans les parachutistes, puis maître-nageur, plongeur, membre de la SNSM et de la SSPID (Section Sauveteurs Plongeurs de l’Île d’Yeu), entre autres quatre fois pèlerin sur les chemins de Compostelle, il multiplie les points de vue. Depuis la mer, la terre, comme les airs, à bord d’un canot ou d’un hélicoptère, il capture des moments uniques, dont quelques-uns sont exposés, presque à l’abri des regards, dans un laboratoire argentique reconstitué au sein de l’exposition.

Ces prises de vue traduisent l’acuité d’un regard, révèlent un réel talent artistique. Son portrait de Pierrot l’empereur est un chef-d’œuvre. Il a l’occasion de faire une campagne sur ce bateau en octobre 1967, soit 20 jours à bord, dans des conditions difficiles. Il a 21 ans. Il sera marqué à vie. C’est la photo du patron à la barre, Joseph Friou, dit « Jos », qu’il choisira, bien plus tard, pour présenter sa candidature au concours des peintres de la Marine en 2017. Elle fut sélectionnée parmi 700 œuvres présentées cette année-là et exposée au Musée national de la Marine à Paris.
Sur les quais
Jeanlin Henry sait sublimer les paysages, mais surtout éclairer, animer un visage. En tout cas, l’exposition du pôle culturel centrée sur les portraits le démontre. Parmi ces 55 photos, on s’amuse à reconnaître des personnalités. Les traits tirés retracent des épreuves. Des clichés expriment aussi la joie de vivre, envers et contre tout. L’œuvre est remarquable.

Jeanlin Henry est connu pour avoir co-signé nombre d’ouvrages, dont ceux de son frère, l’historien Jean-François Henry. Il a aussi réalisé des films. On sait moins qu’il a généreusement cédé ses archives à la municipalité en 2023. Annabelle Chauviteau, responsable du Patrimoine, réalise son caractère exceptionnel.

C’est justement dans ce fond que Romane Trichet, chargée des expositions au Pôle culturel, a puisé quelques portraits : « Difficile de choisir dans cette profusion ! Mon choix s’est orienté sur une cinquantaine d’entre eux, des témoins de l’histoire, puisque le plus ancien date des années 1960 », explique-t-elle, « dont beaucoup de marins, comme le Père Jules, mais également le facteur, dit Crapouillot, le père Loyau, par exemple, ou encore Élise, femme bien connue de la Meule ».

Lanterne magique
La scénographie est simple – une bouée, deux casiers, quelques panneaux et vitrines surmontés d’une lanterne magique – mais elle est très bien conçue, avec des formats variés, dont les deux grands, à échelle, auxquels le photographe accorde beaucoup d’importance. Dès l’entrée, on est effectivement happé par les gaillards de la Petite Louisette. À côté, un studio de fortune est installé devant le cliché que Tatie Bichon avait choisi pour sa boutique.

Les visiteurs peuvent donc poser dans le décor de Port-Joinville des années 2000. Une explosion de couleurs, tandis que le tirage en noir et blanc montre un équipage de 1966, juste avant d’embarquer pour sa dernière marée à la voile. Là aussi, Jeanlin Henry se trouve au bon endroit, au bon moment. Il réussit à se faire embarquer pour les photographier sur le pont.
Hériter et transmettre
On remercie le service Patrimoine d’avoir organisé cette exposition, alors qu’en 2026, se fête, au niveau national, le Bicentenaire de la Photographie. À ce titre, la collection de Jeanlin Henry est inestimable, car elle témoigne de l’évolution des techniques. Daguerréotypes, chambres photographiques, appareils à visée reflex… Le laboratoire, avec cuves, agrandisseur, tirages, invite à la pratique : « J’espère donner l’envie aux jeunes de renouer avec ces techniques ».
Point de nostalgie, pour autant. Juste le besoin de transmettre, à son tour. Il aimerait que soient organisés des ateliers dans les écoles. À bon entendeur ! En attendant, il agrémente ses visites guidées de récits et d’anecdotes passionnantes, d’interactions avec les publics, qui en redemande. Et nous aussi !
Sarah Meneghello
Exposition « Portraits d’Islais », jusqu’au 6 juin, au Pôle culturel du Petit Chiron. Visite guidée le 27 mai de 16 h 30 à 17 h et le 3 juin de 11 h à 11 h 30. Entrée libre. Renseignements : 06 66 97 57 72.
Parallèlement, à l’auditorium, projection en boucle du film « Portraits de marins de L’Ile d’Yeu », à partir d’images de Jeanlin Henry prises en 1967, sur le Jos, un film de 30 min numérisé par la Cinémathèque de Vendée, monté par Olivier Gadal (Association Oya Films).
Views: 427


