Ils devaient arriver aujourd’hui. Finalement, personne ne sait vraiment quand ils seront là. À quelques centaines de milles de l’île d’Yeu, les 40 marins de l’Aventura se battent avec un anticyclone qui ralentit la flotte et brouille toutes les prévisions. À terre, l’impatience monte.
À l’île d’Yeu, on commence à regarder la mer un peu différemment. Un bateau qui apparaît à l’horizon ? Peut-être pas encore. Mais les 20 Figaro Bénéteau de l’Aventura sont quelque part devant. Ils ont quitté Lagos, au Portugal, samedi 5 septembre à 16h22. Depuis, ils remontent vers Port-Joinville avec 783 milles à avaler. Ils devaient être là vendredi. Mais Éole en a décidé autrement. Installé dans le golfe de Gascogne, un anticyclone joue avec les nerfs des marins… et avec ceux de tous ceux qui les attendent sur l’île. Les modèles météo ne racontent pas tous la même histoire. Les routes se séparent. Certains partent au nord chercher du vent, d’autres plongent au sud pour raccourcir le parcours. Trois groupes, trois paris et une arrivée devenue impossible à prévoir précisément : « il y a un anticyclone qui fluctue au gré des heures et on ne connaît pas trop sa trajectoire », explique Étienne Saiz, directeur adjoint de l’Aventura. Et le suspense pourrait durer jusqu’au dernier moment : « on ne sait pas par quel côté de l’île les skippers vont arriver. On peut s’attendre à des équipages qui vont arriver par le nord de l’île d’Yeu plutôt que par le sud, qui paraît être la route logique. Ça va être une belle arrivée ! »
Le nord, le sud… et le pari du bon chemin
Pour les non-initiés, le casse-tête peut sembler presque abstrait. Pour les marins, il peut décider de la course. Au nord, Paul Cousin et Edouard Golbery, ainsi que Thomas de Dinechin et Yaël Poupon, acceptent de rallonger leur route pour aller chercher du vent. Au cœur de la flotte, les leaders continuent leur remontée. Et plus au sud, plusieurs équipages misent sur la route la plus directe, quitte à composer avec des vents plus faibles. Faire plus de milles pour aller plus vite ou couper au plus court en espérant que le vent revienne ? C’est toute la question. Et à l’arrivée, quelques heures peuvent suffire à transformer le classement.
Une drôle de première pour l’île d’Yeu
Cette attente a quelque chose d’inédit. Une course de Figaro Bénéteau qui termine sur une île, ce n’est pas courant. Pour l’Aventura, c’est même une première à l’île d’Yeu. Mais pourquoi ici ? « Il y a 1 000 raisons pour ça », sourit Estelle Graveleau, organisatrice de l’Aventura : « déjà j’adore l’île d’Yeu. » L’équipe connaissait aussi le terrain pour y être venue s’entraîner. Et puis les parrains de la course, Benjamin et Marcel Dutreux, sont originaires de l’île. Mais il y avait surtout une envie : tenter quelque chose de différent. « C’est magique d’imaginer une arrivée ici. On savait qu’il y avait quelque chose à créer et surtout à écrire avec l’île. » Pour l’instant, le scénario semble lui donner raison.
« Pourquoi ici, pourquoi nous ? »
À leur arrivée mercredi soir, les organisateurs ont d’abord suscité quelques interrogations : « on nous a un peu regardé en nous demandant : “pourquoi ici, pourquoi nous ?” » La réponse est peut-être en train de se construire toute seule. Les habitants viennent poser des questions. Certains proposent leur aide. D’autres disent leur plaisir de voir une course de ce niveau arriver sur l’île. Une petite effervescence commence à gagner Port-Joinville : « je pense qu’il y a une belle histoire qui est en train de se créer entre les habitants et les acteurs de la course », estime Estelle Graveleau. Et cette histoire ne concerne pas seulement les spécialistes de la voile.
Pas besoin de connaître le Figaro pour regarder arriver les Figaro
C’est justement l’un des paris de l’Aventura. Faire découvrir la course au large à ceux qui ne savent pas forcément faire la différence entre un empannage et un virement de bord. L’organisation veut ouvrir les pontons, présenter les bateaux, expliquer les métiers et permettre au public de poser ses questions : « la course au large n’est pas mon sport à l’origine », rappelle Estelle Graveleau. Et c’est précisément ce qui lui permet, selon elle, de se mettre à la place de ceux qui découvrent cet univers. Alors que faut-il regarder lorsque les bateaux arriveront ? Peut-être simplement les marins. Après huit jours en mer, inutile d’être spécialiste pour voir qu’ils ont quelques heures de sommeil à rattraper. Puis viendra le sourire. Et les histoires.
2 383 milles à raconter
Parce que l’Aventura veut justement laisser davantage qu’un classement derrière elle. Pour certains concurrents, cette course représente une première : autant de nuits à bord d’un Figaro, autant de milles parcourus, une longue navigation en double. Il y aura aussi les rencontres avec les oiseaux et les mammifères marins, les moments de doute, les choix météo, les erreurs peut-être, les bonnes décisions sûrement. Et puis Lagos, où les équipages ont rencontré des acteurs de la voile portugaise : « je pense que nous sommes en train d’écrire de vraies histoires de course au large entre nos deux nations », estime l’organisatrice. Le cahier des charges de la classe demandait de « sortir des sentiers battus ». L’Aventura l’a fait avec un parcours de 2 383 milles, une escale au Portugal et une arrivée à l’île d’Yeu.
Et si ce n’était que le début ?
La question commence déjà à se poser : reverra-t-on l’Aventura à l’île d’Yeu ? Estelle Graveleau ne cache pas son envie : « j’espère qu’on est en train d’écrire le début d’une nouvelle histoire, une belle aventure avec l’île d’Yeu. J’y crois vraiment. » Tous les deux ou trois ans, peut-être. La fréquence reste à définir. Et lorsqu’on lui demande ce qu’elle aimerait que les habitants disent de cette première édition dans cinq ans, sa réponse mérite qu’on s’y arrête : « je n’aimerais pas qu’ils disent quelque chose. J’aimerais qu’ils l’attendent vraiment ! »
Pour l’instant, il faut déjà attendre cette première arrivée. Au large, les 40 marins cherchent encore leur meilleur chemin vers l’île d’Yeu. À terre, les organisateurs installent les derniers éléments, les habitants commencent à s’intéresser à ces bateaux qu’ils ne voient pas encore et les prévisions météo restent indécises. Nord ou sud ? Vendredi, samedi ? Premier ou dernier ? Impossible de le dire avec certitude. Mais une chose est sûre : quand les premiers mâts apparaîtront à l’horizon, il y aura du monde pour les regarder entrer…
VL



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