Octobre Rose, tous les ans, braque un projecteur sur le cancer du sein, sur la nécessité, pour les femmes, de faire des tests de dépistage et inviter l’ensemble des citoyens à aider la recherche. En parallèle une petite musique conspirationniste se fait entendre, qui fredonne à nos oreilles et à qui veut l’entendre qu’Octobre Rose ne serait qu’une opération commerciale au profit de l’industrie pharmaceutique en général et d’AstraZeneca en particulier; et de l’industrie agrochimique en général et de Syngenta en particulier.
Alors pour y voir plus clair, nous allons essayer de regarder ce qui se passe, qui sont les premiers bénéficiaires et s’il n’y aurait pas aussi quelques trous dans la raquette.
Octobre Rose voit le jour en 1985 aux États-Unis sous le nom de National Breast Cancer Awarness et est le fruit d’un partenariat entre l’American Cancer Society et la division pharmaceutique de Imperial Chemical Industries (ICI). Cette division est aujourd’hui partie intégrante d’AstraZeneca qui produit plusieurs traitements pour traiter le cancer du sein et en particulier le tamoxifène. Arrêtons-nous sur le tamoxifène, c’est un élément majeur dans le raisonnement de celles et ceux qui disent qu’Octobre Rose est à la solde d’AstraZeneca et que les dépistages servent essentiellement à vendre plus de médicament et donc à accroître les marge du laboratoire; et aussi que le tamoxifène est le traitement le plus répandu, en France sous l’étiquette NOLVADEX. Ce produit est découvert à la fin des années 50 et avait pour but le contrôle de la fertilité, une pilule contraceptive en quelque sorte. Il s’avéra que l’efficacité contraceptive laissait à désirer, mais les chercheurs sont des gens curieux et ont donc cherché quels étaient tous les effets de cette substance. Et dans les années 80 des essais cliniques ont mis en évidence l’efficacité du traitement sur les stades précoces du cancer du sein. Alors, un peu comme dans un syllogisme, on pourrait se dire que ICI fait du lobbying auprès de la société américaine du cancer pour créer un événement qui invite les femmes à se faire dépister, pour détecter des formes précoces de cancer du sein et donc, vendre plein de traitements efficaces. Après tout, les industriels en sont capables et peut-être l’ont ils faits, cela reste à prouver, mais qu’est-ce qui est vraiment important là dedans ?
L’important c’est de dépister les cancers, du sein ou autre, dans ses formes les plus précoces, parce que c’est à ce moment là qu’on a le plus d’espoir de guérison et encore aujourd’hui le cancer du sein est le cancer le plus mortelle pour les femmes: 17%, suivi par le cancer du poumon 15%, et colorectal 11%¨. Alors il n’y a pas d’hésitation à avoir, il est plus que nécessaire de se faire dépister et en cas de positivité, de laisser aux médecins la responsabilité de proposer le traitement qui leur semble le mieux adapté, et si AstraZeneca gagne de l’argent, on s’en fiche : l’important est de sauver des vies. Il faut aussi aider la recherche, car et elle en a cruellement besoin: des associations et des hôpitaux sont prêts à accueillir nos dons, alors aidons nous en les aidant.
Il y a aussi un second volet dans la création d’Octobre Rose: ICI, qui est à l’origine de la création du mouvement, avait aussi une branche Agrochimie, qui fusionnera en novembre 2000 avec Novartis Agribusiness, pour donner naissance à Syngenta. À sa création, ICI a tout fait pour que l’on ne parle ni de pesticides, ni de cancérogène. Et c’est ici que le bas blesse un peu plus. Les études scientifiques mettent de plus en plus en relation les pesticides comme un facteur d’accroissement du risque de cancer, c’est vrai pour le cancer du sein où 578 pesticides ont été retrouvés dans plus de 1000 tumeurs. C’est la raison pour laquelle une journée d’action a eu lieu, internationalement face à Syngenta. En France, une manifestation à laquelle le collectif Cancer Colère a participé, a eu lieu le 3 octobre à St Pierre la Garenne dans l’Eure, devant une des usines de Syngenta pour dénoncer les impacts des pesticides sur la santé et sur le vivant.
Alors pour que la lutte contre le cancer du sein soit complète : n’oublions pas de demander à nos élu(e)s de prendre la lutte contre les pesticides en considération. Pour l’île d’Yeu, la municipalité est signataire de la charte « une île sans pesticides« et n’en utilise plus depuis de nombreuses années, mais au niveau du Département, de la Région, du pays, du continent et de la planète, nous sommes encore loin du compte.
La France est le N°1 mondial du cancer du sein avec 61 000 nouveaux cas par an et 12 700 décès par an. Plus de dépistages c’est plus de cas détectés, mais c’est surtout moins de morts. Plus c’est pris tôt et plus on a de chance de s’en sortir. Veillez à votre alimentation et à votre environnement pour éviter au maximum les produits touchés par les pesticides (les PFAS et les perturbateurs endocriniens), car si on est content d’apprendre que l’on a (nous ou un·e proche) un cancer avec peu ou pas de risques, on préfère encore entendre que l’on n’est pas atteint·e.
Le mois prochain, c’est Movember: on évoquera le cancer de la prostate qui est le deuxième cancer en termes de mortalité chez les hommes 10%, derrière le poumon 22%. D’ailleurs novembre, c’est aussi le mois sans tabac. Et on trouvera bien une moment pour vous parler du cancer colorectal, deuxième cancer le plus mortel, tous sexes confondus…
Jérôme Mély
Le projet européen Omnibus sur les pesticides pourrait faciliter le maintien de certaines substances sur le marché, en supprimant les réexamens périodiques et en compliquant leur réévaluation malgré de nouvelles données scientifiques. Une évolution qui suscite de vives inquiétudes quant à la protection de la santé publique. Les 10 et 11 octobre, plus de 80 organisations (paysannes, environnementales, syndicales, scientifiques, associations de malades et mutuelles) se sont mobilisées contre ce projet. Car prévenir les cancers, c’est aussi agir sur les expositions évitables. Si ce texte est adopté, Octobre rose risque de ne pas l’être pour tout le monde.
Views: 76


