Sur le stand de l’île d’Arz, Audrey Aubert, photographe, a mis en scène les portraits d’Ildaraises et ravivé le souvenir de l’une d’elle, Sophie Coturel, qui fut sage-femme au début du XXe siècle, à travers un jeu sur les nombrils de celles et ceux dont elle avait accompagné la mise au monde. Quand une femme aide une femme à donner la vie…
C’est intime un nombril, quand on y pense.
Dans ce petit cratère de peau plus ou moins entortillée — camouflé sous le pan d’un tricot, exposé au grand air du soleil ou de la rue — repose un jour qui n’en finit pas de s’éloigner.
Mais un jour bavard, tant il a encore à nous dire. À nous rappeler qu’ici fut coupé le cordon qui nous reliait au corps immense et nourricier de notre mère, et par-delà au tréfonds de l’étincelle de vie, pour nous ouvrir et nous relier tout entier au monde, plus immense encore que notre crypte aquatique originelle.
Un jour qui nous conte ce passage de l’ombre à la lumière, de l’eau à l’air, ce point de non-retour à la fois traumatique et libérateur — un univers est clos, fermé à double tour, un autre s’ouvre, inconnu, sans limite, à découvrir, à inventer.
Demeurent la marque indélébile d’un geste médical, qui a tranché, qui a noué — la signature de celle ou celui qui, sage-femme ou maïeuticien, l’a accompli —, et la mémoire des premières mains qui nous ont touchés, accueillis, aidés à franchir le seuil.
Dans les plis et replis de l’ombilic dort le jour de notre naissance. Et cette petite porte close garde le secret de nos limbes.
C’est intime un nombril, quand on y pense.
Monik Malissard

© Monik Malissard
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