L’île au vent d’excellence

© Valentine Lanave
Premier décryptage de la réunion publique M’Yeu Ensemble de ce jeudi 2 juillet.

Cent jours après son arrivée aux responsabilités, la nouvelle municipalité de l’île d’Yeu dessine progressivement les contours de sa politique touristique. Une ambition se dessine peu à peu : conduire une stratégie plus « exigeante », tournée vers une meilleure prise en compte des résidents secondaires, des visiteurs internationaux et de l’allongement de la saison. Le premier adjoint a ainsi évoqué la volonté de développer un « tourisme de qualité ». Expression qui, sans être définie précisément, semble renvoyer à une montée en gamme de l’offre touristique et à une clientèle disposant d’un pouvoir d’achat élevé.

Pendant que le premier adjoint évoque les visiteurs internationaux, les saisons décalées et les résidents secondaires qui « participent activement à la vie économique de l’île », cette orientation s’accompagne d’une mise en valeur du patrimoine comme vecteur d’attractivité, car lors de cette même réunion publique, il fut aussi question de patrimoine immatériel, de traditions locales et de projets patrimoniaux. Des mots qui sentent la cire d’église, les processions d’autrefois et les cartes postales sépia. L’un des premiers grands investissements du mandat (plus d’un million d’euros d’ici 2027) sera consacré à la rénovation de l’église de Notre Dame du Port. Il n’est en effet pas absurde de réparer un toit avant qu’il ne prenne l’eau, mais toute dépense publique raconte aussi une hiérarchie des urgences.

En fait, l’histoire serait trop simple si elle se résumait à un duel entre permanents et secondaires, car en parallèle, le conseil municipal a adopté la mise en œuvre de la servitude de résidence principale (SRP) sur les terrains à bâtir, dans le prolongement des dispositions permises par la loi Le Meur. Avec plus de 60 % de résidences secondaires, l’île tente de reprendre un peu de barre sur son foncier. Après le changement d’usage voté en 2025, la mesure ressemble à une bouée lancée à ceux qui cherchent encore à vivre ici toute l’année. D’un côté, on hisse le pavillon de l’« excellence » ; de l’autre, on tente d’empêcher que l’île ne se transforme entièrement en décor de villégiature. La nouvelle équipe veut également des nuits plus sages. Les établissements de nuit devront désormais fermer à 2 heures du matin au lieu de 3, afin de limiter les débordements estivaux. Dans le même mouvement, trois sauveteurs seront recrutés cette année pour surveiller la plage des Vieilles. Mesure bienvenue pour l’une des plages les plus fréquentées de l’été, où se croisent vacanciers de passage, familles islai­ses et habitués des résidences secondaires.

Alors trois premières questions me viennent à l’esprit : comment attirer une clientèle internationale ou haut de gamme tout en garantissant l’accès au logement des habitants permanents ? Comment valoriser le patrimoine sans reléguer au second plan les enjeux sociaux du quotidien ? Quelle orientation prendra réellement le vent lorsque les premières tempêtes budgétaires arriveront ?

Valentine Lanave

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