— Pluche est inconsolable, on lui a piqué son doudou. J’ai beau lui faire des câlins, il ne veut plus sortir de ton sac à dos, m’avertit Leopol le poulisson désemparé. Il ne veut plus faire campagne pour les municipales, il dit que ça ne sert à rien. Le monde est trop violent pour lui. Il en a ras le poil des coups bas des vauriens et des grands crocs des sauriens. S’il-te-plaît, fais quelque chose, va le consoler.
Je l’ai trouvé dans le cellier, tout chiffonné, sa fourrure trempée tant il a pleuré.
— Voyons Pluche, que se passe-t-il ? Tu sais bien que tu as toutes les chances de gagner ce scrutin.
— C’est pas l’avis du rat-du-fond-de-mon-jardin. Il m’a dit que personne n’en avait rien à f… de ma candidature. Il m’a hurlé que la tendresse, c’est bon pour les nuls et la liberté, un vieux truc à enterrer, comme le respect, que tout le monde se met au c… En plus, en plus, poursuit Pluche avec des sanglots dans la voix, il méprise mon slogan « Plus de miel, pas de fiel ». C’est une lubie de looser a-t-il ricané en frisant ses moustaches. Selon lui, pour gagner, il faut s’insulter, piétiner l’autre, l’accuser à tort et à travers, le tourner en dérision, l’abaisser plus bas que terre. Il faut se voler dans les plumes, s’arracher les poils à pleines poignes, se cracher sur les peluches. Les prises de gueule, ya que ça qui fonctionne, prétend-il.
— Ne te fie pas à lui ! Le rat-du-fond-de-mon-jardin passe ses journées et ses nuits sur les réseaux sociaux. Ça lui a tourné la tête. Il n’a jamais eu un langage trop châtié, mais maintenant, il parle et se conduit comme un charretier.
— Quand je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord avec lui, il est devenu fou de rage. Il m’a pris mon doudou et l’a jeté dans le port.
Et Pluche de pleurer de plus belle. D’ordinaire un brin indifférent tant il aime à rêver, après un long étirement le chat pour une fois a quitté son panier.
— En ce moment, les réseaux sociaux sont, comme le dark web, une zone de non-droit où tous les mauvais coups sont permis, explique-t-il en posant délicatement sa truffe contre celle de Pluche. C’est un espace obscur et clos où la part sombre des êtres projette sans retenue ses ombres, vomit son trop plein, étale ses noirceurs. Le rat-du-fond-de-mon-jardin a sombré dans les ondes toxiques du virtuel. Va vers la lumière Pluche ! Profite du printemps ! Regarde sur la mer jaillir les reflets argent. Dans la vraie vie tu trouveras des pattes, des ailes, des branches, des bourgeons, des pétales et des mains qui se tendront vers toi, pleines de vie et de joie. Le monde est las du manque de coeur. Sois confiant, le temps de la fraternité reviendra.
— En attendant je vais faire un appel sur Yeu Troc pour retrouver le doudou de Pluche, s’empresse Leopol le poulisson. Un doudou, ça ne se noie pas.
Monik Malissard
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Merci Monique pour ce texte qui décrit si poétiquement les effets toxiques des réseaux dans une utilisation non réfléchie ni durable !
Le rat du fond du jardin n’est pas mécontent d’avoir contribué à éclairer le débat.
J’espère que vous retrouverez vite votre doudou
Sincèrement