Questions aux candidat(e)s: vivre ensemble

Interview des candidat(e)s aux élections municipales de l’île d’Yeu

28. Le vivre ensemble suppose-t-il de défendre une identité forte ou au contraire d’accepter que l’île change, au risque de ne plus se reconnaître ?

Carole Charuau (Une île en commun) : Le vivre ensemble n’est pas une question d’identité islaise. Le vivre ensemble, c’est la solidarité, l’entraide entre les citoyens, l’acceptation de l’autre malgré les différences d’âge ou de statut social. L’île d’Yeu a toujours été une terre d’accueil, depuis des décennies. C’est une nécessité pour les générations futures.

Patrice Bernard (M’YEU Ensemble): Yeu a toujours été une terre d’accueil et c’est ce qui en fait sa richesse. Dans le respect du mieux vivre ensemble le changement est bénéfique pour le développement d’un territoire.

Laure Barault (Nous Vous l’île): L’île est comme tout le monde, elle change tout en restant elle-même. C’est le principe même de l’identité : je change en ayant conscience de rester la même. La population de l’île évolue, c’est incontestable : aux Islais de toujours ou presque s’ajoutent des personnes et des familles qui viennent de l’extérieur, plus ou moins récemment, des Islais qui reviennent après un certain nombre d’années passées ailleurs, et aussi des résidents secondaires – dont une partie non négligeable s’installeront à la retraite sur l’île. Nous ne sommes pas repliés sur nous-même, nous bénéficions de ce que le monde extérieur nous apporte : il faut accepter que l’île change, oui, mais je reste évidemment attachée aussi à l’identité de l’île et à ce que le changement ne la dénature pas non plus. Je ne crois pas du tout que nous ne nous reconnaissions plus dans l’île telle qu’elle est aujourd’hui, même si je regrette que la pêche, qui était dans un passé maintenant déjà assez lointain, le poumon de l’activité de l’île, ait beaucoup diminué d’activité.

29. On entend l’expression partout. Pour vous, est-ce un projet politique ou une formule consensuelle ?

Patrice Bernard (M’YEU Ensemble): Pour ma part, je partage la formule consensuelle qui est mieux en adéquation avec nos valeurs de transparence.

Laure Barault (Nous Vous l’île): C’est un projet politique : l’île et tous ses habitants doivent tirer parti de ce que tous ses habitants lui apportent, et les résidents secondaires peuvent également apporter des idées, de l’énergie, des compétences, s’ils les mettent au service de l’intérêt général de l’île. Tout le monde trouvera son compte à ce que tous ceux qui veulent contribuer utilement à l’intérêt de l’île puissent le faire à la mesure de leurs moyens et que cela soit reconnu. Sur notre liste, nous avons un petit nombre de résidents secondaires, que j’ai choisis en raison de leur attachement à l’île, de ce qu’ils lui apportent ou lui ont apporté, et de la profondeur de leur engagement. Cela apporte une réelle richesse à toute l’équipe et à notre projet. Mais pour que ce projet politique se réalise, il faut aussi que ces résidents secondaires attachés et impliqués se sentent faire partie d’une communauté, de la communauté insulaire, et qu’il n’y ait pas un fossé entre les communautés de personnes. Beaucoup d’Islais ont des amis résidents secondaires, beaucoup de résidents secondaires ont des amis Islais, et cela fonctionne très bien dès lors que tout le monde se respecte et va dans le sens de l’intérêt général de l’île.

Carole Charuau (Une île en commun): Oui, cette expression devient une question politique nationale : accepter l’autre, c’est devenu un enjeu majeur alors que ce devrait être naturel. C’est pour cela qu’il y a des politiques volontaristes comme l’école inclusive ou qu’il y a eu des ministères de la ville pour harmoniser la vie de diverses populations dans un même lieu. Car on le sait, faire le contraire favorise des tentations de racisme.

30. Sur notre île, le sentiment d’injustice monte : accès au logement, inflation des prix, maisons fermées une partie de l’année… Faut-il réguler davantage ou considère-t-on que le marché fait partie du jeu ?

Carole Charuau (Une île en commun): Réguler, rééquilibrer l’offre de logements à l’année est notre priorité. D’abord pour que les résidents permanents puissent trouver un logement mais aussi pour que les risques de gentrification de notre territoire soit moins forts. C’est pour cela que l’axe prioritaire de notre programme est centré sur l’habitat. Mettre en œuvre la stratégie locale de l’habitat c’est par exemple mettre en place la servitude de la résidence principale instituée par la loi Lemeur, créer un office de l’habitat pour, entre autres, sécuriser les propriétaires de location à l’année, et pérenniser nos aides pour inciter les propriétaires à louer à l’année.

Laure Barault (Nous Vous l’île): Nous vivons dans une société dans laquelle le marché fait partie du jeu, mais cela n’exclut pas d’utiliser les outils juridiques à notre disposition pour préserver nos objectifs prioritaires. L’État et la municipalité ont déjà régulé significativement le marché de la location touristique, mais ce qui reste prioritaire, c’est le logement à l’année des habitants, et en particulier de celles et ceux qui font vivre l’île en y travaillant. Pour favoriser le logement à l’année, nous pensons que l’incitation est plus efficace que l’obligation, comme l’aide apportée aux propriétaires pour remettre leur bien de location saisonnière en location à l’année. Mais nous pensons que, si les contraintes législatives font que la surface constructible va diminuer substantiellement, il faut préserver à tout prix la possibilité pour les jeunes de construire ou faire construire leur maison sur l’île, et essayer de faire baisser les prix des terrains constructibles pour eux. Si cela passe par des mesures fortes, nous les prendrons après les avoir bien mesurées, et sans perdre de temps pour autant.

Patrice Bernard (M’YEU Ensemble): Nous souhaitons continuer à vivre et travailler sur notre territoire. Nous mettrons en œuvre certaines dispositions pour maintenir une population constante. En permettant au plus grand nombre de devenir propriétaire.

31. Les croisiéristes et visiteurs à la journée consomment peu mais pèsent sur les infrastructures. Faut-il limiter les flux ou optimiser leur contribution financière ?

Laure Barault (Nous Vous l’île): Nous ne souhaitons pas que des hordes de croisiéristes débarquent sur l’île par milliers tout d’un coup. Le port n’est pas fait pour accueillir de gros paquebots de toute manière. La perception d’une taxe à l’entrée est un outil qui existe, par exemple à Venise depuis quelque temps, pour aider au financement des politiques et équipements publics. Sur l’île d’Yeu, cela me semblerait contraire au principe même de la liberté d’aller et venir, à notre souhait que tous puissent découvrir la beauté des lieux que nous aimons tant. Les transports maritimes sont déjà chers, pour une famille. Les visiteurs à la journée louent des vélos, des moyens de transport sur l’île, se nourrissent aussi, visitent les magasins de souvenirs ou de produits de l’île. On ne peut pas dire qu’ils ne consomment pas en journée. Certains jours en période forte, grands week-ends et trois semaines en été, il est vrai que le flux de bateaux de transport est peut-être excessif, mais en même temps, les insulaires sont heureux d’avoir plus de choix d’horaires de bateaux en saison qu’hors saison, où il n’y a de bateau que le matin et le soir, en plus de l’Insula Oya 3. Nous avons réfléchi à l’idée de quotas, comme à Bréhat, mais nous ne sommes pas du tout dans la même configuration,  ni la même taille. La première chose à faire serait de faire en sorte de mesurer les flux d’entrées et de sorties pour savoir chaque jour combien de personnes se trouvent sur l’île, et en conséquence quels sont les besoins en termes d’équipement public en période de pointe. Si la commune était présente au conseil d’administration du port, dans le cadre de la société portuaire dont nous défendons l’idée ou dans celui d’une société d’économie mixte ou associée avec la CCI, nous aurions plus de poids pour obtenir ce premier élément, et voir si des mesures s’imposent et lesquelles.

Patrice Bernard (M’YEU Ensemble): Les visiteurs d’un jour sont, pour certains, des futurs vacanciers en moyen séjour. Au regard de notre capacité d’accueil, il est opportun de trouver un équilibre qui soit en adéquation avec notre cadre de vie.

Carole Charuau (Une île en commun): Beaucoup de nos entreprises islaises travaillent grâce à ces visiteurs d’un jour qui deviendront, plus tard, visiteurs de plusieurs jours. C’est en sachant accueillir ces visiteurs à la journée que nous arrivons à avoir une clientèle régulière que ce soit en saison mais surtout hors saison. Les inciter à venir au printemps ou à l’automne est aussi un enjeu de territoire.

32. Ceux qui vivent du tourisme ne partagent pas toujours l’agacement de ceux qui en subissent les effets. Comment éviter que l’économie locale ne divise la population ?

Carole Charuau (Une île en commun): Ces différences de vue ont toujours existé. Ce qu’il faut privilégier au niveau de la municipalité, c’est non pas de diviser mais au contraire de rassembler autour d’un même projet de territoire : la vie à l’année, et le maintien de notre population à 5000 habitants, c’est aussi accueillir des visiteurs à la belle saison. Nous pouvons inciter les entreprises à rester ouvertes si possible à l’année en encourageant les visiteurs à venir hors saison, et cela grâce à notre offre culturelle et associative. Créer des événements hors saison invite les touristes à venir.

Patrice Bernard (M’YEU Ensemble): Depuis longtemps l’île vit au gré des flux de touristes sur une partie de l’année. Il sera important de tout mettre en œuvre au niveau des emplois d’avenir afin de ne pas être dépendant du sur-tourisme. La reprise d’une gestion portuaire pourrait faciliter la gestion des flux à une certaine période, comme les îles de Bréhat ou Porquerolles ont pu le faire.

Laure Barault (Nous Vous l’île): Les deux sont parfaitement compréhensibles . Comme on dit : chacun voit toujours midi à sa porte. La période de la haute saison accentue les problèmes, heureusement concentrés sur une période courte. Élaborer un plan de mobilité bien étudié comme nous le proposons dans notre programme, avec une gestion des flux de circulation et une signalétique adaptées, une circulation des vélos et des piétons sécurisées, voilà autant d’axes qui permettraient déjà de réduire significativement les tensions. Maintenir des commerces à l’année, donc aussi présents l’été, étendre le marché, …cela réduit aussi les temps d’attente, les queues… Il y a beaucoup de petites choses à faire en ce sens.

33. Préférez-vous une île animée, ouverte, rentable… ou une île plus calme, plus chère, plus exclusive ?

Patrice Bernard (M’YEU Ensemble): Yeu est une île dynamique, elle doit rester animée, authentique et garder son équilibre pour correspondre à l’ensemble des classes sociales.

Laure Barault (Nous Vous l’île): Nous ne voulons ni une île rentable, ni une île exclusive. Pour conserver une vie toute l’année, nous souhaitons l’île animée toute l’année, mais pas forcément de manière excessive. Nous voulons éviter les excès, ce sont toujours les excès qui créent les difficultés.

Carole Charuau (Une île en commun): Ce n’est pas comme cela que je vois l’île d’Yeu, pas du tout. Nous sommes élus pour tous, résidents permanents, résidents secondaires et visiteurs. « Une île en commun » est un nom qui illustre bien nos valeurs : solidarité, humanité, respect de l’autre. Les entreprises ont bien sûr la nécessité d’être rentables sinon leur pérennité est remise en cause. Pour la commune leur rôle social est de surtout donner du travail à la population et de proposer leurs services à tous les habitants, résidents permanents, secondaires et visiteurs. Elles participent ainsi à faire de notre île un territoire vivant à l’année.

34. Bruit, incivilités, déchets, stationnement sauvage : faut-il davantage de contrôles et de sanctions, même au risque de paraître “anti-tourisme” ?

Laure Barault (Nous Vous l’île): Ces comportements que nous regrettons comme tout le monde ne sont malheureusement pas que le seul fait des vacanciers. Sur ces sujets, il faut s’adresser à tous ceux qui en sont responsables. Cela passe d’abord par plus de prévention, plus d’information, plus de dissuasion, mais bien entendu, ici comme ailleurs, aussi par davantage de contrôles et de sanction si cela ne suffit pas.

Carole Charuau (Une île en commun): Les graves incivilités environnementales ou sociétales, souvent réitérées par les mêmes personnes, doivent être sanctionnées par notre police municipale et la gendarmerie qui doivent assurer des contrôles réguliers. Par ailleurs, la Mairie a un rôle important de prévention dans ces domaines afin d’assurer le vivre ensemble. L’augmentation de population l’été et les pics de fréquentation du mois d’août liés à notre économie touristique génèrent cette situation que nous avons pris en compte par la mise en place de moyens humains dédiés. L’encadrement du port en soirée, la lutte contre le stationnement sauvage, le contrôle du respect du code de la route ne sont pas « anti-tourisme », bien au contraire.

Patrice Bernard (M’YEU Ensemble): Il n’est pas opportun de mettre un officier de police judiciaire tous les dix mètres ! Nous avons des débordements à certaines périodes, mais la quiétude domine en permanence sur notre commune et c’est l’une de nos valeurs vis-à-vis de beaucoup de territoires.

35. Les résidents secondaires votent rarement aux municipales. Les saisonniers jamais. Les habitants permanents se sentent parfois minoritaires dans l’espace public l’été. Comment garantir une gouvernance perçue comme légitime par tous ?

Patrice Bernard (M’YEU Ensemble): Les gens votent beaucoup pour les municipales et les résidents secondaires sont très nombreux à venir s’exprimer. Cela montre l’attachement à notre commune et nous souhaitons en toute transparence faire des réunions publiques en période estivale et les associer dans les groupes de travail pour les projets d’avenir.

Carole Charuau (Une île en commun): Détrompez-vous, les résidents secondaires sont majoritaires dans un des quatre bureaux de vote et s’ils ont choisi ce lieu de vote, ce n’est pas pour voter aux présidentielles mais bien aux municipales. Nous essayons au maximum de filmer ou d’enregistrer en audio nos réunions. Ce sera systématisé dans le prochain mandat. Les absents pourront toujours s’informer de nos avancées. Pour faire des remarques et poser des questions, les services seront mieux formés afin que des réponses puissent être apportées. La procédure est déjà lancée grâce à la démarche qualité Qualiville. Des outils comme Intra muros permettent aussi de mieux dialoguer. Ceux- ci seront renforcés. Enfin, les élus seront formés aux outils de la démocratie participative, ce qui à terme devrait permettre aux représentants de certains groupes et associations, de mieux participer à la vie locale.

Laure Barault (Nous Vous l’île): Le code électoral régit les conditions d’inscription sur les listes électorales. Les élections décident ensuite, il n’y a pas vraiment de sujet de gouvernance. En revanche, il faut que les uns et les autres puissent faire entendre leurs demandes si elles sont légitimes. Nous proposons de développer les outils de participation citoyenne, et aussi de mettre en place des instances de concertation qui permettront de créer les conditions et le cadre institutionnel d’un dialogue apaisé.

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