Qui est Pluche ?

© Dessin de Florence d'Aboville - Pluche et l'octopluche font mousser les idées.

Étiqueté dès sa naissance « 100 % coton », Pluche se présente pour la première fois aux élections municipales de l’île d’Yeu. Sa liste, composée du célèbre Poulisson et de sa bande du Noroît, s’intitule sobrement Plume, poil, pluche. Grain de Sel a eu l’honneur de recueillir son entretien en exclusivité :

Votre parcours scolaire et professionnel est-il le fruit d’une véritable formation ou d’années passées à observer silencieusement le monde depuis une étagère ?

On ne voit bien qu’avec le cœur — notre trajectoire croise celle du Petit Prince de Saint-Exupéry — et le cœur des peluches est immense. C’est lui qui recueille les confidences et les secrets, les chagrins et les joies. Nos toisons sont imprégnées de rêves et de caresses, de soupirs, de sanglots et de bonheurs. Chéris des enfants et des enfants devenus grands, nous sommes le réceptacle de la tendresse du monde. Nous passons d’étagères aux petits souliers au pied du sapin, de bras en bras, d’oreillers en oreillers… L’enseignement que nous avons suivi, mes semblables et moi, a été délivré au sein des familles, de toutes origines, de tous milieux sociaux et de toutes religions. Entrés dans l’intimité des filles et des garçons, selon des parcours multiples, nous avons une solide expérience de la nature humaine, particulièrement précieuse quand il s’agit de favoriser le bien vivre ensemble, ce qui est le propre d’une équipe municipale.

À quel moment avez-vous compris que votre immobilisme faisait de vous un candidat crédible ?

J’ai eu l’honneur d’être hissé en haut du pignon d’un magasin de jouets. À ce poste de vigie, j’avais une vue panoramique sur l’île d’Yeu et les activités de ses habitants. C’est dans ces heures méditatives que j’ai pris la décision de déposer ma candidature aux municipales.

Avant d’entrer en politique, dans quels combats vous êtes-vous engagé ?

Nous sommes pacifiques par nature. Le conflit ne fait pas partie de notre vocabulaire, on nous l’a extirpé de la bouche à la cuillère. Les batailles où nous servons de polochons sont les seuls combats auxquels nous participons malgré nous. En agissant par la douceur, nous favorisons l’élévation des consciences. Nous n’avons pas besoin de règles de droit, nous nous contentons d’être, sans empiéter sur les plates-bandes du voisin ni interférer dans la vie d’autrui. Pour autant, notre solidarité avec les enfants est totale quand ils revendiquent leur droit au câlin, ou s’élèvent à grands cris contre leurs parents qui s’obstinent à nous faire tournoyer dans les machines à laver, pensant nous offrir des vacances. Et si les marmots nous délaissent au fond de leurs coffre à jouets, nous accomplissons sans aucune résistance, et même avec bonheur, notre vocation méditative.

Quelles rencontres ont marqué votre trajectoire ? Qui vous a convaincu que le pouvoir devait changer de mains ?

Notre proximité avec les bambins et leurs familles de tous horizons nous a donné une connaissance fine du tréfonds de l’âme humaine. C’est pourquoi nous pensons qu’aucun pouvoir n’a de légitimité. Tout pouvoir tend à dériver en instaurant des rapports de domination, d’intimidation, de subordination et de soumission préjudiciables à la liberté individuelle. Il engendre trop souvent de la servitude volontaire. Le mot pouvoir ne fait pas non plus partie de notre vocabulaire. Nous avons appris à le taire. À chacun de prendre sa vie en mains, en prenant soin de celle de tous les autres êtres vivants.

Quels sont vos liens avec le monde politique ? Êtes-vous un ours totalement indépendant ou avez-vous déjà été instrumentalisé lors d’une photo de campagne pour attendrir l’électorat ?

Nous n’entretenons aucun lien avec le monde politique. Par nature, nous nous en tenons éloignés. En effet, nous sommes trop conscients de ce que signifie être manipulé.

Comment décririez vous votre rapport aux élus actuels et à la population ?

Nous résidons dans un coin du cœur de tout un chacun. Tout le monde, à un moment de sa vie nous a serrés dans ses bras. Nos rapports sont donc excellents avec tout le monde, citoyennes et citoyens, élues et élus. C’est notre force agissante de susciter la tendresse, ou de la ressusciter.

Pourquoi vous engager à ces élections municipales ? Est-ce un appel sincère à plus de douceur dans la gestion locale ou la simple constatation que personne n’a fait pire que vous jusqu’à présent ?

Le pire n’est jamais certain. C’est pourquoi nous en appelons au meilleur de chacun. La gestion, locale ou pas, nous indiffère. Elle non plus ne figure pas dans notre vocabulaire. Nous cherchons seulement à faire prévaloir le bonheur d’être ensemble.

Avez-vous facilement trouvé des personnes prêtes à s’impliquer à vos côtés ? Votre texture moelleuse a-t-elle suffi à fédérer autour d’un projet encore flou ?

Oui, nous aimons le moelleux, le doux, le douillet, le soyeux, le satiné, le bouclé, le confortable. Mais pas que. Nous aimons respirer au grand air et regarder la mer, nous promener sur la lande comme sur la voie lactée. Nous aimons parler aux arbres, aux étoiles, aux fleurs et aux oiseaux, nous baigner avec les coquillages et les poissons, vibrer avec l’ensemble de la Création. Nous aimons rire, nous aimons jouer, nous aimons danser. Nous faisons donc équipe avec le poulisson et sa bande du noroît. Je me suis trouvé sur sa route quand il allait faire des courses. Nous avons de suite sympathisé. Ainsi est née la liste Plume, poil, pluche.

Quelle est la vision globale de votre équipe ?

Le mot programme ne fait pas non plus partie de notre vocabulaire. On n’en a strictement rien à faire. À mille lieues de l’intelligence artificielle, nous ne sommes programmés à rien. Nous vivons dans l’instant, ici et maintenant, dans la joie infinie du présent.

Vous sentez-vous soutenu par vos congénères en peluche ?

Les peluches comptent parmi leurs nombreuses qualités la fidélité. Même élimées, méconnaissables, crottées ou mutilées, elles n’abandonnent jamais.

Enfin, quels sont les trois grands axes sur lesquels vous allez appuyer votre campagne ?

Nous ne savons pas compter, et nous mettons un point d’honneur à être désaxées. Il nous est donc bien difficile de répondre à votre question. Mais je peux vous affirmer, en vous regardant droit dans les yeux, du plus profond de mes deux boutons cousus, que les trois mots auxquels il nous tient à cœur de donner plus de corps et de faire résonner dans la vie de tous les jours sont liberté, égalité, fraternité. Avec un peu plus d’amour, de poésie et de sens du sacré, on devrait y arriver.

 

Propos recueillis par Valentine Lanave avec la complicité de Monik Malissard

Contenu à caractère parodique

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2 Commentaires
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Jean-Luc
07/03/2026 7:18 pm

L’anarchie ne serait pas un but, mais «seulement » un guide de voyage.
L’oudry

Prénom
Oudry
malissard
Répondre à  Jean-Luc
07/03/2026 10:35 pm

Quelle belle expression poétique !