Alors que les cancers de la peau continuent d’augmenter en France, la question du rapport au soleil dans les territoires insulaires prend une dimension particulière. À l’île d’Yeu, la prévention s’organise depuis quelques années, portée par les soignants, mais aussi par les bénévoles de l’antenne locale de la Ligue contre le cancer.
Une maladie évitable que l’on continue de laisser progresser
Près de 80 % des cancers de la peau sur le plan national sont liés aux rayons ultraviolets (UV). Chaque année, entre 112 000 et près de 195 000 cas seraient provoqués par une exposition excessive. Les mélanomes, les formes les plus agressives, ont vu leur nombre multiplié par 4 depuis les années 1990. On parle ici d’une dynamique documentée et pourtant, encore largement sous-estimée dans les comportements. Un paradoxe, à l’heure où l’information n’a jamais été aussi accessible.
Derrière ce chiffre, le constat est sans appel. Nos modes de vie ont changé, mais pas toujours dans le bon sens. Les messages de prévention refont surface. Crème solaire, chapeau, ombre… des recommandations connues, mais encore trop souvent négligées… Expositions répétées, recherche du bronzage, activités de plein air sans protection… autant de pratiques qui fragilisent ce que les professionnels appellent le « capital solaire« , c’est-à-dire la capacité de la peau à encaisser les UV sans dommage.
Le soleil n’est pourtant pas un ennemi, mais une exposition non maîtrisée peut l’être. La Ligue contre le cancer avait d’ailleurs choisi le ton de l’humour, l’an passé, pour rappeler la réalité avec sa campagne de prévention « On n’est pas des saucisses ». Mais à l’heure où les beaux jours reviennent, il est tentant de s’exposer au soleil. D’autant plus que le discours de prévention se heurte à une difficulté culturelle profonde. Le bronzage reste valorisé, l’exposition prolongée normalisée, et la protection souvent vécue comme secondaire.
Une exposition qui commence tôt
Les expositions répétées dans l’enfance et l’adolescence fragilisent durablement la peau et laissent des traces durables, même invisibles. Car contrairement aux idées reçues, ces cancers ne concernent pas uniquement les personnes âgées. En Vendée, les cancers de la peau constituent une réalité de santé publique bien identifiée, même si elle reste encore largement sous-estimée. On y recense en moyenne environ 160 nouveaux cas de mélanome par an, selon les données du registre des cancers de Loire-Atlantique et de Vendée. Si les personnes âgées demeurent les plus touchées, les études régionales montrent que les jeunes adultes ne sont pas épargnés, notamment face aux formes les plus agressives comme le mélanome. Dans les Pays de la Loire, près d’un tiers des patients pris en charge pour ce type de cancer ont moins de 65 ans. Les cancers cutanés ne sont donc pas uniquement liés au vieillissement, mais aussi à des expositions répétées aux UV dès l’enfance et l’adolescence. Sur un territoire comme l’île d’Yeu, où le rapport à la mer et au plein air peut être quotidien, la question se pose avec encore plus d’acuité. Travailleurs en extérieur, enfants, habitants comme visiteurs… personne n’est réellement à l’abri des coups de soleil.
Un appui local construit pas à pas
L’antenne locale de la Ligue contre le cancer, rattachée au comité de La Roche-sur-Yon et soutenue par la commune, s’est construite à partir d’une initiative citoyenne. Un appel à bénévoles lancé en 2021 a permis de poser les premières bases d’un accompagnement à l’île d’Yeu. Depuis, la dynamique s’est installée. Discrètement, mais durablement. Elle reste néanmoins fragile car elle repose sur l’engagement bénévole, la bonne volonté, et une coordination encore en construction.
Parmi les bénévoles engagés, une ancienne infirmière en cancérologie, qui a choisi de mettre son expérience au service des habitants de l’île : « on peut traiter une maladie, mais on ne peut pas ignorer ce que traverse une personne. L’humain est au centre, sinon on passe à côté de l’essentiel », explique-t-elle. Son expérience hospitalière lui a appris une chose : la technique ne suffit pas. L’accompagnement, l’écoute et la continuité du lien sont déterminants. Installée désormais sur l’île à l’année, elle poursuit cet engagement auprès des habitants : « ici, il y avait un besoin réel. Et surtout, une attente. » Formée à l’écoute, à l’accompagnement et aux soins de support, elle a longtemps suivi des patients dès l’annonce de leur maladie : « J’ai travaillé toute ma carrière à l’hôpital, et très vite en cancérologie. Ce qui m’a toujours guidée, c’est la relation humaine. L’idée était de comprendre leurs besoins, leurs priorités, et de les orienter », confie-t-elle.
Au bout d’un an de bénévolat, l’infirmière en retraite accompagnait déjà une vingtaine de personnes. Toujours dans la même logique, elle continue à ce jour d’œuvrer avec une extrême discrétion pour le bien de tous : « il y avait vraiment quelque chose à construire ici. Je savais que je pouvais être utile. C’est beaucoup d’écoute. Trouver les bons mots, au bon moment. Faire en sorte que la personne reste actrice de son parcours, malgré la maladie. C’est une relation basée sur la confiance… J’ai peut être beaucoup donné, mais j’ai beaucoup reçu aussi », affirme-t-elle humblement.
Au regard lucide d’un accompagnement individuel s’ajoute des ateliers bien être pour les malades : « activité physique adaptée, soutien psychologique, onco-sexologie à distance… ». Des ateliers collectifs viennent également compléter cette offre, avec des sessions d’auto-hypnose, d’art-thérapie, de yoga, d’auto-massage, de sophrologie, de Qi gong et de réflexologie plantaire. Un partenariat avec l’association « Oncogite » permet également de proposer des séances de remédiation cognitive en visioconférence. Un travail bénéfique pour retrouver mémoire, attention et concentration, souvent altérées par les traitements.
Les dispositifs mis en place sur l’île ne relèvent pas seulement du confort, mais d’une nécessité à rompre un isolement dans lequel les malades se réfugient quasi systématiquement. La maladie, qui ne se vit plus uniquement dans les hôpitaux, se traverse surtout dans le quotidien, dans ses effets secondaires, dans les fragilités des uns et des autres, souvent invisibles.
Changer les habitudes, sans renoncer au mode de vie
La prévention des cancers de la peau n’est pas un sujet saisonnier. C’est une question de culture collective. Tant que l’exposition sera associée à la santé, au bien-être ou à une forme de norme sociale, les messages de prévention resteront partiellement inefficaces. Sur une île comme ailleurs, il ne s’agit pas de renoncer au soleil, mais d’en comprendre les risques ; et cela demande plus qu’une campagne de prévention estivale. Cela demande un changement durable des habitudes, des représentations sociales et des priorités de tout un chacun. Derrière les chiffres, il y a des parcours, des histoires, et une réalité: ces cancers font partie des 40 % de cancers évitables, à condition d’adopter quelques réflexes simples. Encore faut-il que localement, des relais humains continuent d’exister pour accompagner, expliquer, et soutenir.
Parce que si cette dynamique existe, c’est qu’elle repose encore largement sur l’engagement bénévole. Et sur un territoire comme l’île d’Yeu, où la proximité humaine est une force, cet engagement prend tout son sens…
Pour devenir bénévole à l’île d’Yeu : 06 73 75 85 36 (Martine ou Nelly)
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Tout à fait exact, je peux en témoigner: melanome de Dubreuil (celui lié aux UV du soleil) sur le cuir chevelu à un peu plus de 50 ans il y a 10 ans, pas d’exposition particulière au soleil mais une peau et des cheveux clairs. J’ai eu une grande chance… Lire la suite »