Face au vieillissement de la population et à la tension sur le logement, une initiative discrète mais prometteuse émerge sur l’île d’Yeu : la cohabitation intergénérationnelle. Porté localement par Gabrielle & Léo, ce dispositif propose de recréer du lien tout en répondant à des besoins très concrets.
Une idée simple, un contexte complexe
D’un côté, une population qui vieillit, parfois isolée dans des logements devenus trop grands. De l’autre, des jeunes ( saisonniers, stagiaires, actifs ) qui peinent à se loger. Entre les deux, peu de passerelles. Présenté lors du premier forum seniors en novembre dernier, à l’auditorium du Petit Chiron, le dispositif a retenu l’attention. Ce jour-là, le CCAS avait proposé aux habitants de réfléchir collectivement aux solutions pour accompagner le vieillissement sur un territoire insulaire, sans pour autant renoncer à la qualité de vie : « à l’heure où notre territoire fait face à des enjeux de taille pour répondre aux besoins en vieillissement de la population, ce forum est l’occasion de mettre en lumière les défis spécifiques auxquels l’île est confrontée mais aussi les initiatives locales et les projets en cours pour améliorer la qualité de vie de nos aînés ».
Faire se rencontrer deux besoins
Le dispositif de cohabitation intergénérationnelle et solidaire ( Gabrielle & Léo), créée en 2024, est une antenne régionale du réseau national Cohabilis : « notre rôle est de mettre en relation les seniors, propriétaires ou locataires, seuls ou en couples, qui disposent d’une chambre libre chez eux et les jeunes de 16 à 30 ans, qu’ils soient apprentis, stagiaires, jeunes actifs ou étudiants à la recherche d’un logement temporaire », avait indiqué Aude Guilloux, fondatrice et directrice de l’association Gabrielle & Léo.
Depuis février, une première expérience est en cours sur l’île. Un jeune actif est hébergé chez un habitant, pour plusieurs mois. Une première étape, encore modeste, mais révélatrice d’un potentiel réel. Car la demande existe : « Nous avons beaucoup de sollicitations de la part des jeunes qui souhaitent venir travailler à l’île d’Yeu, notamment pour des saisons ou des stages, et nous n’avons pas assez d’hébergeurs pour répondre à cette demande. Vendée Habitat et Vendée Logement souhaite proposer cette solution à leurs colocataires de plus de 65 ans qui occupe un T3 ou un T4 alors qu’ils sont seuls dans leur logement».
Au-delà du logement, recréer du lien
La cohabitation ne se limite pas à une solution d’hébergement. Elle repose sur une forme d’équilibre. Présence, entraide, échanges du quotidien. Un repas partagé, un service rendu, ou simplement quelqu’un dans la maison. Pour certaines personnes âgées, l’isolement est une réalité silencieuse. Pour les jeunes, trouver un logement sur l’île reste un parcours du combattant. Le dispositif cherche à répondre à ces deux fragilités en même temps. Chaque cohabitation est encadrée. Rencontre préalable, contrat, règles de vie : « Nous construisons quelque chose sur mesure, en fonction des attentes de chacun. Les cohabitations peuvent durer de quelques semaines à un an. Une première rencontre est établie avant tout contrat, elle peut se faire par visioconférence si les contraintes géographiques le nécessitent», précise l’association.

Un cadre, mais surtout une opportunité
Encadrée par la loi ELAN, la cohabitation intergénérationnelle bénéficie aujourd’hui d’un cadre légal et fiscal clair. Au-delà de ce dispositif, c’est une question plus large qui se pose : comment adapter l’offre de logement et d’accompagnement aux réalités d’un territoire insulaire ? Si dans ce contexte, cette initiative ouvre une piste, elle n’est pas une solution miracle, mais une réponse concrète et immédiatement mobilisable.
Une dynamique collective à construire
Aujourd’hui, tout reste à inventer ou presque. Le dispositif existe, la demande est là, mais il repose encore sur l’engagement des habitants. Accueillir, partager, faire une place. À l’échelle d’une île, ces gestes individuels peuvent devenir une réponse collective. Et peut-être dessiner, à terme, une autre manière d’habiter le territoire : plus solidaire, plus attentive, plus reliée.
Valentine Lanave
Plus d’infos : contact@gabrielle-leo.fr
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pour éviter tout incident ou malentendu entre co-habitants , il serait utile de rédiger un « code de la cohabitation » ., établissant, par exemple des règles d’usage pour les paries communes, cuisine, salle d’eau etc…
Bonjour Jean-Louis !
Il se trouve que l’association Gabrielle & Léo dispose déjà d’une charte dans l’idée de code que tu évoques. Il existe également un contrat à faire signer entre les deux parties afin d’éviter comme tu le soulignes tout incident ou malentendu.