Samedi 20 juin, entre les coureurs affûtés, les chaussures techniques qui coûtent le prix d’un vélo d’occasion et les visages concentrés avant même le départ, une intrus s’était glissée sur la ligne d’arrivée. Enfin… pas vraiment sur la ligne. Plutôt au bord, téléphone à la main, en essayant de comprendre ce qui pousse mille personnes à payer pour souffrir volontairement pendant 15, 23 ou 45 kilomètres. Autant être honnête : pour raconter les exploits sportifs, Didier de Neptune FM a certainement fait bien mieux que nous. C’est son terrain de jeu, il a le souffle pour ça. Nous, on préfère raconter les coulisses.



En fin de matinée donc, pendant que les derniers concurrents avalaient les kilomètres, Cyril Taraud et Christine Méchin, coprésidents de l’association du Trail de l’île d’Yeu, prenaient quelques instants avant la remise des récompenses pour revenir sur cette quatorzième édition. Ce duo fonctionne comme un relais parfaitement huilé. Ancien coureur, Cyril pilote toute la partie technique de l’événement. Christine, elle, orchestre la communication, les partenaires et les sponsors : « l’association a été créée en 2012. Il y avait une très bonne ambiance dès le départ ce matin. C’était largement à la hauteur de nos attentes », se réjouit Cyril. Il faut dire que le succès ne se dément pas. Chaque année, les inscriptions affichent complet… presque avant même d’avoir commencé : « au bout de quelques minutes », sourit Christine.



Mais participer à un trail sur une île relève déjà d’un petit défi : réussir à caler son agenda, réserver un bateau, espérer une mer clémente, trouver un hébergement… et conserver suffisamment d’énergie pour aller courir des dizaines de kilomètres dans les sentiers de l’île. Pour Cyril, l’explication fuse tel un marathonien sur la ligne d’arrivée : « la beauté du site. L’île se suffit à elle-même. Et puis ce n’est pas une course d’ampleur professionnelle. Les gens ont plaisir à venir courir ici. » Une convivialité qui n’empêche pas le niveau sportif : « les coureurs d’un bon niveau viennent quand même parce qu’ils disent que c’est un super entraînement », nuance Christine. Et cette quatorzième édition en a offert une belle illustration avec la victoire de Sylvaine Cussot. Loin de ne venir chercher qu’un chrono, la traileuse est surtout revenue sur les traces de son enfance.



Dans un message publié après la course, elle raconte les pique-niques organisés par sa grand-mère, les balades à vélo avec ses cousins et cette croix de la pointe du Châtelet qui servait de repère à leurs escapades : « c’est le genre de course qui a du sens à mes yeux », écrit-elle, expliquant avoir davantage couru pour « se laisser porter par les souvenirs » que pour la performance. Une victoire, certes, mais surtout « plein de jolis nouveaux souvenirs », résume-t-elle après avoir bouclé les 45 kilomètres en 03 heures 47 minutes et une seconde, fraîche comme la brise du large. Car le Trail de l’île d’Yeu séduit désormais bien au-delà des frontières de l’île. Chaque année, il attire des coureurs venus de toute la France, mais aussi de l’étranger. Parmi les participants figurait notamment le Belge Antoine Berckmans, vainqueur du 23 km en 1 h 38 min 41 s : « Je suis très content. Je ne m’attendais pas à finir premier sur le 23 km, mais les conditions étaient bonnes. C’est mon troisième Trail de l’île d’Yeu. L’an dernier, j’avais terminé 7e. Il y a deux ans, j’avais tenté le 45 km, mais c’était un peu trop pour moi. Le terrain de l’île d’Yeu est plat, mais il n’est pas très roulant. Les dix premiers kilomètres étaient très sableux, ce qui sollicite beaucoup les mollets. J’ai l’habitude de courir dans une région de Belgique où j’habite, qui est assez vallonnée, donc ce type de parcours me convient bien. »


Les couleurs de l’Islais Run Club ont également été bien défendues tout au long de la matinée. Chez les femmes, Marie Van Hoven s’est illustrée sur le 15 km en bouclant le parcours en 1 h 28 min 47 s, ce qui lui vaut une 20e place. Sur le 23 km, Anne-Laure Lictevout a pris une belle 18e place en 2 h 10 min 10 s. Quant à Élodie Turbé, elle s’est attaquée au redoutable 45 km, qu’elle a terminé en 5 h 07 min 38 s, se classant 22e. Chez les hommes, les meilleures performances isaises sont à mettre au crédit de Lilian Barault, 32e du 15 km en 1 h 14 min 16 s, et de Rémi Chauviteau, auteur d’une très belle 8e place sur le 23 km en 1 h 48 min 46 s. Félicitations aux athlètes et à leur coach sportif !



Eh oui, les paysages qui font la réputation du trail sont aussi ceux qui mettent les jambes à rude épreuve : « la côte sauvage, entre les Vieilles et les Sabias », répond immédiatement Cyril lorsqu’on lui demande quel secteur donne le plus de fil à retordre aux participants. Mais avant de faire souffrir les mollets, il faut surtout faire fonctionner l’organisation : « les démarches commencent dès le mois de juillet pour préparer l’édition suivante. » Et Christine d’ajouter l’un des casse-têtes majeurs : « il faut trouver une date pendant un week-end où l’on peut obtenir des bateaux supplémentaires pour la traversée. » Car derrière les centaines de dossards se cache une véritable armée discrète. Oui, ils sont autant combatifs, déterminés et efficaces que les coureurs. Plus de 200 bénévoles assurent le bon déroulement de la journée : restauration, buvette, boutique de goodies, ravitaillements, sécurité, balisage, ouvreurs à vélo, commissaires de course, médecins, kinésithérapeutes, secouristes… Sans eux, impossible d’imaginer un tel événement. Le bureau de l’association, quant à lui, rassemble seize membres particulièrement investis : Christine Méchin, Cyril Taraud, Éric Cantin, Alexandra Fichou, Éric Evnas, Morgane Fichou, Sarah Amaurit, Nelly Girard, Clémence Taraud, Patrice Semelin, Jean-Marc Taraud, Pierre Méchin, Gilles Richaud, Pierre Henri, Stéphane Lehours et Brigitte Masset.



Parmi tous les moments de cette longue matinée, Cyril ne cache pas sa préférence : « le moment fort reste le départ des courses, même si ça reste prenant tout au long de la journée. » L’histoire du Trail de l’île d’Yeu remonte à une initiative portée par une délégation des sapeurs-pompiers de Paris lors de la première édition : « nous avons repris la main pour la suite. Le concept est génial : il n’y a pas besoin de grosses infrastructures. Les gens viennent avec une paire de baskets pour courir dans la nature, et ça suffit », résume Christine. Avant le tandem actuel, trois présidents se sont succédé à la tête de l’association : Thierry Coustillères, Stéphanie Sorlotte et Jacky Couthuis. Et parce qu’une association qui court ne s’arrête jamais vraiment, une nouvelle épreuve est venue enrichir son calendrier depuis l’an dernier : le Trail urbain de l’île d’Yeu, avec une équipe organisatrice qui continue admirablement de faire évoluer un événement devenu, au fil des années, l’un des rendez-vous incontournables du printemps islais.

S’il fallait retenir une image de cette quatorzième édition, ce serait peut-être celle des applaudissements qui se sont spontanément intensifiés à l’arrivée d’une joëlette, poussée et tractée par les coureurs bénévoles de l’association HandiYeu. À son bord, un grand gaillard affichait un sourire qui en disait long sur l’aventure qu’il venait de vivre. Pendant plusieurs kilomètres, l’effort était devenu collectif : certains tiraient, d’autres poussaient, tous avançaient au même rythme. Une arrivée saluée par un public particulièrement chaleureux, rappelant que le trail ne se résume pas aux chronomètres ni aux podiums, mais qu’il peut aussi être une histoire de solidarité et de partage.

Sur l’île d’Yeu, on vient peut-être pour courir. Mais on repart surtout avec des histoires et finalement, c’est peut-être cela, le véritable esprit de ce Trail…
Valentine Lanave
Si vous avez deux minutes, donnez un peu d’amour à Neptune FM : les radios associatives ont autant besoin d’oxygène que les trailers dans la côte sauvage.
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