Vincent Roirand, dans l’ombre du pouvoir

© Valentine Lanave

Depuis l’élection de Patrice Bernard à la tête de la mairie de l’île d’Yeu, Vincent Roirand a hérité d’un portefeuille conséquent. Premier adjoint chargé notamment des finances, des ressources humaines, de la communication et de l’informatique, l’ancien entrepreneur nantais s’est imposé comme l’un des piliers de la nouvelle équipe municipale. Grain de Sel a pu le rencontrer pour un entretien exclusif :

Le regard de l’extérieur

Vincent Roirand est un paradoxe insulaire. Il se considère islais. Habitué des quais et des banquets de classes, il connaît une partie du territoire depuis près d’un demi-siècle. Pourtant, il rappelle régulièrement qu’il vient d’ailleurs. Né à Nantes, le sexagénaire découvre l’île à la fin des années 1970. À l’époque, il anime les soirées locales avec sa « disco-mobile » : « on faisait les bals avec Disco Bal et les soirées Flash 2000. » C’est également sur l’île qu’il rencontre Nathalie, celle qui deviendra son épouse et avec laquelle il aura cinq enfants. Lorsqu’il évoque l’île d’Yeu, Vincent Roirand parle des familles qui s’entrecroisent, des cousinages, des liens personnels qui débordent constamment sur la vie publique : « ici, les mêmes personnes peuvent travailler ensemble toute la semaine et se retrouver à dîner en famille le samedi. » Un constat classique pour une petite île, mais lui en revient avec l’œil de celui qui observe davantage qu’il ne participe, comme une sorte d’ethnologue amateur, qui serait plongé depuis quarante ans dans un territoire dont il continue encore à l’heure actuelle à décrypter les codes ; et c’est peut-être cette distance qui lui donne aujourd’hui une place particulière dans l’équipe municipale. Néanmoins, dans la vie comme dans le travail, Vincent et son épouse avancent ensemble et les trajectoires se confondent aussi pour le couple. C’est donc tout naturellement que Nathalie a elle aussi rejoint l’aventure politique en tant que conseillère municipale.

Du militant breton au dirigeant d’entreprise

Dans sa jeunesse, Vincent Roirand milite à l’Union démocratique bretonne : « je me suis enchaîné aux grilles de FR3 pour défendre l’unité de la Bretagne. » Le souvenir amuse aujourd’hui celui qui parle davantage de management que de militantisme. Le couple partage sa vie entre Nantes et l’île d’Yeu pendant plusieurs décennies : « la fibre a permis de travailler à distance plus facilement », explique-t-il. Une évolution déterminante pour celui qui a bâti sa carrière dans le numérique, car avant de devenir élu, Vincent Roirand est avant tout entrepreneur. Avec son épouse, il développe d’abord un laboratoire photographique avant de prendre le virage du numérique au début des années 1990 : « quand le numérique est arrivé, il fallait se réinventer. » Au fil des années, il s’oriente vers l’innovation, les nouvelles technologies et les projets liés à l’intelligence artificielle. Une passion qui ne l’a manifestement pas quitté, car le sujet revient plusieurs fois au cours de l’entretien, parfois sans que la question lui soit posée : « l’intelligence artificielle suscite énormément de fantasmes », estime-t-il. L’ancien entrepreneur suit ces évolutions depuis plusieurs années : dans ses activités professionnelles, il a participé à des projets utilisant déjà des briques d’intelligence artificielle, notamment dans le domaine culturel et muséal : « on travaillait sur des systèmes capables d’adapter automatiquement les contenus aux visiteurs. » Une technologie qui paraît presque banale aujourd’hui, mais qui relevait encore de la recherche il y a quelques années.

Pour lui, le débat actuel est souvent parasité par les peurs : « on est un peu dans la même situation qu’au début d’internet. » L’outil l’intéresse pour ce qu’il peut produire, car il parle volontiers de gains de productivité, d’automatisation de certaines tâches ou d’aide à la décision. Il nuance toutefois son propos, lorsque j’évoque la dimension sécuritaire : « aujourd’hui, beaucoup d’intelligences artificielles sont américaines. Cela pose forcément des questions. » Mais à l’écouter, l’IA n’est pas seulement une innovation technologique, c’est une question d’organisation, presque de gouvernance. Une manière de voir le monde qui lui ressemble finalement assez bien. Là où certains s’interrogent d’abord sur les conséquences humaines de ces technologies, Vincent Roirand revient rapidement aux mécanismes. Comment cela fonctionne : qui maîtrise les outils, contrôle les données, prend les décisions… Une grille de lecture qu’il applique d’ailleurs aussi bien à l’intelligence artificielle qu’à la gestion d’une collectivité : « toute l’informatique sera basée sur ces systèmes dans quelques années », prédit-il. Des préoccupations habituellement peu courantes dans un paysage politique de cette échelle.

L’homme qui a travaillé le candidat

Lorsqu’il évoque la campagne municipale, Vincent Roirand parle rarement de lui-même. En revanche, il raconte volontiers Patrice Bernard. Avant même de rejoindre la liste, il participe aux réflexions stratégiques qui entourent la candidature de son futur maire : « je ne voulais pas rentrer sur la liste car je ne me sentais pas légitime », assure-t-il. « Je ne connais pas le dixième de ce que Patrice connaît sur le territoire. » À ce moment-là, il se voit davantage comme un conseiller que comme un futur élu: « ce que j’apportais à Patrice, c’était d’essayer de retravailler son positionnement de campagne. » Pendant plusieurs mois, Vincent Roirand observe son ami avec le même regard qu’il a longtemps porté sur les entreprises qu’il accompagnait : « il fallait miser au maximum sur ses forces : sa capacité de travail, son expertise fine du territoire, son investissement conséquent. » Mais il estime aussi nécessaire de travailler certains aspects de son image : « il peut être un peu buté », reconnaît-il sans détour.

La campagne devient alors un exercice de révélation autant que de conviction : « on a retravaillé ces aspects-là pour faire une campagne tout à fait convenable. » Puis, il ajoute une phrase qui résume à elle seule sa manière d’aborder la politique : « il fallait corriger certains éléments dans l’imaginaire des gens. » Pendant l’entretien, Vincent Roirand parle souvent des habitants, des perceptions et des représentations, mais rarement des idéologies ; comme si, pour lui, une élection se gagnait d’abord sur la compréhension de ce que les électeurs pensent d’un candidat. Le futur premier adjoint s’investit progressivement dans la campagne, les réunions s’enchaînent, les échanges se multiplient et une dynamique se crée : « j’ai vu la complémentarité que l’on avait avec Patrice. » Et surtout : « j’ai vu que je pouvais me rendre utile. » Lorsque vient le soir du scrutin, l’ancien entrepreneur découvre aussi une facette de lui-même qu’il n’attendait pas forcément : « on était chauds dès le matin sur notre groupe WhatsApp. Ça bouillait. » Il rit en se remémorant l’ambiance : « c’est la première fois de ma vie que je faisais un travail pour avoir un score. » Puis admet : « il y a un esprit de compétition, c’est sûr. » Le gestionnaire méthodique laisse alors entrevoir autre chose. Le compétiteur. Celui qui a passé des mois à préparer une campagne et qui veut savoir si la stratégie imaginée produira réellement ses effets. Dans son récit, il apparaît souvent davantage comme l’architecte de campagne que comme le futur premier adjoint.

Les réseaux sociaux, terrain glissant

On pourrait s’attendre à ce qu’un entrepreneur issu du numérique fasse des réseaux sociaux un levier central de communication politique. Vincent Roirand porte un regard plus nuancé. Durant la campagne municipale, il s’y intéresse de près parce qu’ils sont devenus un espace incontournable du débat public local. Pour autant, il s’amuse presque de ceux qui pensent pouvoir les maîtriser : « les réseaux sociaux, c’est compliqué. » L’ancien chef d’entreprise connaît suffisamment les outils numériques pour savoir qu’ils obéissent à leurs propres logiques. Une publication peut produire l’effet inverse de celui recherché. Une polémique secondaire peut soudain occuper tout l’espace. Une phrase maladroite peut éclipser des mois de travail. Les réseaux offrent une visibilité inédite certes, mais ils retirent aussi une partie du contrôle : « une fois que c’est parti, ça ne vous appartient plus complètement. » Loin de l’image d’un monde parfaitement rationnel et maîtrisé, les réseaux sociaux apparaissent dans son discours comme un environnement instable, où les effets de rebond sont permanents. Une position qui pourrait paraître plutôt paradoxale pour quelqu’un issu de la tech. Mais c’est justement parce qu’il en vient qu’il peut avoir ce regard.

Résidents secondaires : une fracture politique surestimée ?

Le débat sur la supposée fracture entre habitants permanents et résidents secondaires revient régulièrement dans la vie politique locale, mais Vincent Roirand en conteste la portée réelle. Pour lui, cette lecture est largement exagérée. Dans son analyse, aucune rupture nette ne se dessine entre les deux électorats : « il n’y a pas de différence significative qui pourrait marquer le fait que nous soyons très aimés ou très détestés dans un endroit où il y a beaucoup de résidents secondaires », insiste-t-il. Plus encore, il affirme constater « autant de diversité de votes entre l’électorat des résidents permanents et l’électorat des résidents secondaires ». Au-delà des chiffres, c’est surtout la manière dont certains résidents secondaires participent au débat public qu’il retient : « Yeu M’Engage a joué le jeu démocratique de venir parler aux gens », explique-t-il, évoquant leurs interventions dans les médias. Il distingue néanmoins des attitudes plus contrastées : « on peut au moins leur reconnaître qu’ils sont entrés dans le jeu du débat pratique, et pas uniquement le 15 août », affirme-t-il, car pour lui, la ligne de fracture n’est pas entre permanents et secondaires, mais entre ceux qui s’impliquent et ceux qui restent à distance.

Cette question recoupe aussi celle de la fiscalité locale, notamment la surtaxe sur les résidences secondaires : « il faut expliquer pourquoi il y a une surtaxe », estime-t-il, tout en reconnaissant que les effets concrets de cette mesure restent encore à analyser : « pour le moment, je ne sais pas ce que l’on va pouvoir faire de cet argent car nous devons au préalable analyser précisément les comptes ». Sur le plan institutionnel, Vincent Roirand est plus catégorique encore : les résidents secondaires ne doivent pas peser autant que les habitants permanents dans les choix politiques : « non. Clairement, ils ne doivent pas peser autant », tranche-t-il. Une réalité qui, selon lui, découle simplement de la structure du corps électoral : « ils ne pèsent d’ailleurs pas autant ». Pour autant, il leur reconnaît un rôle dans l’économie locale : « l’apport des résidents secondaires en termes de contribution fiscale est quand même assez déterminant sur le fonctionnement de l’île d’Yeu », affirme-t-il. Mais il nuance aussitôt sa position en mettant en garde contre un déséquilibre à craindre : « sans résidents permanents, l’île devient un resort ». L’enjeu principal reste, selon lui, ailleurs : le logement des habitants à l’année : « aujourd’hui, la problématique est surtout de loger les résidents qui vivent ici », insiste-t-il, dans un contexte où les coûts explosent et où les bailleurs sociaux « partent en courant face aux coûts hallucinants ». Il évoque également les difficultés structurelles du secteur : « le volet logement a été très consommateur de cash à l’île d’Yeu ».

Vincent Roirand assure qu’aucune relation privilégiée n’existe à ce stade avec Yeu M’Engage, tout en reconnaissant l’existence de contacts : « on démarre, on a ouvert la discussion lors d’une première réunion depuis notre prise de fonction », explique-t-il. Les échanges devraient d’ailleurs se poursuivre au cours de l’été. Le premier adjoint précise également la chronologie de ces rencontres : durant la campagne municipale, le maire Patrice Bernard avait rencontré à plusieurs reprises les membres du collectif désormais structurée en association depuis le mois de mars dernier, afin d’échanger sur leurs propositions et leurs préoccupations. De son côté, Vincent Roirand indique ne les avoir rencontrés qu’une seule fois, « juste avant le deuxième tour de la campagne », dont il décrit les membres comme « des gens sympathiques » avec lesquels « il faut discuter ». Sur les revendications portées par cette association, il reste plus prudent, voire évasif, reconnaissant implicitement la complexité du sujet. Face aux critiques sur d’éventuels intérêts particuliers, il assume une position de régulateur : « tout à fait, ça peut se comprendre », reconnaît-il, avant de préciser que ces logiques existent « un peu partout ». Mais pour lui, le rôle des élus est clair : « il faut les ramener dans l’intérêt général, nous sommes des régulateurs, c’est notre boulot de mettre de l’ordre. Les pressions seront de pire en pire dans l’avenir », anticipe-t-il, estimant que la fonction politique devra de plus en plus consister à « ne pas céder face à la pression ».

Le premier ministre du maire

Vincent Roirand assume pleinement son rôle de numéro deux dans l’exécutif municipal, une position qu’il décrit sans détour comme un entre-deux permanent : « je suis entre le chef de cabinet et le Premier ministre ». Une formule qu’il assume d’autant plus qu’elle dit, selon lui, la réalité d’un poste où l’essentiel n’est pas de se mettre en avant mais de maintenir une vision d’ensemble : « ça ne me dérange pas d’être l’homme de l’ombre », insiste-t-il, en revendiquant une fonction d’arbitrage et de coordination, à condition de ne pas se laisser « saturer » par le flux quotidien des dossiers : « l’important, c’est de garder de la hauteur, sinon on meurt dans le détail », résume-t-il, revendiquant un pilotage par la synthèse plutôt que par l’interventionnisme direct. Chargé de délégations importantes, il occupe donc un poste en plein cœur du fonctionnement communal, au carrefour d’une grande partie des dossiers emblématiques de la municipalité. Une position stratégique qu’il assume avec pragmatisme : « j’ai vu que je pouvais me rendre utile. » Cette expression revient plusieurs fois au cours de l’entretien, comme un fil rouge; avec des leviers qu’il considère comme décisifs : « les finances peuvent être un accélérateur ou un frein ». S’il dit pouvoir formuler des propositions, il rappelle toutefois la hiérarchie politique : « c’est évidemment le maire qui décide ».

Dans une commune insulaire comme l’île d’Yeu, cette proximité permanente entre acteurs politiques, administratifs et habitants brouille aussi les lignes habituelles entre sphère privée et décision publique : « ici, 100 % des gens de la mairie vivent sur l’île », souligne-t-il, en opposant cette situation à celle de communes continentales. Une configuration qui, selon lui, complique certaines distances institutionnelles mais facilite aussi la résolution des problèmes : la connaissance mutuelle accélère les décisions, même si les relations personnelles et parfois familiales rendent les arbitrages plus délicat à gérer. Depuis peu, la stratégie de communication se dévoile et se réorganise autour de la séparation entre la parole institutionnelle de la mairie et celle du maire. L’objectif affiché consisterait à clarifier les rôles : « à partir du moment où l’on est élu, il faut qu’il y ait la parole du maire », estime Vincent Roirand, qui défend l’idée d’une expression assumée sur les orientations politiques, sans confusion avec la communication institutionnelle. Une manière, selon lui, de mieux distinguer les registres tout en renforçant la lisibilité de l’action publique. Interrogé sur le terrain de la transparence, Vincent Roirand parle d’une opération de communication : « 100 jours de mandat », marquée par une réunion publique prévue jeudi 2 juillet à 20 h au chapiteau de la Citadelle, accompagnée de la distribution d’un magazine spécial retraçant les projets engagés. À cela s’ajoutent des réunions thématiques avec des experts et des interventions sur Neptune FM, la radio locale dont la présidente Jacqueline Turbé fait aussi partie de la majorité au titre d’adjointe au social.

L’épreuve du mandat

La municipalité a lancé un audit financier destiné à établir un état des lieux précis de la situation financière communale. Une démarche qu’il justifie par les divergences apparues durant la campagne électorale. L’objectif n’est pas, selon lui, de répondre à une inquiétude immédiate mais de disposer d’une base de travail incontestable pour préparer les prochains budgets : « on n’a pas d’inquiétude particulière de notre côté, mais on va orienter l’audit pour connaître les risques dans un avenir à long terme », explique-t-il. La volonté affichée est donc moins de dresser un bilan politique que de disposer d’une photographie financière objective avant les premiers grands arbitrages du mandat. Autre défi bien identifié : les ressources humaines. Comme de nombreuses collectivités, la mairie se heurte à des difficultés de recrutement, mais avec des contraintes propres au contexte insulaire : « ça dépend dans quel secteur », nuance Vincent Roirand. Les métiers liés à l’entretien et aux services techniques sont particulièrement touchés par la pénurie de main-d’œuvre. À l’inverse, lorsqu’il s’agit de recruter des profils plus qualifiés, la difficulté est différente : « le problème réside dans la capacité des personnes, il n’y a pas forcément les compétences sur l’île ». Une réalité qui renvoie à la fois à la taille du bassin d’emploi local et aux difficultés d’attractivité rencontrées par de nombreux territoires insulaires.

Parmi les premières mesures prises depuis l’installation de la nouvelle équipe municipale, une décision se détache particulièrement à ses yeux : la mise en œuvre de la servitude de résidence principale dans le cadre de la loi Le Meur : « c’est une décision assez courageuse de notre part », estime-t-il. Conscient des conséquences administratives, juridiques et politiques qu’elle implique, il revendique néanmoins la rapidité avec laquelle la majorité a souhaité agir : « c’est quand même une fierté de la mettre en place aussi vite et de marquer le coup en faisant cela », affirme-t-il, voyant dans cette mesure un signal fort envoyé sur la question du logement des habitants à l’année. À l’inverse, le premier adjoint peine à identifier une décision ayant provoqué de véritables tensions au sein de l’exécutif municipal : « il n’y a pas eu d’éléments conflictuels, je n’en ai pas le souvenir », répond-il. Une absence de désaccord qu’il attribue surtout au contexte des premiers mois de mandat : « on est plutôt à mettre en route la machine pour le moment », résume-t-il. Et de reconnaître que la nouvelle équipe reste encore dans une phase de lancement : « nous n’avons pas encore pris beaucoup de décisions ». À l’heure où la nouvelle équipe municipale prend ses marques, Vincent Roirand parle d’organisation et de vision à long terme : « il faut baliser le terrain pour avoir une feuille de route », mais certains dossiers rappellent aussi les limites des méthodes de gestion. Évoquant la fermeture de l’Ehpad de Calypso, il reconnaît volontiers : « je me suis demandé ce que j’aurais fait à leur place. » Puis ajoute, après quelques secondes de réflexion : « j’aurais été bien dans la merde quand même. »

Entre autonomie insulaire et dialogue avec l’État

À peine installé dans ses fonctions, Vincent Roirand découvre aussi les rouages du « grand théâtre institutionnel », entre préfecture, services de l’État et réseaux d’élus locaux. Il relativise toutefois la portée de certaines rencontres officielles, à commencer par celle organisée récemment en préfecture : « j’ai effectivement croisé le préfet lors d’une réunion assez formelle qui réunissait les communautés de communes », raconte-t-il. Une rencontre davantage destinée à prendre contact qu’à annoncer des mesures concrètes : « on fait partie des 18 communautés de communes de Vendée, sur 230 communes. On rencontre de grosses organisations, cela nous permet de nous mettre en lien sur tout un tas de sujets. » Le premier adjoint y voit surtout une occasion de nouer des contacts utiles pour la suite du mandat : « il y a des projets qui pourraient s’accélérer, je pense qu’il y a énormément de potentiel », estime-t-il. Mais lorsqu’on lui demande si cette réunion a débouché sur des engagements précis concernant l’île d’Yeu, sa réponse est sans détour : « non. C’était du réseautage en fait. »

Sur la question de la relation entre l’État et les collectivités locales, Vincent Roirand se montre en revanche plus positif. Il souligne notamment les échanges avec le sous-préfet, récemment venu sur l’île : « on a quand même l’impression d’une grande proximité », assure-t-il. « Il connaît très bien nos problématiques. On sent qu’il y a un dialogue, une écoute. » Cette relation avec les institutions extérieures ne l’empêche pas de revendiquer une forte capacité d’action locale. À ceux qui s’interrogent sur le poids réel de la commune face aux réglementations nationales, il répond sans hésiter : « je pense qu’on gouverne quand même beaucoup. » Certes, reconnaît-il, « nous sommes sous de fortes tensions de réglementations », mais il estime que les marges de manœuvre demeurent importantes. Pour illustrer son propos, il compare volontiers l’île à une petite nation : « on est comme un petit pays avec ses propres logiques, sa souveraineté, son commerce extérieur… c’est du même ressort. »

« J’aimerais que l’on dise que ça a été efficace »

À l’heure où débute le mandat, Vincent Roirand se garde bien de tirer des plans sur la comète. Interrogé sur l’héritage qu’il aimerait laisser dans dix ans, il refuse toute projection : « comme on vient d’arriver, j’aurais du mal à me projeter dans dix ans. C’est impossible. » Même horizon plus proche : « on ne sait pas encore ce que les sept années de mandat vont donner, mais on travaille à ce que ce soit pas mal », glisse-t-il avec prudence. Cette retenue contraste avec sa réflexion sur le fonctionnement démocratique local. Face à ceux qui considèrent la politique municipale comme une affaire de cercles fermés, il rappelle la logique institutionnelle qui régit les communes françaises : « le système politique municipal est quand même à ultra-dominante majoritaire », analyse-t-il. « On n’est pas dans un système comme en Allemagne où il y aurait une discussion de programme avec des partis qui négocieraient ensuite un pacte de gouvernance. » Selon lui, cette organisation présente des avantages autant que des limites : « on est majoritaires donc on est au pouvoir, c’est assez binaire », résume-t-il. « On a le bénéfice d’avoir une certaine liberté d’action, mais aussi l’inconvénient d’être exposés. » Il avoue d’ailleurs une certaine sympathie pour les modèles de coalition pratiqués outre-Rhin, même s’il en perçoit les écueils : « En France, les négociations de coalition sont souvent perçues comme des magouilles. » Dans ce cadre institutionnel, il dit néanmoins chercher le consensus dès que possible : « ce que j’essaie de faire, c’est de créer du consensus sur un certain nombre de sujets en faisant adhérer les gens à nos idées », explique-t-il. « Il y a quand même des sujets, comme le social, où il n’y a aucune raison que l’on n’arrive pas à tomber d’accord. » Quant au regard qu’il souhaiterait voir porté sur son action à l’issue du mandat, sa réponse tient en un mot : l’efficacité. « J’aimerais que les habitants disent que ça a été efficace. Que le plan d’action que l’on va faire soit suivi, que ce ne soit pas un truc que l’on range dans un tiroir », affirme-t-il. Une ambition modeste dans sa formulation, mais qui résume assez bien le fil conducteur de l’entretien : faire avancer les dossiers, sans promettre plus que ce qui pourra être réalisé.

Assis dans le bureau des adjoints de l’hôtel de ville, Vincent Roirand ne parle finalement ni de conquête du pouvoir ni d’ambition politique lorsqu’il évoque sa trajectoire. Il aura volontiers raconté les systèmes,  plutôt que les hommes. Pendant près de deux heures d’entretien, il aura été question d’entrepreneuriat, d’intelligence artificielle, de communication politique et d’organisation des services municipaux, comme si le premier adjoint regardait la mairie avec les yeux du chef d’entreprise qu’il a été pendant quarante ans…

Propos recueillis par Valentine Lanave

« 100 jours de mandat », la réunion publique organisée par l’équipe M’Yeu Ensemble de Patrice Bernard, se tiendra le jeudi 2 juillet à 20 h au chapiteau de la Citadelle.

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