Oya Street Jam : quand une île devient le terrain de jeu des cultures urbaines

© Gonzal Photographiste

À l’île d’Yeu, le festival Oya Street Jam s’est construit loin des grands rendez-vous urbains traditionnels. Étienne Taraud, rider et membre de l’organisation, raconte cette aventure :

À Fromentine, le week-end commence parfois comme n’importe quel déplacement vers l’île d’Yeu. On laisse la voiture sur le continent et on embarque. Mais pour les participants du festival Oya Street Jam, ce simple trajet marque aussi un changement d’univers, car une fois arrivés sur l’île, les déplacements se font uniquement à vélo, les riders croisent les habitants et les paysages deviennent partie intégrante de leur expérience : « on est dans un cocon, très différent des événements auxquels on participe sur le continent, que ce soit en ville ou à la campagne. Les intervenants adorent le cadre de l’île et de ses paysages », résume Étienne Taraud.

Une histoire qui commence sur les routes du BMX

Pour comprendre comment ce rendez-vous a pu voir le jour sur une île de l’Atlantique, il faut revenir quelques années en arrière. Avant d’être co-organisateur avec Mathias Perrot, Étienne Taraud est d’abord rider. Les compétitions sur le continent l’amènent à multiplier les déplacements et, surtout, les rencontres : « nous avons eu envie de faire venir ces connaissances sur l’île pour leur faire découvrir notre lieu de vie, mais aussi pour que les habitants découvrent cette discipline sportive afin que tout le monde pratique ensemble. Sauf que la contrainte des tarifs de traversée en bateau et la rareté locative pour héberger tout ce monde nous ont amenés à penser de manière plus globale et collective. » Le projet change alors d’échelle. L’association Flatlantik bmx devient ainsi le support d’un événement à part entière : « ça a permis de donner de la visibilité à notre sport, donc ça a fait d’une pierre deux coups. » Le Oya Street Jam était né.

De la débrouille aux partenariats locaux

Comme beaucoup de projets construits par des passionnés, les premières éditions se font avec de l’énergie, mais pas forcément d’expérience : « il faut avouer que nous étions un peu à la rue sur le tout premier événement ! Mais on apprend de ses erreurs, heureusement ! » Depuis, l’organisation s’est structurée. Les années ont permis de nouer des partenariats avec des acteurs locaux et de gagner une certaine crédibilité sur l’île : « on a bien conscience que l’île nous permet de faire cet événement de cette manière. Si on n’était pas dans un microcosme où tout le monde se connaît, nous n’aurions pas autant de soutien. Beaucoup d’entreprises locales font partie de nos partenaires et, sans eux, on ne pourrait pas maintenir cet événement. Ça bloquerait au niveau du budget. » Derrière les deux jours de festivités, c’est donc une véritable équipe qui travaille pendant des mois. Entre 50 et 60 bénévoles sont mobilisés pendant le week-end. Mais Étienne insiste sur une difficulté moins visible. Celle du travail préparatoire : « autant on ne va pas se plaindre pendant l’événement, on a une très belle équipe de bénévoles, autant ce n’est pas forcément le cas pour tout l’aspect préparatif dans les mois qui précèdent. » Transport, hébergement, artistes, planning des bénévoles, partenariats : chacun possède son rôle. Et cette charge de travail a fini par pousser l’équipe à faire évoluer le format du rendez-vous : « c’est une grosse charge de travail et c’est pourquoi on a décidé de partir sur une biennale. C’était très prenant chaque année, ça devenait trop lourd. »

Un festival qui préfère le partage au classement

Sur le terrain aussi, les organisateurs ont fait le choix de ne pas reproduire exactement les codes d’une compétition classique. Le BMX Flat reste évidemment au cœur du rendez-vous, mais le spectacle doit rester accessible à ceux qui ne connaissent pas forcément la discipline. Le format des compétitions a donc été pensé différemment : « on a justement voulu casser les codes et rendre l’événement plus fun, tout en gardant un aspect visuel et attrayant pour le public lors des petites compétitions du samedi. » Ici, pas le traditionnel classement où seul le résultat final compte : «on a quatre vainqueurs avec un classement par critères : style, difficulté, créativité et overall. » Une manière de mettre en avant ce qui fait la richesse du BMX Flat : « la personnalité du rider et sa capacité à proposer quelque chose qui lui ressemble ». Cette volonté de sortir des sentiers battus s’est également traduite par l’ouverture progressive du festival à d’autres disciplines. Cette année, le BMX/VTT freestyle aérien fera notamment son apparition, avec trois shows de vingt minutes par jour. La trottinette Flat sera également mise à l’honneur grâce à un rider français, juge international sur les plus grandes compétitions de la discipline : « c’est une pointure, quelqu’un de très passionné. Il n’hésitera pas à prendre le micro pour expliquer sa discipline. »

« La découverte se fait dans les deux sens »

Les habitants découvrent des disciplines qui peuvent sembler impressionnantes, voire intimidantes au premier regard. Mais derrière les figures, les sauts et les performances, les organisateurs veulent montrer une culture fondée sur le partage : « on aimerait que le public retienne le côté familial et convivial de tous ces sports de rue, de glisse ou extrêmes, qui peuvent paraître violents dans les préjugés. Il existe en réalité un très bon esprit. » Étienne cite notamment une particularité qu’il considère comme essentielle. La relation entre les différents niveaux : « les pros encouragent les débutants. Malheureusement, on ne peut pas dire autant dans les autres sports. » Pour lui, cette solidarité est liée à la place encore relativement marginale de ces disciplines : « c’est un des gros points forts des catégories de niche de ces sports qui n’ont pas encore été trop mangés par l’argent. Et c’est aussi pour ça qu’on peut faire venir de grosses stars de notre discipline. D’ailleurs, le travail paie toujours, du moment qu’on pratique son sport sans forcément se dire “je veux être le meilleur.” On progresse par plaisir. Et se déplacer sur des événements pour rencontrer du monde, ça donne de la motivation. »

Des champions, des bénévoles… et parfois un invité surprise

Au fil des éditions, les organisateurs ont aussi compris qu’un festival ne se construit pas uniquement avec un programme. Il se construit surtout avec les rencontres. La plupart des riders et intervenants invités sont d’ailleurs des connaissances faites sur d’autres compétitions. L’organisation leur offre les repas et le logement, et certains arrivent même une journée en avance pour profiter de l’île : « ils passent un super week-end, ils découvrent, ils aiment ce qui se passe, l’ambiance avec les gens sur l’île et les bénévoles. Certains voient même l’Oya Street Jam comme un de leurs événements préférés, aussi peut-être parce qu’on est moins axés sur le côté compétition. » Et lorsqu’on demande à Étienne de se souvenir des moments les plus improbables, les anecdotes ne manquent pas. Il y a ce rider en monocycle arrivé totalement par hasard alors qu’il était en vacances sur l’île. Les organisateurs lui proposent de faire une démonstration. Après quelques figures, ils apprennent qu’il est… double champion du monde : « c’était vraiment fun parce qu’on ne s’y attendait pas du tout ! » Il y a aussi l’histoire du slackliner qui, après avoir déplacé son installation jusqu’au port un dimanche soir, s’endort de fatigue dans le bateau du lundi matin et se réveille… à l’île d’Yeu : « il avait eu le temps de faire l’aller-retour ! Il a dû reprendre un billet pour faire un troisième passage pour retourner sur le continent. » Et puis il y a les histoires qui dépassent complètement le cadre du sport. Une amie des organisateurs a rencontré un rider Brésilien pendant le festival. Ils se sont mariés depuis. Des histoires un peu improbables, mais qui disent quelque chose de l’événement : les gens viennent pour rider, mais repartent parfois avec bien plus.

Des styles venus de partout

Le langage du BMX Flat change selon les pays et les continents. C’est pourquoi l’organisation cherche chaque année à faire venir de nouvelles nationalités : « on découvre un autre panel de figures, de combos et de styles très différents. » Le festival Oya Street Jam devient ainsi une petite fenêtre ouverte sur une scène internationale, tout en restant ancré sur une île du Ponant. Un paradoxe qui fonctionne. Les riders viennent de loin, mais l’événement conserve malgré tout une dimension familiale. Alors comment décrire une ambiance aussi particulière ? Étienne accepte de passer par le portrait chinois : si le festival Oya Street Jam était une musique, ce serait « un son cool et apaisant, qui colle à l’esprit, du reggae par exemple », si c’était une odeur « un mélange de sueurs et de hot-dog », une image « des sourires », une sensation « la douleur des aiguilles du tatoueur »… Derrière l’humour, on retrouve les différentes facettes du festival. Le sport, la fête, les rencontres, mais aussi cette volonté de proposer quelque chose de suffisamment ouvert pour que chacun puisse y trouver sa place.

Et après ?

L’événement est désormais devenu dans le calendrier insulaire le festival de clôture de la saison estivale. Une manière de « finir l’été en beauté », mais aussi une responsabilité pour l’équipe qui doit déjà réfléchir à la suite, car le lieu qui a accompagné une grande partie de l’évolution du festival ne pourra probablement pas rester éternellement dans sa configuration actuelle : « le chapiteau n’est pas voué à rester. On avisera en fonction de ce qui se passe, au moment voulu. » Et ce ne sera pas la première fois que l’Oya Street Jam devra se réinventer. Il a déjà changé de spot entre sa première et sa deuxième édition. Il a aussi su progressivement intégrer de nouvelles disciplines, accueillir toujours plus de nouvelles têtes et fait évoluer son format. Son avenir reste donc encore à écrire : « ce qui nous anime encore aujourd’hui, ce sont les retours très positifs des riders et de la population locale, car la découverte se fait dans les deux sens. » Étienne évoque alors les enfants fascinés par les figures, mais aussi les personnes plus âgées : « mettre des étoiles dans les yeux aux gamins, et même des personnes retraitées, ça fait vraiment plaisir. Le BMX Flat est issu d’une culture qui ne fait clairement pas partie de leur génération, mais apparemment on arrive quand même à capter un public large et c’est tant mieux ! » Un très bon résumé de ce qu’est le festival Oya Street Jam. Pas seulement une compétition. Pas seulement un festival de cultures urbaines. Pas seulement un rendez-vous pour les passionnés de BMX. Mais un endroit où les mondes se rencontrent.

À l’île d’Yeu, le festival Oya Street Jam ne cherche pas simplement à faire du bruit. Il cherche à créer du lien. Et c’est probablement ce qui explique pourquoi, édition après édition, riders, bénévoles et habitants ont autant de plaisir à s’y retrouver…

VL

© Gonzal Photographiste

INFOS PRATIQUES

6e édition du festival Oya Street Jam
Samedi 12 & dimanche 13 septembre 2026

Fort de Pierre-Levée – la Citadelle, île d’Yeu
Entrée gratuite

Samedi : 10 h → 2 h
Dimanche : 11 h → 19 h

Au programme : BMX Flat, BMX/VTT freestyle aérien, trottinette Flat, slackline, hip-hop, break dance, tatouage, graffiti, concerts, DJ sets, initiations, animations et restauration sur place. Plus d’infos sur la page Facebook de l’association Flatlantikbmx !

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