CHRONIQUE
par Jérôme Mély
C’est le mois de novembre et comme tous les ans, nous allons voir pousser quelques poils sous le nez des messieurs. Pour celles et ceux qui ne sont pas encore au parfum de cette coquetterie automnale, sachez qu’elle se nomme Movember, mot valise contraction de Moustache et November, et a pour but de sensibiliser à deux cancers typiquement masculins. Et qui touchent la prostate et les testicules. Et également aux problèmes de santé mentale chez les hommes.
Nous l’avons déjà signalé le mois dernier pour Octobre Rose, la recherche a vraiment besoin d’argent, donc encore une fois, n’hésitez pas à donner à des associations de lutte contre le cancer, pour la recherche médicale ou à des hôpitaux spécifique comme l’IGR ou l’institut Curie (nous mettrons quelques liens en fin d’article). En mars, nous remettrons une couche, si j’ose dire, pour le cancer colorectal. Mais novembre n’est pas que le mois des cancers masculins, c’est aussi le mois sans tabac. Nous allons donc faire un rapide tour d’horizon de ces trois cancers…
Commençons par celui qui entraine le plus de décès : le cancer du poumon avec 22% des décès par cancer chez l’homme (première cause) et 15% chez la femme (en deuxième cause) derrière le cancer du sein, avec un total de 31.167 décès sur 164.314 cas de cancer en 2023 (18,96%), et en gros 50.000 cas de cancer du poumon détectés, donc un taux de décès d’environ 62%, si on est touchés.
Le cancer du poumon, n’est pas uniquement lié au tabac bien sûr, mais sa consommation est un facteur qui aggrave lourdement le risque. Il serait responsable de 9 cancer du poumon sur 10 chez l’homme et de 7 sur 10 chez la femme. L’arrêt du tabac est une chose compliquée, et c’est souvent après plusieurs tentatives que l’on y arrive. Alors, un petit message à celles et ceux qui ont essayé et n’ont pas réussi, ou bien qui n’ose pas essayer par peur que ce soit difficile ou que cela n’aboutisse pas: ne vous découragez pas, oui c’est difficile, oui cela demande plusieurs tentatives mais un jour, on bazarde nos petits bâtons de nicotine. Et bonne nouvelle, un programme pilote de dépistage se met en place. Ce dépistage qui, pour le moment, concerne 5 régions (dont les Pays de la Loire) est destiné aux personnes entre 50 et 74 ans. Il permet de réduire de 20% la mortalité: combiné à un arrêt accompagné du tabac, la réduction atteint 38%. Si des gens veulent participer à ce programme pilote, vous pouvez appeler le 3433 ou suivre ce lien. Le programme de détection précoce lié à un arrêt du tabac redescendrait aux alentours de 38% de risque de décès. Et si tout le monde arrête, le risque de choper le crabe diminue de moitié, après 10 ans d’arrêt. Alors n’ayez pas peur essayez, essayez encore, et encore, ne vous découragez pas. Comme disait le professeur Shadoko: en essayant continuellement, on finit par réussir.
Mais passons maintenant au cancer de la prostate, deuxième cause de décès par cancer chez les hommes (10%), soit 9002 décès en 2023. Là, des protocoles de dépistages existent: toucher rectale, dosage PSA, scanner et biopsies. Il y a du pour et il y a du contre, si vous avez plus de 50 ans ou si il y a eu des précédents dans votre famille, parlez en avec votre médecin traitant, c’est la personne la plus à même de vous aider à évaluer le rapport bénéfice / risque.
Dans les bénéfices, indiscutablement, un détection précoce accroit la possibilité d’agir face à un cancer de faible ampleur, pas ou peu invasif. De plus, c’est souvent un cancer à évolution lente. Et dans bon nombre de cas, la mise en place d’un protocole de surveillance active suffit à éviter ou retarder des techniques curatives invasives.
Dans les inconvénients il y a un risque de sur-diagnostique, avec la détection de cancer qui n’auraient pas évolués pendant la vie du patient, à évolution lente (dans ce cas, le protocole de surveillance active peut être mis en œuvre); un risque de surtraitement également, (qui pourrait être évité avec le protocole de surveillance active) et qui comprend des interventions (chirurgie, radiothérapie) avec des effets secondaires: incontinence (c’est embêtant pour un insulaire d’être incontinent “un continent”), troubles sexuels (perte d’érection), pour des traitements de petites tumeurs; un risque de stress aussi: la suspicion peut entrainer anxiétés et examens répétés.
Donc il est important de parler avec son médecin. Lorsque des première étapes de dépistages sont faites, en reparler et peut être consulter un ou deux urologues pour éclairer les décisions afin de se rassurer. Ce qu’il ne faut surtout pas faire, c’est cacher la poussière sous le tapis, ne pas évoquer le sujet avec son médecin traitant: la peur n’évite pas le danger.
L’exposition aux pesticides à un impact estimé entre 7 et 13% pour l’ensemble de la population, le risque est largement plus élevés pour les personnes travaillant dans la production de pesticides et chez ceux qui les appliquent comme les agriculteurs ou voisins d’exploitation agricoles. Une étude de l’Université de Stanford aux USA fait apparaitre un lien entre 22 pesticides et le cancer de la prostate, dont 4 seraient associés à la mortalité du cancer de la prostate : 3 herbicides (la trifluarine, le cloransulam-méthyl et le difluenzopyr) et un insecticide (le thiaméthoxame). Leur utilisation n’est pas interdite en Europe…
Il y a une assez bonne nouvelle sur le plan du lien cancer et pesticides : l’université Aix-Marseille vient d’inclure dans le cursus des étudiants en oncologie une formation obligatoire sur les causes environnementales du cancer. Espérons que cela fera des émules dans les autres universités!
Enfin le cancer des testicules, la on a du bol: il est rare (1 à 2% des cas de cancer chez l’homme, dont 85% des cas entre 15 et 49 ans, c’est le cancer le plus fréquent sur cette tranche d’âge). Son taux d’incidence est croissant, passant de 3,4/1000 à 6,7/1000 entre 1980 et 2000. On constate des variations géographique, ce qui laisse à penser que des facteurs environnementaux ont un rôle, les hypothèse se tournent vers une exposition aux perturbateurs endocriniens et les pesticides en période prénatale. Il est peu létal en 2018 (86 décès sur 2769 cas). Le diagnostique se fait via palpation, puis, si détection d’une masse anormale: échographie voire, IRM.
Enfin la santé mentale, c’est un sujet trop souvent tabou dans la population « mâle ». De vieux clichés font que si on est un homme, on est forts, on ne pleure pas, nos problèmes, qu’ils soient d’ordre psychique ou physique, ne regardent que nous, que ce n’est pas la peine d’en parler, alors on en parle pas. En fait, je crois plutôt que nous avons peur d’étaler nos faiblesses, que nous craignons le traitement et surtout, le jugement des autres, de notre entourage et de nos proches. Alors, un seul et unique remède: s’ouvrir. C’est évidemment plus facile à dire qu’a faire: un poids éducatif pèse sur nos émotions, notre image et notre ego. Parler du sujet lors de Movember, c’est déjà un premier pas pour la santé mentale et pour des cancers touchant à des symboles de notre virilité…
Si on souhaite aider la recherche, quelques sites, (liste non exhaustive), qui pourraient recevoir vos dons (ils sont défiscalisables, à hauteur de 66%: donc 120,00 € (10,00 € par mois) ne vous coutera que 40,80 € :
Ligue contre le cancer : https://don.ligue-cancer.net/
Fondation ARC : https://donner.fondation-arc.org/
Institut Gustave Roussy : https://soutenir.gustaveroussy.fr/
Institut Curie : https://aider.curie.fr/
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