Réunie le 29 juillet, l’assemblée générale extraordinaire de la SCCI Terres Islaises a voté sa dissolution. Créée en 2018 pour contribuer à la sauvegarde du foncier agricole de l’île, la coopérative n’aura finalement pas réussi à trouver les moyens de donner corps à son ambition. Une décision qui marque la fin d’un projet collectif porté par plusieurs dizaines de coopérateurs.
La décision a été actée le 29 juillet au terme d’une assemblée générale extraordinaire : la SCCI Terres Islaises va être dissoute. Sur les quelque 140 membres que compte aujourd’hui la structure, 35 représentants étaient présents ou représentés lors de cette assemblée. La dissolution venait conclure une réflexion engagée depuis plusieurs mois sur l’avenir de la coopérative. Dans son rapport, la gérance dressait le constat d’une structure « au point mort », avec une question devenue cruciale : Terres Islaises avait-elle encore les moyens et les conditions nécessaires pour poursuivre sa mission ? Créée en 2018, la SCCI avait pour vocation de contribuer à la sauvegarde du foncier agricole de l’île et d’accompagner les agriculteurs dans leurs projets. Au cours de son existence, elle a pu soutenir quelques initiatives, notamment par le financement de branchements aux réseaux ou des opérations de défrichage et l’acquisition d’un nombre très restreint de parcelles mises en location. Mais sa vocation première n’a que peu été mise en œuvre.
L’accumulation d’obstacles
Au fil des échanges, plusieurs difficultés ont été mises en avant pour expliquer cette situation. La première est financière. Avec des moyens limités, la coopérative ne disposait pas des ressources nécessaires pour porter des opérations d’ampleur. Elle comptait toutefois encore 145 coopérateurs, détenant 223 parts sociales, et disposait d’une trésorerie proche de 20 000 euros. Autre difficulté : l’impossibilité pour la commune de l’île d’Yeu d’entrer au capital de la SCCI. Terres Islaises n’est pas parvenue à faire reconnaître auprès des services de l’État la légalité d’une prise de parts par la municipalité. La préfecture considérait que la participation d’une collectivité publique dans une coopérative nécessitait le recours au statut de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). La piste d’une délégation de la gestion des terres agricoles communales à Terres Islaises, notamment par le biais de baux emphytéotiques, a elle aussi été abandonnée. Se posait notamment la question des moyens financiers nécessaires pour construire et garantir la pérennité de bâtiments professionnels agricoles. À cela s’ajoutent les difficultés liées à l’application de la loi Littoral. Pour la gérance, l’incertitude juridique qui pèse sur les possibilités de construction de bâtiments agricoles suffisamment adaptés aux besoins des exploitations constitue un frein important au développement de l’agriculture sur l’île.
Une mobilisation insuffisante ?
Les membres de la coopérative ont également reconnu une difficulté interne : le faible investissement des agriculteurs et, plus largement, un manque de dynamisme des sociétaires eux-mêmes. Le projet de rachat de la serre des Pieds sur Terre a notamment été cité comme exemple, qui n’a pas réuni la majorité des votes lors de l’assemblée générale du 29 décembre 2025. Cette opportunité de soutenir des paysans sur l’île n’avait donc pas été saisie. Pour autant, le constat dressé lors de l’assemblée ne signifie pas que les projets agricoles manquent sur l’île. Des candidats pourraient être intéressés, mais les conditions d’accueil et d’installation ne seraient pas aujourd’hui réunies pour leur permettre de s’inscrire durablement dans le territoire. La question de la gestion des terres agricoles communales restait d’ailleurs posée : n’était-il pas préférable de la confier directement au Comité de développement de l’agriculture (CDA) qui dispose d’un salarié ? Une interrogation qui souligne aussi le risque de doublon entre les deux structures.
« On voulait l’autonomie, dans l’esprit soixante-huitard »
Au-delà des difficultés administratives, financières et réglementaires, la dissolution met surtout un terme à une certaine conception du collectif. L’un des enjeux du projet était de permettre aux habitants et acteurs du territoire de se regrouper pour acquérir et préserver ensemble du foncier agricole quelles que soit les évolutions des municipalités au fil des élections : « on voulait l’autonomie, dans l’esprit soixante-huitard », résume l’un des participants aux échanges. La coopérative laisse néanmoins derrière elle des terrains acquis au cours de son existence. La dissolution intervient également dans un contexte de changement pour la gouvernance de la structure. Dans un courrier adressé aux coopérateurs le 11 juillet, Renan Pointeau indiquait qu’il ne souhaitait pas renouveler son mandat de gérant. L’apiculteur, actuellement installé en Nouvelle-Zélande, expliquait cette décision par les difficultés qu’il rencontre pour vivre à temps plein de son élevage de reines d’abeilles à l’île d’Yeu. Il évoquait notamment les canicules estivales, les ravages du frelon asiatique, la réduction des parcelles naturelles fleuries et les difficultés liées à l’expédition des abeilles. Il soulignait également ne plus pouvoir assurer son implication sur place et estimait que le rapprochement, voire le doublon, entre les activités de la SCCI et celles du Comité de développement de l’agriculture ne justifiait plus son engagement à la gérance. Il précisait toutefois rester coopérateur de Terres Islaises.
Une page se tourne
Sur le plan financier, l’exercice 2025 s’est soldé par une perte de 1 483,23 euros. La coopérative ne présentait cependant aucune dette envers des tiers et disposait encore de 19 445,63 euros sur son compte courant au 31 décembre 2025. Mais au-delà des chiffres, c’est bien l’absence de perspective qui aura finalement emporté la décision. Dans son rapport, le conseil de gouvernance et le gérant proposaient eux-mêmes de mettre fin à la SCCI, considérant qu’il fallait choisir entre une redynamisation, devenue difficile à envisager, et la fin de l’aventure. Le vote du 29 juillet aura donc tranché : Terres Islaises s’arrête. Elle sera effectivement dissoute une fois ses actifs liquidés. Reste désormais la question de ce que deviendront les biens acquis et, plus largement, de la manière dont pourra être poursuivi l’objectif qui avait présidé à la création de la coopérative : préserver du foncier agricole et permettre à de nouveaux projets de prendre racine sur l’île d’Yeu. Sur ce point, les sociétaires semblent en accord : « nous poursuivrons notre action au travers du CDA, qui sera notamment impliqué dans la mise en place du PLU ».
VL
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