Janine, à la Galerie Blanche éphémère

Janine Bonamy à la Galerie Blanche éphémère, Août 2026. © Sarah Meneghello

Il ne reste que quelques jours pour découvrir l’exposition collective de la Galerie Blanche éphémère et les univers de Johan Baggio, Steve Dehoux, Olivier Kosta-Théfaine, Sandrine Leleu, Judith Mourgue, Colombe Oh, Alain Schmidt (avant fermeture le 30 août, un finissage est organisé en soirée vendredi 28). La doyenne, Janine Bonamy, y participe pour la seconde fois. Nous avons visité son atelier à cette occasion.

Fine observatrice des animaux et des humains, Janine Bonamy sculpte avec des fils d’acier et du papier mâché, divers bestioles et personnages qu’elle peint ensuite. Un univers naïf qui joue malicieusement avec le merveilleux.

Pas si bête

Dans son atelier, un hérisson attend ses derniers piquants. Sa maison bruisse de mille vies, avec des sculptures partout, sur les meubles, les poutres, dans l’embrasure des fenêtres. Le cygne nous fait de l’œil ! Ses poulettes caquettent presque, son matou pourrait cohabiter avec son hibou, mais ses sardines ont l’air de sacrées coquines et la sauterelle se ferait volontiers la belle… Son bestiaire est cocasse : « Oiseaux, poissons et insectes sont une inépuisable source d’inspiration », précise l’artiste.

© Sarah Meneghello © Galerie Blanche éphémère

Encore plus haute en couleurs, sa galerie de personnages est décalée à souhait : si ses sirènes semblent désenchantées, ses acrobates virevoltent. La dame ne se cantonne pas à l’univers maritime. Elle aime les extravagants, les gens différents, exprime de la tendresse pour les saltimbanques. Son orchestre de grosses dames évoque Fernando Botero, qu’elle admire. Sa pièce maîtresse de l’exposition du moment, le danseur de tango, nous emporte volontiers vers des ailleurs insoupçonnés.

Humour, poésie, modernité

Mais comment fait-elle Janine pour transfigurer ainsi le réel ? Déjà, la matière brute et organique du papier mâché confère à ces humains une allure grotesque. Ensuite, elle s’inspire de recueils, souvent en lien avec les arts populaires, dont elle aime les motifs colorés. Elle a aussi l’art et la manière de restituer les mouvements. Même la nature morte, qui trône sur son buffet, regorge de vie. Janine a le sens du détail : « Je commence par les yeux, le miroir de l’âme », précise-t-elle. Des détails qui font mouche !

© Sarah Meneghello © Galerie Blanche éphémère

L’adresse est directe, sans doute grâce à la sincérité du geste. Janine Bonamy aime accrocher le regard, sans pour autant faire de concession. Faire joli n’est pas son objectif. Derrière son apparente élégance, la dame a l’œil qui frise et un humour piquant. Mine de rien, sa démarche est moderne. Dans son atelier, les matériaux attendent d’être transformés : « Je fais de la récupération pour donner forme à mes créatures, mais les contraintes de la vie font que je doive souvent m’y reprendre à plusieurs fois. Ces étapes modifient parfois mon idée initiale et je me laisse surprendre ».

L’enfance de l’art

Janine Bonamy a toujours « bricolé ». Modeste, elle ose à peine parler de « création ». Or, chacune de ses pièces est une œuvre à part entière. Longtemps dans l’ombre de son mari, Philippe Bonamy, peintre fameux, elle a attendu la cinquantaine pour s’affirmer comme artiste, elle aussi. Pourtant, elle avait fait les Beaux-Arts de Nantes, commencé comme étalagiste dans des vitrines nantaises et parisiennes, fabriqué des bijoux, fait de la décoration : « Digne représentant de la Jeune Peinture, mon mari souhaitait que je l’accompagne partout. Or, il a beaucoup exposé aux Salons d’Automne à Paris, au Musée Galliera et jusqu’aux États-Unis », raconte-t-elle.

© Sarah Meneghello

Une vie trépidante qui lui laisse peu de répit. Quand elle conçoit sa première poule, c’est pour épater ses petits-enfants. Sa noce, 22 personnages, observés par une figure locale, Marcel, représenté à la même échelle, égaye la cérémonie de sa fille. D’ailleurs, dommage que la municipalité de l’époque ait décliné son offre de don pour la salle de mariage… En attendant, depuis le haut d’une armoire, le cortège semble en route pour le galetas, juste en face.

© Sarah Meneghello

Encouragée par ses proches, des acheteurs, parmi lesquels plusieurs collectionneurs, Janine Bonamy commence par exposer à domicile, puis dans la boutique d’antiquités de Marie Benoît, à Saint-Sauveur, ensuite à la Galerie Pélagie de Port-Joinville, qui a longtemps eu son exclusivité. « J’ai commencé cette activité en loisirs, sans avoir l’intention de vendre, mais la demande est là, on me fait des commandes. Alors, je continue, tant que je peux », dit-elle presque étonnée d’un tel engouement.

Sculpter le vivant

Depuis 2025, Janine Bonamy expose en effet au bout de sa rue : « Colombe Oh se démène pour valoriser l’art contemporain. Elle me fait l’honneur de côtoyer des artistes singuliers. Cela me stimule puisque, pour cette occasion, j’ai créé plusieurs pièces de formats diversifiés, comme une guirlande de petits poissons », témoigne-t-elle.

© Sarah Meneghello © Galerie Blanche éphémère

« La sculptrice y rencontre beaucoup de succès », précise la galeriste. « Des aficionados ont pu ainsi compléter leur collection. D’autres découvrent son travail, même si Janine expose ailleurs depuis longtemps. Les gens apprécient la poésie qui se dégage de son travail, mais aussi la précision anatomique ». À Saint-Sauveur, ici et là, on repère en effet d’autres pièces, derrière quelques fenêtres.

© Sarah Meneghello

Décidément, Janine Bonamy a un insatiable appétit de créer. Ses mains sont agiles, l’esprit est vif. Et quelle énergie ! Le goût du beau, elle le cultive aussi dans son terrain, au jour le jour. Car ce magnifique jardin, elle le sculpte aussi, à sa façon, plutôt à l’anglaise. Malgré la profusion, une harmonie se dégage naturellement. La variété, ainsi que l’accord des coloris et des matières végétales, l’équilibre des volumes, témoignent d’un vrai savoir-faire. Admiratifs, les passants s’arrêtent. Un peintre aimerait poser son chevalet. Les photographes n’y résistent pas. Depuis les années 60 qu’elle a posé ses valises ici, cette artiste n’en finit vraiment pas de nous enchanter.

Sarah Meneghello

Galerie Blanche éphémère : 2, 𝗋𝗎𝖾 𝖭𝗈𝗍𝗋𝖾 𝖣𝖺𝗆𝖾 𝖽𝖾 𝗅𝖺 𝖡𝗅𝖺𝗇𝖼𝗁𝖾. Ouvert tous les jours de 10h à 13h et sur rdv. Plus d’infos : https://www.instagram.com/galerieblancheyeu

Views: 265

4.7 3 votes
Évaluation de l'article
1 Commentaire
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Danis
25/08/2026 1:49 pm

Très joli et très juste article sur une merveilleuse artiste

Prénom
Martine