La science quitte les laboratoires et prend le large

© Nico - Club Photo Yeu

Et si, pendant quelques jours, on arrêtait de croire que la science se pratique forcément en blouse blanche, derrière une paillasse, avec des lunettes sérieuses et un air concentré ? À l’île d’Yeu, la science préfère les embruns, les plages, les enfants curieux, les discussions qui s’éternisent et les questions auxquelles on ne sait pas toujours répondre tout de suite.

La Fête de la Science revient sur l’île et, cette année encore, elle promet de mettre quelques grains de sable dans les rouages de nos certitudes. Au programme : archéologie, climat, érosion, biodiversité, goût, sciences citoyennes, controverses, chimie, expériences pour les petits, enquêtes pour les grands… Bref, de quoi rappeler que la science n’est pas un monde à part. Elle est déjà là, partout autour de nous.

Sur la plage de Ker Châlon, par exemple, il suffira de marcher un peu pour remonter le fil de l’histoire. Avec l’archéologue Annabelle Chauviteau-Lacoste, les traces du passé deviennent autant d’indices pour comprendre ce que l’érosion côtière est en train de transformer sous nos yeux.

Ailleurs, le Village des Sciences installera ses quartiers au Pôle culturel. On pourra y rencontrer celles et ceux qui observent, mesurent, cherchent, expérimentent et tentent de comprendre l’île et les milieux qui l’entourent. AMIRALE, AME, CDA, ODySéYeu, Office français de la biodiversité et autres acteurs de la recherche seront là pour partager leurs travaux. Une bonne occasion de découvrir ce qui se cache derrière des mots parfois intimidants comme « données », « biodiversité », ou « changement climatique ».

Et puis il y aura les sciences citoyennes. Eh oui, pourquoi laisser les scientifiques discuter tout seuls dans leur coin ? Depuis plusieurs années, l’île est devenue un véritable terrain de recherche sur l’érosion côtière, le changement climatique, les eaux, les sols, la pollution ou encore la sismicité. Ne pas considérer les habitants comme de simples spectateurs car ils vivent, ils observent, ils savent et s’interrogent eux aussi. Et parfois même, ils râlent, ce qui peut constituer une forme particulièrement énergique de participation citoyenne, mais tout de même contributive.

La Fête de la Science proposera donc de discuter de ce que pourrait être un véritable territoire de « sciences citoyennes », où chercheurs et habitants construisent ensemble les questions qui concernent leur environnement. Et puisque la science n’a jamais vraiment été conçue pour éviter les débats, un atelier invitera également à s’intéresser aux controverses qui traversent l’île. Comment distinguer un désaccord, une controverse, une opinion, un fait ? Comment mieux discuter lorsqu’on ne pense pas la même chose ? Autant de questions qui risquent de parler à plus d’un insulaire.

Mais la science sait aussi se montrer gourmande. Il sera notamment question des huîtres, de leur histoire et de ce mystérieux petit goût iodé qui transforme une simple coquille en sujet d’étude presque métaphysique. Des Gallo-Romains à nos jours, archéologues et ostréiculteurs croiseront leurs regards pour tenter de comprendre comment terroirs, techniques d’élevage et affinage ont façonné ce que nous retrouvons aujourd’hui dans nos assiettes. Eh oui, manger des huîtres, c’est aussi faire de la science. Voilà enfin une bonne nouvelle pour tous ceux qui avaient besoin d’une justification intellectuelle à leur prochain plateau de fruits de mer.

La programmation fera également une place à l’image et à la création avec Rendez-vous à OK Cabane, une série de tableaux scientifico-romantiques imaginée dans un contexte où les îles, elles aussi, commencent à sentir qu’elles n’ont pas forcément été conçues pour rétrécir. Une manière décalée de parler du réchauffement climatique, avec un cowboy du littoral, de l’humour et quelques vérités qui piquent davantage que le vent de nord-est.

Les enfants, eux, n’auront évidemment pas été oubliés. Lectures autour du goût et des saveurs pour les tout-petits, expériences colorées pour les jeunes scientifiques, manipulations permettant de découvrir des phénomènes physiques et chimiques… La curiosité pourra se pratiquer dès le plus jeune âge : on a le droit de toucher, d’essayer, de se tromper et surtout de demander « pourquoi ? ».

Et pour celles et ceux qui préfèrent résoudre des énigmes plutôt qu’écouter des conférences, la Gigogne Box transformera le pôle culturel en terrain d’enquête. Des confins de l’Arctique aux plages de l’île d’Yeu, cet escape game scientifique permettra aux équipes de remonter la piste du changement climatique. Une enquête pour les jeunes de 10 à 110 ans !

Pendant trois jours, la science ne sera donc pas cantonnée aux livres, aux universités ou aux laboratoires. Elle sera dehors, dans les salles, sur le sable, au milieu des discussions et, surtout, à portée de curiosité. Alors venez avec vos questions. Même les mauvaises. Surtout les mauvaises, d’ailleurs : ce sont souvent les meilleures. Et si en repartant de la fête, vous regardez l’île avec un peu plus de questions qu’en arrivant, ce ne sera probablement pas un échec. Ce sera même plutôt bon signe…

VL

Pour plus d’infos, notamment sur les jours et horaires des activités proposées, cliquez ici !

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