PORTRAIT
par Sarah Meneghello
Chauffeur VTC, Guy Bernard assure des déplacements pour les particuliers. On sait moins que cette figure locale propose des tours de l’île commentés. Avec talent.
Tout commence par une banale course : aller chercher des gens à l’arrivée à Port-Joinville. Sauf que la suite prend un tour insolite ! À peine débarqués, les passagers entament une plongée singulière, en compagnie d’un fin connaisseur de l’île. Et pour cause, il est né ici : « Quand j’étais petit, j’aimais bien aller sonner la cloche au bout de l’estacade, quand le vapeur arrivait. Aujourd’hui, certains se plaignent du bruit sur le port, sauf que ça n’a rien à voir avec l’ambiance de cette époque. Quand j’avais 16 ans, je travaillais à l’usine de thon Amieux afin de payer mes études, mais ce n’était pas la seule. À l’arrivée des bateaux, les sirènes appelaient les femmes, pour l’embauche. Sur les quais, les marins criaient fort. Je ne parle pas du chantier naval ! Et le facteur, surnommé Crapouillot, donnait aussi de la voix en distribuant le courrier, avec son tambour ».
Le t(h)on est donné ! Toutes ces années après, Guy Bernard continue d’accueillir les visiteurs. Sans tambour, ni trompette ! Il n’empêche, dans l’habitacle de son « carrosse », il crée une sacrée animation. Faut dire que sa vie est un roman d’aventures ! Guy Bernard a beaucoup baroudé avant de revenir poser ses valises sur l’île. Parti très tôt vivre sa passion – le théâtre – il jouera dans 80 pièces, donnera 800 représentations de son spectacle jeune public Cloclo le clochard, soit 30 000 km au compteur du corbillard, acheté pour une tournée qui le mène, avec son régisseur, en Italie, Espagne, Maroc. Entre autres, car formé à la comptabilité, il crée parallèlement, dans les années 80, des marchés de spectacles, à Dunkerque et Montpellier, avant d’inviter des programmateurs sur l’île.

Bien plus tard, après moult péripéties, l’Islais décide de revenir passer sa retraite à L’île d’Yeu : « Comme j’ai besoin que ça bouge, de voir du monde, d’échanger, j’ai voulu lancer une activité utile », précise-t-il. Il décide donc d’entamer une formation de chauffeur VTC en vue d’obtenir la licence Uber France. Et il relève le défi haut la main. À 74 ans, il démarre un nouveau métier. L’arrivée de ce type de course était une révolution sur l’île. Depuis, une seconde conductrice de ce type s’est lancée.
Comme au théâtre !
Guy Bernard se concentre sur des services adaptés à son véhicule : les sorties de loisirs, les navettes de mariages, les dépannages de toutes sortes : « Les infirmières m’appellent Uber bobo car je ramène chez eux les blessés déposés par les pompiers à l’hôpital ». Une course urgente, un rendez-vous médical, chez le vétérinaire… « Les anciens apprécient particulièrement mes services. Un jour, au tout début, ils m’ont applaudi, dans les rues du bourg », s’amuse-t-il.

Sans doute, Guy Bernard trouve-t-il ainsi, encore le moyen de se mettre en scène ! Et il ne manque pas d’idées pour innover. En effet, les échanges avec ses clients lui donnent envie de développer une activité complémentaire : des tours de l’île commentés. Finies les planches ! Pas de rideaux, ni de coulisses, mais dans le cadre somptueux de l’île, le chauffeur emmène alors les gens sur son vaste terrain de jeu.
Dans son élément, il partage ses connaissances et son vécu, hors du commun : « Ici, il y a beaucoup de surnoms et on hérite souvent de celui de ses parents », explique-t-il. « On appelait mon père casse bras, parce qu’il était très fort. Pourtant, les marins m’ont renommé la couleuvre car, jeune, je dansais le Djerk, en me tortillant, les bras en l’air ». S’il ne danse plus, il chante, ou plutôt, il nous fait reprendre en chœur le répertoire insulaire.
Hors des sentiers battus
L’Islais aime se distinguer : il existe bien les visites guidées de l’Office de Tourisme, mais c’est souvent à pied et thématique. Parmi les formules itinérantes, le Petit Train propose une excursion (commentaires enregistrés), sur un circuit comprenant trois arrêts, comme le Petit Car de l’Île d’Yeu, qui reprend un parcours identique, sauf la Pointe des Corbeaux qui remplace celle du But (soit 2 h 30).

Quant à Guy Bernard, il s’adresse à des petits comités dans un véhicule confortable et climatisé. Il fait du sur-mesure au cours des 3 heures (en moyenne) qui comprennent de nombreux arrêts panoramiques, avec possibilité de visites (monuments, chapelles, marchés, galeries…). Également au programme : des pauses, dont une dédiée au déjeuner, avec petites marches bienvenues pour se dégourdir les jambes. L’occasion de nous sensibiliser au respect de l’environnement. Le guide aborde la faune, la flore, les traditions, les spécialités, l’histoire, la vie quotidienne, les légendes et même l’actualité people ! Et lors du trajet, il salue beaucoup de monde, une autre source d’échanges.
Quand la petite histoire nourrit la grande
Vestiges, faits historiques, évolutions marquantes, origine des noms de rue, vertus de certaines plantes… Guy Bernard a tout consigné dans un document élaboré à partir de sources vérifiées (il aime citer l’historien Maurice Esseul, son cousin) et de ses recherches personnelles (il est notamment passionné de botanique). Annabelle Chauviteau, responsable du patrimoine, l’inspire aussi beaucoup, pour ses découvertes archéologiques, dont les menhirs sur lesquels il attire notre attention.

Le texte illustré passe volontiers de main en main, lors du trajet à suivre sur une carte. La présentation n’est en rien académique car, émaillée de souvenirs, truffée d’anecdotes, elle devient récit. « J’ai de la bouteille et j’en ai vécu des évolutions : l’arrivée de l’eau potable, de l’électricité, de la télé, de l’hélicoptère, d’internet… ».
Pour sûr, on ne trouve cet agrégat dans aucun livre. Et l’homme a d’indéniables talents de conteur. « Ma génération a eu de la chance : il fallait bien s’occuper en soirée et on se racontait des histoires. J’y ai pris goût et j’aime en restituer quelques-unes ! » Il est intarissable et ses expressions sont uniques : les « embrouilles de la Fée Mélusine » et les « entourloupes des farfadets » nous amusent.
Une expérience à vivre
Ses clients ne tarissent pas d’éloges, son livre d’or et l’Office de Tourisme en témoignent : « Guy est le guide qu’il nous fallait pour réaliser le rêve de ma maman (80 ans, en déambulateur). Il connaît son île de A à Z. Il a su nous montrer l’île sous un aspect original. C’est un vrai personnage ! », écrit Christel.
Ses passagers relèvent son humour, sa bonne humeur communicative, sa présentation vivante, les commentaires instructifs et complets : « Je ne peux imaginer une seule seconde qu’on s’ennuie avec moi », précise Guy Bernard. « Bien rythmé, le parcours est conçu en séquences que j’adapte à chacun ». Un vrai spectacle, en fait, avec le goût (salé) de l’improvisation !
Visite à la carte pour 4 personnes maximum, de 3 h / 3 h 30. Réservations 7 jours / 7.
Contact : 07 49 70 70 66. Plus d’infos ici.
Views: 364



Extraordinaire parcours de cet homme, il semble avoir une convialite incroyable et un plaisir immense a servir . Bonne continuation à lui.
Un très bel article sur cet homme passionnant qu’est Guy Bernard!