« C’est chaud, sans jouer avec les mots. »

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Derrière le jeu de mots de Rodrigue Laurent, peintre en bâtiment, il y a un constat devenu difficile à esquiver : cette année, les épisodes de forte chaleur se succèdent. Quatre en l’espace de trois mois.

Rodrigue travaille dans la peinture depuis 1992. À l’époque, il devait entrer en apprentissage dans la mécanique. Mais son futur maître d’apprentissage se sépare finalement de ses employés pour travailler seul. Patrick Renaud, lui, lui propose de rejoindre son entreprise comme apprenti peintre. Le jeune apprenti accepte, car il ne se voyait pas retourner dans le cursus scolaire classique. Il ne le regrettera pas et restera finalement dix-sept ans dans cette entreprise, jusqu’en 2009. Il y apprend le métier, mais surtout la décoration, un domaine qui deviendra sa spécialité et ce qu’il préfère encore aujourd’hui : patines, chaux décoratives, béton ciré, mises en couleur… Tout ce qui permet, au-delà de peindre, de transformer un intérieur ou une façade. Après quelques mois passés sur le continent pour observer ce qui s’y fait, il revient rapidement sur l’île d’Yeu. Début 2010, il s’y installe à son compte. Au fil des années, il aura jusqu’à cinq employés, dont une apprentie en mention complémentaire qui terminera « première de sa promotion »: « la transmission compte beaucoup pour moi. Apprendre un geste, une technique, un savoir-faire, c’est aussi ce qui donne du sens à ce métier ». En 2019, Rodrigue fait pourtant une pause. Il suit sa compagne sur le continent et travaille pendant quatre ans comme commercial. Puis, en 2023, le voilà de retour : « le mal du pays certainement. Ogien un jour, Ogien toujours. » Il relance alors son activité sur l’île d’Yeu.

Quand le soleil devient un problème

Aujourd’hui, Rodrigue travaille seul. Et lorsque la canicule arrive, il retrouve une difficulté qu’il n’avait encore jamais rencontrée à cette intensité : « ce n’est pas top pour travailler correctement », résume-t-il. En extérieur, certaines peintures ont une plage d’application comprise entre 5 et 30 °C. Au plus fort de la canicule, la température dépasse ce seuil : « la journée peut à peine commencer que les conditions de travail sont déjà mauvaises ». Le ponçage et les ravalements de façade deviennent particulièrement éprouvants. La chaleur s’ajoute à l’effort physique, à la poussière, au soleil. Rodrigue modifie donc ses horaires et tente de travailler en dehors des heures les plus chaudes, mais cette fois, cela ne suffit pas : « j’ai dû arrêter un chantier pendant trois jours ». Et puis il y a eu ce « petit coup de chaud » qui l’a obligé, lui aussi, à s’arrêter. Pour Rodrigue, le plus difficile depuis le début de cet épisode de chaleur tient finalement en deux mots : « travailler en extérieur ». C’est là que la théorie des températures maximales rencontre la réalité d’un chantier. Son message à ceux qui ne mesurent pas ce que représente une journée de travail en plein soleil : « venir faire un petit stage entre 10h00 et 16h00 un jour de canicule. » Les clients, eux, semblent comprendre. Rodrigue les informe des retards et des changements d’organisation, et ils se montrent, en règle générale, compréhensifs.

S’adapter, « parce qu’il faudra bien »

Rodrigue ne voit pas forcément les épisodes de chaleur comme une menace insurmontable pour son activité. Pas encore. Mais il sait qu’il faudra s’adapter. Le risque, selon lui, viendrait surtout de canicules qui s’installeraient durablement. Une semaine entière de températures trop élevées pourrait commencer à rendre les choses compliquées. Alors il faudra peut-être travailler comme dans les pays du Sud, en Espagne ou en Italie, où les fortes chaleurs font depuis longtemps partie de l’organisation du travail : « le souci majeur reste l’adaptation aux épisodes de chaleur. » Car il faudra changer les habitudes, les horaires, les façons de travailler. Peut-être aussi accepter qu’un chantier ne puisse pas avancer au même rythme lorsqu’un soleil de plomb s’installe. Quand Rodrigue repense à ses années avec des employés, il se souvient qu’on pouvait déjà commencer entre 5 et 6 heures du matin et travailler en journée continue. Mais, précise-t-il, « jamais nous n’avions eu de telles chaleurs ». Cette phrase résume peut-être le changement climatique.

Depuis 1992, Rodrigue a peint des murs, travaillé les couleurs, les matières, les patines et les enduits. Il a appris un métier, l’a transmis, l’a quitté quelques années avant d’y revenir. Aujourd’hui, lorsque le thermomètre dépasse les limites, il faut savoir poser les pinceaux, même pour quelqu’un qui a passé plus de trente ans à les tenir…

Propos recueillis par VL

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