« Je tiens en me disant que c’est une plongée en apnée pendant un peu plus de deux mois. »

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Béatrice Hénoux a trouvé une image qui lui ressemble. Une image de souffle court, de résistance et de mouvement continu. Car l’été, sur l’île d’Yeu, Béatrice ne ralentit pas. Elle court d’une fuite à un chauffe-eau, d’un évier à une canalisation, d’une maison à une autre. Elle est dépanneur sanitaire, travaille seule et intervient généralement dans la journée ou le lendemain.

Des lettres à la plomberie

Pourtant, rien ne destinait Béatrice à devenir plombière. En 1989, elle obtient une maîtrise de lettres modernes, puis son CAPES en 1990. Elle devient professeure et exerce pendant dix ans. Elle passe finalement un CAP de plombier en 2001 et fait ses armes chez un « grand plombier parisien », une entreprise familiale, installée depuis quatre générations. Elle y restera neuf ans, d’abord comme apprentie puis comme « commis », ce qui correspond aujourd’hui à un technicien d’étude et de chantier. Un poste à responsabilité, situé entre « les ouvriers, le patron, les architectes, les syndics et les fournisseurs ». Devis, préparation et suivi de chantier, expertises, recherches de fuite : Béatrice apprend beaucoup. Et prend aussi quelques coups : « il sert de punching-ball à tous et j’ai bien dégusté pendant neuf ans », raconte-t-elle. Elle tente ensuite une autre entreprise, mais six mois suffisent pour la convaincre de prendre son envol. En septembre 2010, elle crée son entreprise de plomberie. Son idée est originale : proposer « une femme pour des femmes ». Elle s’appuie sur le carnet de clientes d’une amie esthéticienne qui part à la retraite. Le bouche-à-oreille fonctionne, mais lentement. Paris est vaste, la concurrence aussi. Heureusement, une cliente possédant une centaine d’appartements devient un soutien précieux. Puis, en janvier 2012, tout bascule. Béatrice chute de hauteur : « je me suis fracassée la cheville gauche. Fracture ouverte. 11 mois d’arrêt, 3 opérations qui ont moyennement marché. J’avais très mal, n’ayant plus de cartilage; en mars 2020, je n’arrivais plus à marcher et j’ai arrêté de travailler comme plombier. Le Covid est arrivé et j’ai dû compléter une formation de correcteur que j’avais déjà entreprise des années avant. La correction, c’est passionnant, mais c’est très fatigant et TRES mal payé », explique-t-elle. Puis vient une nouvelle opération, début 2021. Cette fois, miracle. Après sept mois de rééducation, elle remarche sans douleur et décide de redevenir plombière.

La solitude et la nature

Il lui faut simplement trouver où recommencer. La réponse est évidente depuis longtemps : l’île d’Yeu. Béatrice rêvait d’y vivre depuis ses six ans. Elle y vient d’ailleurs depuis plus de cinquante ans, dans le quartier de Ker Difouaine, entre la Gournaise et les Broches. En juillet 2021, elle s’y installe professionnellement. Le succès est là : « je suis débordée ! » Elle avait déjà tenté une première approche en 2015. Elle avait rencontré quatre plombiers de l’île pour leur demander si sa présence risquait de les gêner. La réponse fut plutôt chaleureuse. Son activité de dépannage trouve même naturellement sa place dans l’écosystème local. Les artisans qui travaillent sur des chantiers n’ont pas forcément envie de les interrompre pour aller gérer une fuite ou un problème sanitaire. Béatrice, elle, préfère justement le dépannage aux chantiers. Alors les collègues lui envoient des clients. Et les clients reviennent : « problème réglé, rapidité, prix », résume-t-elle.

« Je suis joueuse »

La plomberie, pour elle, ressemble à un jeu, car il faut identifier le problème, comprendre, trouver la solution. Être « manuelle, rapide, mais aussi suffisamment maligne » pour improviser. Avoir le sens de l’esthétique. Faire propre. Faire solide. Certains clients lui disent même qu’elle les a « sauvés ». Elle aime ça. Elle aime aussi expliquer : « prof un jour, prof toujours », et ne laisse jamais passer une occasion de parler plomberie à ses clients. Ils apprécient. Et puis il y a l’île. L’hiver surtout. Quand la population se fait plus rare, que la nature reprend de la place et que l’on peut « rêver ». Béatrice aime la solitude, les paysages plus sauvages, les maisons silencieuses. Elle aime aussi se rendre au travail en moins de quinze minutes. Et rendre service aux Islais.

À plat ventre sous le soleil

L’été, son activité change complètement. De début avril à fin octobre, Béatrice est à 100 % dans le dépannage. Elle ne peut donc pas vraiment se permettre de reporter une intervention parce qu’il fait trop chaud. Même pendant une canicule. Elle adapte ce qu’elle peut. Pourtant, Béatrice déteste la chaleur : « au-dessus de 25°, je ne suis bonne à rien. » Porter des outils et des matériaux lourds, être constamment en mouvement ou se contorsionner sous un évier : la plomberie ne demande pas seulement de savoir manier une clé. Les clients sont en vacances. Ils se lèvent tard. Commencer avant 9 heures est compliqué. Et Béatrice, de son côté, se couche tôt. Alors elle fait avec. Son uniforme est noir, « car amincissant ! » Masque, lunettes de protection, gants : tout devient plus pénible. La colle PVC et le ciment prompt sèchent beaucoup plus rapidement. Le brasage chauffe encore davantage ; elle lui préfère donc le « sertissage ». Même à l’intérieur, la chaleur ne disparaît pas. Sous un évier ou une baignoire, coincée dans un espace exigu et mal ventilé, elle subit de plein fouet la chaleur. Et puis il y a les interventions extérieures. Celle qui lui reste le plus en tête s’est déroulée à 14 heures, sans ombre, à plat ventre, pour remplacer une partie d’une canalisation enterrée. Les locataires devaient arriver deux heures plus tard. Il fallait finir. Néanmoins, Béatrice ne pense pas que la canicule menace directement son métier. La plomberie reste majoritairement une activité d’intérieur. Elle rappelle d’ailleurs que les hivers très pluvieux ou très froids apportent eux aussi leur lot de difficultés : « humidité, infiltrations, remontées capillaires, maisons non chauffées, camionnette embourbée… »

Travailler autrement

Une nouvelle intervention lui permet de ne pas se focaliser sur la chaleur. Parce qu’il y a aussi le mental : « c’est la tête qui répète en boucle qu’on a chaud. » Pour elle, il faudrait surtout adapter les horaires, ou, plus largement, imaginer un rythme saisonnier : travailler davantage au printemps et à l’automne, et moins pendant les périodes les plus chaudes. Mais Béatrice sait aussi que ce n’est pas si simple sur une île touristique. Modifier les horaires du bâtiment supposerait presque que tout le monde s’adapte en même temps. Les clients, eux, connaissent la chaleur puisqu’ils la subissent également. Et rares sont ceux qui ne proposent pas spontanément un verre d’eau. Selon la plombière, la vraie difficulté reste « le transport ». Un matériel livré en retard ou arrivé cassé peut faire perdre beaucoup de temps. Chez une cliente, Béatrice en est même au troisième ballon d’eau chaude : les deux premiers sont arrivés cabossés.

La plombière a déjà changé de vie plusieurs fois. Elle a quitté l’enseignement, appris un nouveau métier, travaillé à son compte, connu Paris, connu l’accident, connu la douleur puis, remis les mains dans les tuyaux. La chaleur est simplement devenu un problème à résoudre de plus, car Béatrice aime son métier…

Propos recueillis par VL

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4 Commentaires
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Danis
25/08/2026 2:00 pm

Une personne géniale et chaleureuse, personnage islais incontournable adoptée à l’unanimité

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Martine
Mercier
25/08/2026 3:50 pm

Le top de la plomberie
Mais surtout le top de l’amitiée
Bises
On t’aime Béa 😌☝️🙏
Caro et Éric

Prénom
Éric
Calle
26/08/2026 9:34 pm

Compétence, réactivité, générosité, humour… autant de qualités qui te font apprécier des islais. Te voilà à la bonne place Beb !

Prénom
Bruno
Saillard
29/08/2026 2:53 pm

Au top Beatrice, un modèle à suivrepour les jeunes filles. Compétentes pédagogues, sympa. « Il y a toujours une solution. »

Prénom
Veronique